Rétro : Paris-Pékin à vélo 2008, la croisière verte (épisode 15)

En 2008, 118 cyclistes s’élancent de la capitale pour rejoindre Pékin à vélo. Nous revenons sur cette odyssée épique dont le but est de promouvoir les valeurs intrinsèques du cyclotourisme.

Cette fois nous sommes bien au Kazakhstan, dans cet immense pays dont le nom nous fait rêver depuis longtemps. La steppe est bien là, partout.

À la découverte du Kazakhstan

Etape 67 : Taraz – Talas


Dimanche 1er juin 2008
160 km – Dénivelé : 855 mètres
Départ : 7 h 10 – Arrivée : entre 17 h 15 à 19 h
KAZAKHSTAN – KIRGHIZISTAN

« Il faut oser, ou se résigner à tout » Tite Live

L’entrée en Kirghizie

Nous voilà déjà dans notre dernier pays, avant la Chine ! Il faut se pincer pour y croire.
Après une fâcheuse erreur de parcours (+ 30 km), nous sommes entrés rapidement dans le pays Kirghize, et nous avons trouvé à la frontière notre nouvel accompagnateur : Sacha, une homme jeune, Khirghize, d’origine Russe qui sera notre guide durant notre passage dans ce pays.
Le relief a changé et nous avons pu admier les nouveaux paysages qui s’offraient à nos yeux : lacs et montagnes. Un vrai régal.
Notre première nuit sera également plus fraîche, car nous avons pris de l’altitude à plus de 1 000 m. Nous sommes hébergés dans un camp de jeunes, très acceptable, dont les chambres sont équipées de 25 lits, c’est toujours mieux que de dormir par terre !

Notre témoin du jour :
Michel Boog du Vélo Randonneur Cantonal de Roc Baron (83) Var.

Après les steppes du Kazakhstan, nous nous attendions à un changement de relief. L’étape de la veille, nous laissait présager des étapes escarpées. Au départ ce matin nous avons pour commencer roulé dans la vallée en apercevant les chaînes de montagnes à plus de 4 000 m. Vallée riche, transformée en plaine agricole fertile et besogneuse. Le passage de la frontière s’est effectué assez rapidement (2 heures). Nous roulons pour la première fois de nos vies au Kirghizistan. Un arrêt pique-nique au km 60, au bord d’une rivière au fort courant, à l’ombre est très apprécié. Sur ce site une source miraculeuse. La légende dit que le fondateur du Kirghizistan est venu s’y désaltérer. Nous avons tous bu et attendons les miracles.
Puis nous atteignons un barrage, en pleine opération de lâchage d’eau, ce qui forme une gerbe étonnante, avec un débit inimaginable. Nous avons compris pourquoi la rivière du bas, était aussi tumultueuse. Ce barrage, construit par l’URSS est placé sous la protection de Lénine, dont le buste est sculpté dans la montagne, n’aurait-il pas une certaine ressemblance avec un pays de l’ouest… Un lac d’une vingtaine de km, est retenu derrière le barrage. Quelques ressemblances avec Serre Ponçon dans les Hautes-Alpes sont frappantes.

La montée est régulière. Les ovins et les bovins sont très nombreux, dans les pâtures. Premier changement visible les costumes : les femmes sont très souvent en rouge, la plupart des hommes portent un chapeau assez haut en feutre blanc. L’accueil est chaleureux et bon enfant. Sur les 50 derniers kilomètres nous avons du subir quelques petits orages et comme nous sommes en altitude, il fait nettement plus frais : 23° C dans l’après midi. Notre arrivée dans un camp de jeunes, en pleine fôret, met un terme à une première journée fort attrayante malgré sa longueur.

Etape 66 : Risqulov – Taraz


Samedi 31 mai 2008
102 km – Dénivelé : 450 mètres
Départ : 7 h 15 – Arrivée : 14 h 30
KAZAKHSTAN

« Faîtes que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve » Antoine de Saint Exupéry

Fin du premier acte Kazakhstanais !

Cette dernière étape très vallonnée, était splendide. Après le pique-nique, la chaleur aidant, nous avions tous hâte de regagner notre hôtel. Quelques coups de chaleur, pour certains, ont permis à l’ambulance suiveuse toute neuve, de montrer sa réactivité et son efficacité. Une nuit réparatrice et fraîche devrait faire oublier ces petits malaises. Rien de bien grave naturellement et notre service médical a été mobilisé.
Taraz est une grande et belle ville. La mairie a fait le nécessaire pour nous montrer son meilleur visage. 4 autocars ont été mis à notre disposition pour visiter un splendide mausolée à une vingtaine de kilomètres de la ville, puis la municipalité a organisé pour nous une cérémonie officielle au cœur de la cité, devant des centaines de jeunes. Nous avons tous apprécié et nous garderons un excellent souvenir de notre premier passage au Kazakhstan.
Demain nous passons au Kirghizistan et nous reviendrons, pour quelques jours au pays kazakh le 12 juin. Nous avons débuté notre périple par l’ouest du pays, la partie la plus rude. La boue, la pluie, la chaleur, la piste, les hébergements sommaires, toutes ces conditions, normales dans ce genre d’expédition et déjà vécues, ont fait que nous avons trouvé au sud, des conditions bien meilleures et donc apprécié ce « confort » relatif.

Le Kazakhstan, où nous avons séjourné une vingtaine de jours et avons pédalé sur près de 2000 km nous a beaucoup donné, nous sommes persuadés que ce très grand pays, qui, assez rapidement prendra son envol économique à n’en pas douter, restera un excellent souvenir. Le tourisme n’existe pas, ce qui présente beaucoup d’avantages et quelques inconvénients. Un exemple : en arrivant à chaque hébergement, la première demande avant même d’entamer un dialogue, est : « Il faut me payer ». Aussi notre chef d’expédition grand négociateur devant l’éternel arrive toujours à ses fins, lui aussi, et tout s’apaise en réglant en cash ! La carte visa a de l’avenir ici.

Depuis le départ de Paris : 7 502 km parcourus et 30 361 mètres de dénivelé

Etape 65 : Shimkent – Risqulov


Vendredi 30 mai 2008
82 km – Dénivelé : 850 mètres
Départ : 7 h – Arrivée : 12 h 30
KAZAKHSTAN

« On court vers quelque chose, on trouve autre chose. On court vers quelqu’un, on trouve soi »

Jacques Salomé

La douceur avant l’assaut

Il fait beau, frais en début de matinée, la journée démarre bien. La campagne est verdoyante, les villages fréquents. Au loin à plus de 100 km nous apercevons de hautes montagnes, aux sommets couverts de neige. Ce sont les montagnes kazakhs et Kirghizes. Ce jour s’est égrené en douceur avec des variations de 400 à 850 mètres d’altitude, ce qui n’est pas du tout déplaisant. L’étape étant courte, nous avons déjeuné directement dans notre hébergement qui était prévu pour la nuit. Nous sommes dans une maison de convalescence et de repos en activité, au milieu des arbres, entourée d’eau et… nous dormirons enfin dans de vrais lits ! Nous bénéficierons d’une douche et d’un WC pour 4 personnes, un « 5 ***** » kazakh, d’ailleurs certains préfèrent même ce type d’hébergement à l’hôtel classique. Notre chaude après-midi sera consacrée au massage, au coiffeur et au repos. Encore un havre de paix. Tout le monde semble très satisfait.

Notre témoin du jour est :

Odette Galvaing du club : Boucles de l’île de France de Meudon la Forêt dans les Hauts-de-Seine (92).
Vous faites partie de l’équipe logistique de cette expédition, pouvez vous nous préciser quel est votre rôle exact :
Nous sommes une équipe de trois personnes, Brigitte, Jean-Claude et moi-même et nous devons assurer l’intendance des 116 participants. Lors d’une journée ordinaire : dès le matin avant le départ nous fournissons aux cyclos la boisson nécessaire pour la matinée. Puis nous remplissons notre véhicule frigo des pique-niques, préparés, soit par nous la veille, soit par le restaurateur. Ces repas froids sont conservés dans le véhicule frigo jusqu’à l’heure du déjeuner et ensuite distribués aux participants.

À l’arrivée de l’étape, notre véhicule est à la disposition des cyclos assoiffés et chaque jour, durant les grandes chaleurs nous avons distribué en moyenne plus de 600 litres de boissons : eaux pétillantes et plates, coca et Pepsi, jus d’orange, bières, jus de fruits. Chaque participant peut consommé chaque jour une boisson gratuite, toutes les autres boissons sont payantes et il utilisera pour les payer une carte spécifique boissons équivalente à 30 consommations dont l’acquisition lui en coûtera 15 euros soit 0,50 centime la boisson. Il ne s’agit pas de faire du commerce mais d’apporter un service aux participants.

Nous devons également en cas de préparation des repas par nos soins, acheter les ingrédients et les préparer pour le dîner du soir, le petit-déjeuner et le pique-nique : le pain notamment 2 000 tranches sont nécessaires,etc. il faut tout de même pour assurer 348 repas par jour.

Nous essayons de varier les menus et nous devons adapter ceux-ci selon les disponibilités des commerçants locaux, des pays traversés, en ville pas de problème, en campagne, il faut parfois acheter dans 10 boulangeries le pain nécessaire.
Notre volonté est que «nos» participants mangent le mieux possible, le plus possible, en variant nos préparations et en gardant le sourire. À ce jour et à notre connaissance personne n’est mort de faim.

Repos bienfaiteur à Shimkent


Jeudi 29 mai 2008
KAZAKHSTAN

« Ce qui fait l’intérêt d’un voyage ce sont les questions que l’on emporte, dont on est poursuivi, et qui vont se résoudre par le spectacle des lieux et des hommes »
Frédéric Ozanam

Les jours de repos dans une telle expédition, permettent vraiment de respirer, de traîner ou de se retrouver. Celle-ci ne fera pas exception. Ecole solidaire, visite de la ville, réception officielle, sieste, lessive, soins… Tout est possible, rien n’est inéluctable pour les cyclos.
La preuve : Gérard Muller, notre non voyant, militant estimé pour ses actions en faveur des victimes de cet handicap, a rencontré, le secrétaire général et quelques membres de l’association locale des aveugles. Grâce à cette visite émouvante à l’extrême, les kazakhs ont découvert, la roulette.

La roulette est une petite pièce fixée à l’extrémité de la canne blanche et qui permet de « sentir » avec la plus grande des délicatesses, le sol et ses obstacles. Selon les spécialistes, cet accessoire transforme la vie des handicapés. Désormais les non voyants kazakhs, vont adopter cette fameuse roulette. Si Paris-Pékin, ne remplit que cette action humanitaire, il aura déjà fait oeuvre utile et solidaire.

Dans trois jours nous quitterons le Kazakhstan, pour entrer au Kirghizistan. Nous frôlerons l’Ouzbékistan. Tous ces pays qui ont la même terminaison, aux noms bizarres : le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Azerbaïdjan un peu plus à l’ouest font désormais partis de notre mémoire géographique et nous pouvons maintenant les désigner sans honte d’ignorance sur une carte.

Dans notre leçon quotidienne de vie, notamment sur la géographie, l’histoire, la sociologie, l’architecture, la gastronomie, l’agriculture, le fil rouge reste notre vie communautaire. Dans tous les cas, notre voyage aura appris à chacun de nous, beaucoup de choses, d’abord sur lui-même et peut être sur les autres. Rien que pour cette découverte, cette expédition était fort utile. Qui a dit que l’apprentissage était réservé qu’aux novices ?

Etape 64 : Tortkol – Shimkent


Mercredi 28 mai 2008
92 km – Dénivelé : 461 mètres
Départ : 7 h – Arrivée : 14 h 30
KAZAKHSTAN

Le retour des fleurs !

L’étape assez courte est une des plus agréables de la semaine car un léger dénivelé vient rompre la relative monotonie des étapes précédentes et colorée par des multitudes de fleurs.
Des fleurs oui à tous les niveaux, dans le musée du plus grand champion de sport de force du pays, où son village natal a érigé un bâtiment spécialement à sa gloire, et présente ses multiples médailles, coupes et autres récompenses, glanées par lui dans le monde entier. Puis dans la nature, plus pimpantes que jamais. (voir l’article ci-dessous) et enfin celles qui nous ont été offertes, en arrivant sur le territoire de Shimkent (la deuxième ville du Kazakhstan). Petite leçon de choses, les fleurs étant à l’origine de la conception du miel, nous avons croisés, de très nombreuses marchandes de cette merveilleuse production, toutes situées sur le côté droit de la route, en sortant de la ville. Pourquoi me direz-vous! Parce que ce produit ne s’achète qu’en partant, jamais en entrant ! Allez donc savoir !!!

Notre témoin du jour est :
Jean-Jacques Marck de Lautenbach-zell dans le Haut-Rhin (68).
Vous roulez avec votre femme Pierrette, quels sont les avantages de rouler en couple ?
Nous sillonnons l’Europe à vélo depuis des décennies et des habitudes se sont forgées au fil des ans. Partager la même passion est un luxe rare que j’apprécie à sa juste mesure.
Dans les moments un peu difficiles, nous pouvons nous remonter le moral et je ne me serai jamais engagé seul dans une telle aventure ! Pour de simples raisons de complicité. Il est agréable de pouvoir partager les moments de bonheur et de s’épauler lorsque les temps sont plus durs.
Depuis Paris, je m’amuse à photographier tout ce qui ressemble à une fleur afin de raconter le « Paris-Pékin » par les fleurs. J’ai particulièrement été comblé lors de cette étape puisque quelques variétés de choix sont venues s’ajouter à ma petite collection : des centaurées, des liserons, la chicorée, le coquelicot et la merveilleuse rose trémière sous ses plus fastueux coloris.

Je souhaitais enfin, transmettre à tous, ce que je cherchais depuis longtemps :
Pourquoi Le croissant de lune est-il le symbole de l’Islam ?
J’ai eu la chance, hier, de rencontrer un professeur d’université spécialiste dans la littérature Turque. Il nous a éclairés sur ce sujet : au douzième siècle, lors d’une bataille particulièrement meurtrière remportée par les Turcs, le sang de l’ennemi (les croisés ? Notre interlocuteur sans doute par pudeur disait ne plus se souvenir) coulait tellement que même la lune et les étoiles se reflétaient dans cet océan. Les Turcs décidèrent alors d’apposer le croissant et l’étoile sur leur drapeau ce qui n’avait pas grand-chose à voir à priori avec l’Islam né cinq siècles auparavant. D’autres pays musulmans ont suivi cet exemple et petit à petit le croissant de lune est devenu le symbole de l’Islam.

Notons par ailleurs que la petite viennoiserie, le fameux « croissant » serait né à Vienne inventé par un boulanger de génie au XVIIIe siècle où la Turcomanie était fortement à la mode : La marche turque chez Mozart, le grand Mamamouchi chez Molière !

Henri Dusseau, qui a retrouvé avec satisfaction « son » Ivéco avec un embrayage neuf.

Etape 63 : Turkistan – Tortkol


Mardi 27 mai 2008
72 km – Dénivelé : 67 mètres
Départ : 7 h 10 – Arrivée : Entre 11 h 30 et 12 h 30
KAZAKHSTAN

L’eau c’est la vie

Rarement une évidence, vieille comme le monde, n’a été aussi vécue sur le terrain.
Nous partons à la fraîche de Türkistan (50 000 habitants) en observant la vitalité de cette cité. Constructions neuves par centaines, immeubles et supermarchés fleurissent dans la banlieue. Cette ville qui vit au rythme d’un Islam modéré, possède son université où des étudiants de très nombreux pays musulmans viennent étudier. L’hôtel, de bon confort, où nous avons passé la nuit, est d’ailleurs la propriété de cette institution.
Du désert d’hier, nous nous dirigeons lentement en direction de l’Ouzbékistan, ses hautes montagnes et sa capitale Tachkent. Le fleuve Arys en arrose largement sa vallée qui s’étend sur des centaines de km. Sur ses berges, grâce à de nombreux canaux d’irrigation, il alimente les plantations de toutes sortes et ses populations, l’herbe tendre y pousse naturellement et nourrit de nombreux troupeaux.

Par cette diversité agraire, les métiers ruraux sont légions : vendeurs et réparateurs de machines agricoles, vendeurs d’engrais, de semences, vétérinaires, tondeurs de moutons, aiguiseurs, etc. Tout le monde peut travailler et vivre au pays, les enfants, à leur tour, engendreront d’autres activités. Les maisons bien alignées, avec des portails de couleurs vives : Bleu : un Kazakh fier de son drapeau, vert : un musulman qui a réalisé son pèlerinage à la Mecque. Grâce à son développement, la société de consommation commence à poindre son long nez.

Ce soir nous retrouvons notre gymnase habituel, mais cette fois ci rien que pour les hommes « célibataires », d’autres pièces sont réservées pour les couples, une spécifiquement pour nos amazones « seules » et enfin une dernière pour l’encadrement.
L’eau c’est la vie… si nous l’avions eue nous aurions été totalement aux anges.
Demain sera une autre histoire.

Notre témoin du jour :
Danielle Haboury du Vélo-club d’Annecy en Haute Savoie (74).

Après deux mois de route, je suis toujours en super forme, je n’éprouve aucune fatigue et j’apprécie de jour en jour ce voyage, ou depuis plusieurs étapes nous vivons très proches des Kazakhstanais.
Ce matin même, nous avons fait une halte dans une superbe et rarissime maison. Ancienne propriété d’un riche agriculteur transformée en restaurant. Sur la terrasse, nous avons pu savourer notre thé brûlant, assis sur des sofas en contemplant le plafond en bois sculpté et dont les murs étaient couverts de fresques peintes et en céramique. Une merveille insoupçonnable.

J’ai trouvé la population d’une extrême gentillesse, toujours accueillante. L’offrande est naturelle au Kazakhstan. Je pense que notre visite est vraiment ressentie comme un honneur pour ces populations qui, pour la plupart, n’ont jamais rencontré d’étrangers. Ils n’ont pas peur, bien au contraire, ils sont curieux de nous voir, en groupe sur nos machines un peu étranges !
Surprise aujourd’hui, pas d’eau courante dans notre gîte, mais douche dans un local alimentée toute l’année par de l’eau de source très chaude. Un vrai régal.
Je savais et j’espérais faire en compagnie de mon mari Jean-Marie un voyage inoubliable, je constate avec plaisir et simplicité que mon espérance devient réalité !

Etape 62 : Jangaqorgan – Turkistan


Lundi 26 mai 2008
129 km – Dénivelé : 983 mètres
Départ : 7 h – Arrivée : 16 h
KAZAKHSTAN

Steppe désertique

Nous quittons notre oasis rafraîchissant à regret car nous savons que 11 km de piste nous attendent dès le premier mètre. Nous devons en effet revenir par la piste empruntée hier soir ! Il fait chaud mais le soleil est voilé et c’est très supportable. En revanche la poussière pose problème. Un cyclo essaye le masque ! Chacun fait comme il peut. Le vent encore présent rafraîchi, mais il est face à nous, tant pis il faut y aller. Chacun, dans son groupe autonome, avec ses moyens et sa forme, pédale à son allure. Nos éternels baby-sitters se sont adaptés à nos exigences : sécurité, convivialité, solidarité. Aujourd’hui nous traversons une steppe désertique. Pas une once d’ombre, pas un arbre : grandeur, beauté et souffrance du désert sont à notre menu et c’est « je t’aime, moi non plus ! » Un peu de vallonnement est apprécié, car il permet le changement de position sur le vélo.
Les étapes plus courtes, des hébergements bien préparés, une nourriture abondante, nous aident énormément à traverser le Kazakhstan qui restera, sans nul doute, un des monuments forts de notre folle histoire.

La logistique, Jean-François en tête, Brigitte, Andreï et Jean, sans humeur, sans tintamarre mais avec une réelle efficacité, ont réglé le problème Ivéco. Jeudi ou vendredi, la camionnette devrait être réparée ! Mais que de labeur !
Ce soir nous sommes à Turkistan, troisième lieu sacré de l’Islam. Le musée sera exceptionnellement ouvert jusqu’à 20 heures pour notre groupe. Deux bons hôtels vont nous permettre de recharger les batteries durant la nuit.

Notre témoin du jour :
Christian Robin du club de Saiguede en Haute Garonne (31).

Après 7 000 km dont près de 2 000 au Kazakhstan, je découvre sur le terrain le résultat de mon travail et de mes recherches réalisés sur ce pays. En effet c’est avec bonheur que je retrouve la steppe, sa grandeur et son immensité. Depuis notre arrivée dans le sud, la proximité du fleuve Syr Daria, apporte la fraîcheur nécessaire à l’éclosion d’une nature riche en verdure, celle-ci nous procure une sensation de bien-être, fort appréciée, sous cette forte chaleur (42°)
La sympathie et l’enthousiasme des populations font plaisir à voir et les habitants se dévouent corps et âmes, pour nous procurer, un accueil et des spectacles folkloriques appréciés de tous. Les chants traditionnels, bien que diffusés, parfois, avec une sono beaucoup trop puissante, montrent, de mon point de vue, toute l’ambition et la volonté pour ce jeune pays, d’arriver le plus rapidement possible à un niveau de vie socio-culturel semblable à l’Europe. Cette détermination populaire va dans le sens des slogans officiels : Kazakhstan 2030 !
En ce qui me concerne j’attends avec impatience notre entrée dans le prochain pays : La république Kirghiz, car je souhaite découvrir la haute montagne, dans un environnement naturel, l’habitat traditionnel, les yourtes et le deuxième plus grand lac d’altitude au monde (1650 m) le lac Issy Köl.
Venu sur ce périple pour y découvrir une aventure sportive et humaine, je suis comblé. De loin l’aventure humaine est la plus formidable et la plus enrichissante. Je découvre, chaque jour, de nouvelles facettes avec mes compagnons de route et quelques unes me concernant aussi, je me découvre ! La vie « spartiate » nous ramène à des bases de vie essentielles.
Ce voyage, modifiera, dans tous les cas, mon approche des autres et mon comportement futur, tant auprès de ma famille qu’auprès de mes collègues de E.A.D.S. (du moins je l’espère).

Etape 61 : Shiyelli – Jangaqorgan


Dimanche 25 mai 2008
78 km – Dénivelé : 283 mètres
Départ : 7 h 20 – Arrivée :  13 h
KAZAKHSTAN

L’oasis

Nous n’imaginions pas que cette étape courte et plate serait assez difficile. Il faut toujours tenir compte, en Asie de deux éléments essentiels : Le vent et la qualité de la route. Ces deux variables ont fortement influencé les 15 derniers kilomètres de notre étape quotidienne. En effet une piste poussiéreuse et rugueuse et un vent violent de face, ont rendu le final assez délicat pour les moins en forme. Accessoirement, nous franchissons les 7 000 km !

Un sérieux coup de chaud, pour un participant a permis de vérifier la réactivité des médecins et de l’infirmière. Ils ont fait le nécessaire pour soigner en toute urgence le garçon concerné. Demain il repartira, sans difficulté.
Autre tracas sérieux. L’un des deux « véhicules-bagages » a cassé son embrayage. Aucun garage dans notre village étape. Du coup, le camion de Jean-François va remorquer le véhicule en panne jusqu’à Shimkent (grande métropole) située à 280 km. Nous espérons trouver un garage compétent, qui devra se faire livrer le disque d’embrayage en provenance d’ Almaty (1 000 km) puis réparer. Impossible de savoir si le véhicule sera disponible rapidement.
L’expédition continue bien entendu avec un véhicule en moins, ce qui pose évidemment des problèmes délicats.

Les solutions adoptées doivent prendre en compte la sécurité, les possibilités techniques des autres véhicules, et la mise à disposition du matériel et des bagages indispensables à chaque étape. Nous gérons avec sérieux et dans la bonne humeur, comme il se doit. Tous les cyclos, sont loin de ces vicissitudes et profitent largement de la fraîcheur d’un centre de vacances, au milieu d’une oasis.
Naturellement, en ce dimanche particulier, à plus de 7 000 km, de leur famille, les participants ont tous eu une pensée émue pour leur maman, voire leur belle maman !

Notre témoin du jour :
Alain Roger du club cyclotouriste de Boigny sur Bionne (45) Loiret, demeurant à Chécy.

Pour moi cette étape, avec vent favorable au départ et défavorable dans le final, sans compter une piste poussiéreuse et caillouteuse satisfait mon goût de l’aventure.

Pour le reste, je suis très content du déroulement de cette expédition. Il y a des jours difficiles, d’autres moins, des hébergements sommaires, d’autres plus luxueux, nous nous adaptons au jour le jour. Dans mon groupe (vert) je me suis fait de nouveaux copains, l’entraide est de mise, la rigolade aussi, je suis à l’aise et en pleine forme physique et morale.
Je découvre pour la première fois les 12 pays traversés, tous très différents les uns des autres.

Le style de vie également et c’est ce qui rend ce voyage passionnant. Nous devons nous adapter quotidiennement car les saisons sont changeantes, nous passons de l’hiver à l’été, de mars à fin mai.
Habitué dans l’Orléanais à des terrains relativement plats, et pédalant, en grande partie sur des routes peu pentues, je suis vraiment à l’aise et ne fais pas trop d’effort avant la montagne du Kirghizistan, que nous allons aborder dans une semaine. Je regrette de n’avoir pas à mes cotés mon épouse Marie-Jeanne et mes amis du club de Bobigny avec qui j’ai parcouru la Birmanie et le Vietnam.

Etape 60 : Kizil Orda – Shiyelli


Samedi 24 mai 2008
132 km – Dénivelé : 236 mètres
Départ : 7 h Arrivée : 16 h 15
KAZAKHSTAN

Une journée ordinaire ?

7 h du matin. Il est 3 h en Europe de l’ouest. Le peloton prend la route, requinqué, reposé, propre et souriant. Cette journée de repos, très appréciée, a permis à tous les organismes de s’adapter à la grosse chaleur. 90 km seront avalés avant midi. Le groupe profite de quelques arbres pour consommer le pique-nique et prendre une heure trente de farniente.
La route est goudronnée, rugueuse, droite. L’environnement reste la steppe sablonneuse, avec çà et là, quelques points d’eau où des troupeaux viennent profiter de la fraîcheur. Le peloton groupé arrive à l’hébergement à 16 h 15. Nous utilisons ce soir un camp de jeunes. Il s’agit d’un internat permettant aux enfants de la ville voisine, de profiter d’un « centre aéré ». Des chambres avec 16 lits ! Et cela nous paraît un luxe – le lit – pas d’eau courante, les toilettes rudimentaires dans la cour. Un bain russe fera l’affaire pour l’hygiène et le folklore.

Le personnel du centre se dévoue sans compter, pour nous préparer le dîner, le petit déjeuner et le pique-nique du lendemain. La quasi totalité du personnel, des femmes en majorité, n’a jamais vu « en vrai » des Français, ce qui provoque des rires et des regards complices. Tout le monde exige de se faire photographier avec « un Français, un vrai », mais le tout avec une gentillesse extrême et une efficacité ordonnée.

Tout compte fait cette journée, que nous pensions ordinaire, est comme chaque jour une ouverture au monde, un partage d’humanité. Aujourd’hui encore, nous sommes au cœur de notre identité de cyclotouriste et cela est formidable.

Notre témoin du jour est :

Ernest, dit Netti Mauron, de Marly, canton de Fribourg (Suisse)

Je suis parti du connu pour aller vers l’inconnu, et j’ai eu vraiment l’impression de commencer le voyage à partir de Volgograd (Russie). Jusque dans cette ville, je me sentais en Europe et à partir de cette cité tout a changé, de mon point de vue. Les paysages, steppes immenses, inconnues en Europe de l’Ouest, visages et comportement vraiment différents de mes balades antérieures. L’impression de me trouver au milieu de rien ! Habitué à prendre des films, tout me semble, à première vue, identique. Cette impression est vite oubliée quand je rentre dans le détail des choses, de la flore ou de la faune.

Ce qui m’intéresse beaucoup est la recherche des visages des enfants, des hommes et des femmes qui, si l’on y prête attention, sont des visages de la vraie vie. J’ai beaucoup apprécié les manifestations folkloriques et voir danser, au milieu de la steppe, des groupes de jeunes filles en tenue d’apparat, m’a semblé complètement hors du temps et superbement surprenant. Mon livre de chevet pendant ce voyage est : L’usage du monde de Nicolas Bouvier (édition Payot). Chaque soir, je me délecte de quelques phrases ou d’une moitié de chapitre. Je vous en cite une : « Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. »

Repos à Kizil Orda


Vendredi 23 mai 2008
KAZAKHSTAN

Enfin.. un repos salvateur

Disons le tout net, ce jour était attendu, espéré et bienvenu. Les cyclotouristes, les encadrants, tous les matériels roulants, sans compter les vêtements et les accessoires avaient besoin de faire le point.
Nous avons tous retrouvé avec délice un vrai hôtel avec même de l’eau chaude, de la climatisation, et de la propreté !
Chacun a donc vécu à sa façon. La majorité des cyclos à l’économie !

Seules les machines à laver de notre hébergeur ont tourné à plein régime, au point de retrouver le linge des participants, certes propres mais… en vrac sur le plancher d’une pièce !

Le tri fera parti de nos instants inoubliables. Seule une chaussette et une casquette n’ont pas retrouvé leur propriétaire d’origine.

L’intendance a fait le plein de boissons pour les jours à venir et le mécanicien Claude a travaillé comme un fou, pour changer une soixantaine de chaîne sur les vélos. Tous ont été lavés, graissés, entretenus, par leur utilisateurs.
Les 7 véhicules ont retrouvé physionomie leur pimpant du départ et les dégâts d’une route chaotique ont été réparés.
L’opération école solidaire, une fois encore, sous la noulette d’Yves-Marie, a été mené à bien et a servi de lien entre les jeunes. Moments forts et émouvants.

La visite de la ville en autocar, proposée par la mairie n’a pas eu lieu, faute de clients. Il faut dire que cette grande ville, n’est pas un haut lieu d’un tourisme qui n’existe pas. En revanche une quinzaine d’amateurs ont goûté aux délices d’une piscine kazakh.

Le cyber café, a été envahi, et des milliers de messages sont partis pour l’Europe. A 18 h, la chaleur ayant diminué, beaucoup sont allés au spectacle musical et folklorique. Danseuses, chanteurs, chanteuses et instrumentistes en costume de parade donnent un récital émouvant et sans fantaisie. Le spectacle fait manifestement partie de la vie. En supplément de programme, notre interprète Andreï Ivanov, au piano, nous fascine par quelques airs de musique classique.

Tout le monde s’endort avec ses rêves, il est 22 h.

Le témoin du jour est :
Pierre Orset du cyclos Club de Saulieu (21) Côte d’Or.

Pour moi aussi j’ai attendu cette journée avec impatience. Nous avons franchi près de 7 000 km en 60 étapes. Notre organisme avait aussi besoin de récupération, car notre adaptation a la grande chaleur nécessite un comportement particulier, notamment en buvant énormément. Nous donnons du temps au temps, et la sieste est vraiment réconfortante. J’ai également beaucoup écrit, à la famille et aux amis, car je vais bien, de mieux en mieux même. Quelques courses, feront l’objet d’une balade en ville, sans oublier le concert habituel.

La journée de repos, fait aussi partie de notre expédition. Mon rêve se poursuit. L’aventure humaine aussi, et une grande dose d’humilité et de sagesse sont indispensables pour éviter les simples problèmes de la vie communautaire. Peu habitué à vivre avec 115 collègues 24 h/24, je découvre avec philosophie le comportement des hommes ! C’est une surprise !

Etape 59 : Jalaghash – Kizil Orda


Jeudi 22 mai 2008
80 Km – Dénivelé : 126 mètres
Départ : 7 h – Arrivée : 14 h
KAZAKHSTAN

Toujours la chaleur

« Il est de la nature de l’homme de dépasser sa nature » –  Maurice Zundel

Il nous faudra encore deux ou trois jours pour assimiler les effets de la chaleur brutale. Nous essayons donc de rouler le matin à la fraîche ! Et nous avons sorti les « camelback » (réservoir d’eau de 3 litres porté sur le dos). Il faut beaucoup boire, 5 litres minimum sur 80 km. Un oubli est vite sanctionné et la vigilance est de mise.

Nous traversons aujourd’hui une région relativement verdoyante, les arbustes ont remplacé la steppe désertique et ce décor est beaucoup plus agréable. Des fleuves traversent le sud, et manifestement la région est nettement plus riche qu’à l’ouest. Les villages, sans être coquets sont organisés et structurés. Encore des rizières, et d’énormes silos dans la campagne. Nous arrivons aussi sur des terres où la Turquie a laissé ses empreintes depuis des siècles : coutumes, nourriture, vêtements. Imperceptiblement les Mongols purs et durs se sont mêlés aux Turques et ont adopté une partie de leurs habitudes.

Nous arrivons tôt a l’hôtel, car après huit jours de « baroud » dans la steppe, les mots : douches, lit, WC, propreté, coiffeur, cyber-café, deviennent voluptueux à nos oreilles ! Nous allons tous en profiter et demain dans notre ville-étape de 250 000 âmes les « Paris Pékin », vont croiser bras et jambes !

Notre témoin du jour est :
Joël Gaborit , du C.T. Rambouillet (78) Yvelines.

Capitaine du groupe jaune, quelles sont vos impressions après 60 étapes ?
Après deux mois de route et de vie commune, une certaine tension est présente : la fatigue, la chaleur, la vie en commun, la promiscuité dans des hébergements sommaires, tout cela permet de mesurer la réelle valeur des participants. La théorie de convivialité permanente, de solidarité totale vécue au quotidien n’est plus livresque mais pratique !

Sur le plan sportif, cette expédition est relativement facile en tous les cas pour moi. Mon groupe tourne bien. L’organisation générale est vraiment faîte pour satisfaire au mieux les besoins généraux. Moi qui adore l’imprévu et les situations difficiles, je suis servi et à la limite la fin du voyage arrivera déjà trop vite !
Sans jour de repos, dans de bonnes conditions matérielles notre expédition serait probablement invivable. Cette respiration quasi hebdomadaire est devenue indispensable pour l’équilibre de tous et de chacun. Depuis l’Ukraine, le paysage est assez monotone, plat et répétitif. L’itinéraire choisi a voulu éviter les difficultés, la montagne à venir nous apportera des paysages grandioses.

J’observe avec attention depuis des semaines la vie des gens : je me demande si les personnes rencontrées, toujours souriantes, propres, attentives, sont conscientes de vivre une vie qui nous semble très difficile, en tous les cas pour nos standards habituels.
Je suis surpris aussi par les contrastes de vie : pas d’eau courante, mais des DVD dans les maisons ! pas de chemin goudronné et une antenne parabolique !

Beaucoup de marche à pied, avec le téléphone portable vissée à l’oreille ! Que de sujets de réflexions !
Le rôle de capitaine n’est pas évident tous les jours et je dois m’adapter avec chacun. J’ai quelques problèmes avec les individuels « forcenés ». J’essaye de faire au mieux, conscient de ne pas toujours pouvoir faire tout et son contraire !

Etape 58 : Josali – Jalaghash


Mercredi 21 mai 2008
94 km
Dénivelé : 454 mètres
Départ : 7 h 10
Arrivée : 15 h
KAZAKHSTAN

Les rizières du sud

Cette journée, relativement courte en kilomètres, s’est révélée cependant assez pénible. La chaleur, bien sûr, mais aussi des petits soucis pour quelques cyclos, touchés par un « virus » qui les embarrasse côté digestion. Le plan papier est opérationnel ! Et les rizières toutes proches peuvent être un réconfort pour les plus fragiles avec le produit fini !

Dans ce sud que nous découvrons, notre étonnement vient des cultures. Un fleuve qui désormais recommence à se jeter dans la mer d’Aral, permet, grâce à un réseau d’irrigation complexe, d’ensemencer des centaines d’hectares de rizières. L’impression, steppe désertique côtoyant rizières inondées, est vraiment surprenante. Ce soir, encore nous sommes hébergés dans une école, avec gymnase. Grand luxe car nous avons des douches, et 6 pommes d’eau à se partager.

Notre témoin du jour :
Michel Cabart du club de l’amicale des anciens du tour cyclotouriste et demeurant à Peisey Nancroix en Savoie (73).

Aujourd’hui je roule en solo, car mon compagnon de tandem Gérard Muller a été victime d’une petite fatigue. Demain il sera de retour sur la route. Je prends conscience que pédaler sur ce type d’engin est plus difficile, plus d’efforts pour moins de rendement, seul sur mon vélo pour la première fois depuis le départ de Paris, cette étape de 94 km m’a paru très facile.

Par ailleurs rouler en solo change la position dans le groupe : je passe un peu partout, je fais de nouvelles rencontres, je me sens très libre et très léger. Aujourd’hui, j’ai même pu rouler près de ma femme Odile, ce qui est plus difficile avec un tandem. En tandem nous évitons de subir l’effet de peloton pour que Gérard puisse échapper au stress du aux voisins proches. Derrière je garde une bonne visibilité, pour éviter les pièges de la route. L’objectif du tandem étant d’arriver à Pékin en pleine forme et sans accident. Après deux mois de vie communautaire je persiste dans ma chance de réaliser cette extraordinaire randonnée.

Même dans les difficultés présentes ou passées je trouve des raisons d’être heureux et je peste violemment contre les quelques « jamais contents » qui peuvent perturber, de temps à autre la vie d’un groupe, majoritairement exceptionnel.
Les notions de solidarité et de convivialité, fondements de la Fédération, se retrouvent, tous les jours, dans les gestes anonymes, les attentions à l’autre et cela à l’abri des regards et des photos.
Si c’était à refaire, je le referais sans réfléchir.

Etape 57 : Toréttam (Baïkonour) – Josali


Mardi 20 mai 2008
85 km – Dénivelé : 259 mètres
Départ : 8 h 30 – Arrivée : 16 h 30
KAZAKHSTAN

Que Calor !!!

Nous n’avons pas impunément voyagé en train l’équivalent d’un Paris-Avignon, sans noter immédiatement des différences notoires. La première qui nous interpelle au premier coup de pédale c’est la chaleur ! Et quelle chaleur : 38° C au soleil ! Et à l’ombre me direz-vous, c’est pareil car ce mot n’existe pas en langue kazakh. Il faut désormais compter avec cette nouvelle donne. Nous savons que cet état climatique sera notre compagnon de route pour encore de longues étapes.

En début d’après midi nous nous arrêtons, pour le pique nique au km 63. À cet endroit précis nous quittons la steppe désertique pour des grands bâtiments construits en terrasse qui offrent un curieux décor. Il s’agit d’un imposant musée érigé en faveur de Korkyut. Peut-être ignorez-vous qui est ce personnage ? Il s’agit de l’homme, qui selon la légende kazakh, a inventé la musique. Il exerçait la médecine et soignait ses patients en leur faisant écouter de la musique. Il était, dit-on, mais cette information n’a pu être vérifiée, contemporain de Jésus-Christ.

Avant notre arrivée, nous avons croisé notre première mini tornade, qui est venue du diable vauvert, a traversé brusquement la route, et a bousculé un cyclo qui a chuté sans gravité. Puis elle a continué son bonhomme de chemin, en sautillant de façon désordonnée pour se perdre rapidement à l’horizon. Charme nouveau du désert. Comme d’habitude nous avons regagné pour la nuit notre gymnase habituel. Nous avons pris maintenant l’habitude du bain russe, quasi quotidien, à défaut de douches inexistantes. Le bain Russe de campagne est un local fermé de deux pièces, une surchauffée pour transpirer abondamment, une autre pour se doucher ou se rincer avec de l’eau froide. C’est souvent rudimentaire mais toujours bienfaisant, comme au sauna.

Notre témoin du jour est :
Gérard Genest, du club cyclotouriste de la ville de Sceaux dans les Hauts-de-Seine (92).

Cette étape est la première qui s’est déroulée sous la chaleur. Je l’ai franchie assez difficilement car j’ai eu quelques problèmes gastriques. Ce qui est difficile à supporter pendant ces heures se sont les arrêts multiples, les crevaisons qui obligent l’ensemble du groupe à stopper. Pas le moindre arbre pour être à l’ombre, cette situation est vraiment pénible. Les accueils des villages sont souvent surprenants, et ce qui m’étonne aussi est l’acceptation par les automobilistes du blocage de la route, souvent pour une heure, à l’occasion du passage de notre caravane. Je suis aussi admiratif du comportement des personnels de service dans les cantines qui ne savent pas comment faire, pour nous donner le meilleur de leur talent. Après plus six mille km, je suis en pleine forme. Sauf accident, je pense bien arriver à Pékin.

Liaison ferroviaire : Quandiaghash – Torretam


Dimanche 18 au lundi 19 mai 2008
680 km en train couchette.
Départ : 18 h 15 – Arrivée : 9 h 15
KAZAKHSTAN

Voyage, voyage… en train

Nous l’attendions tous ce transfert ferroviaire et pour des raisons diverses et variées, nous avions tous, ou la plupart d’entre nous une petite appréhension. Déjà au niveau de la réservation des places prises depuis Paris et l’utilisation d’un fourgon pour les vélos. Il a fallu négocier avec deux compagnies différentes. Assez rapidement, mais tout de même avec une attente de deux heures environ, nous avons connaissance de l’attribution de nos wagons couchettes, trois en réalité de 9 compartiments 4 places. En revanche impossible de savoir si le fourgon destiné aux vélos est vide au départ de Quandiaghash !

Le départ du train est quant à lui prévu à 18 h 15. Nous devons donc être présents à la gare pour 16 h. À 18 h, le train tiré par deux locomotrices Diesel, suivi de 17 wagons couchettes entre en gare. L’opération chargement vélos est lancée. Elle devra impérativement se réaliser en 15 minutes. Les volontaires sont vraiment à l’ouvrage, car le fourgon bagages est hors du quai et la hauteur du plancher se trouve à 1,50 m. Il nous faudra 22 minutes pour faire grimper les 96 vélos et les deux tandems. Les hommes épuisés, s’apprêtent à rejoindre leur wagon respectif, sauf que le wagon N°6, n’existe pas ! Vent de panique, mais la police toute puissante et efficace, nous attribue le N°5 enfin nous découvrons des wagons, certes anciens, mais confortables, propres, avec matelas et draps neufs sur les couchettes. Durant 650 km , ce sera la steppe, parsemée d’une dizaine d’arrêts en gare. Pas le temps de faire causette dans le wagon-restaurant qui n’existe pas et interdit de changer de wagon, la police veille. Cette dernière nous compte et nous recompte et tente de nous expliquer que nous occupons deux places de trop ! Vers minuit il nous est demandé de céder deux couchettes pour que deux policiers puissent dormir ! Un « niet »A? assez sec est prononcé et cette demande n’aura plus de suite. Nous avançons nos montres d’une heure et désormais avons quatre heures de décalage avec l’Europe. À 9 h 15, à la minute prêt – les chemins de fer kazakhs vont-ils rivaliser avec la SNCF !- nous arrivons à Torrétam, terme de notre voyage. L’opération déchargement du fourgon est réalisée en 8 minutes. Nous sommes attendus en gare, et dirigés en vélo, vers une école qui se situe à 12 km du centre. Notre gymnase habituel nous tend les bras ! Nous apprenons que dans l’après midi, nous pourrons aller dans l’enclave Russe de Baïkonour et visiter le musée des cosmonautes !

Pendant ce temps là, nos sept véhicules, en deux convois distincts ont pris la route et la piste. Quatre d’entre eux dont les deux 20 tonnes quittent Quandiagash samedi à 20 heures, ils arriveront à Torrétam le lundi à 14 heures. D’autres épopées à notre actif, avec trois embourbements, et la réquisition par la police qui précède le convoi de 500 litres de gas-oil, pour faire nos pleins nous sommes encore en plein far West. Quant au reste des véhicules partis dimanche à 18 h 30, ils ne sont toujours pas arrivés lundi à 20 heures ! suspens, suspens. L’aventure continue.

Notre témoin du jour :
Emile Hubert, notre seul Luxembourgeois, de Niedercorn, membre du club, les Cyclotouristes de Longwy (54). « Après l’émerveillement de l’accueil Kazakh de Quandiaghash, nous découvrons la grande gare de la ville. Le chargement des vélos s’est bien passé et nous montons dans un train comparable au nôtre. J’ai très bien dormi, sur ma couchette, avec matelas et drap neuf. J’ai vécu un coucher de soleil merveilleux et étant peintre à mes heures, j’ai admiré la variation des couleurs. La nuit pour moi a été calme et sans problème. J’apprécie beaucoup ce voyage, le contact avec les différentes populations n’est pas toujours évident, mais quand il est possible vraiment instructif. J’apprécie beaucoup les spectacles qui nous sont proposés et j’ai même eu le plaisir de pouvoir chanter sur scène une chanson de Luis A ? Mariano.
Sur les routes difficiles, je suis très attentif, car une chute grave serait pour moi une catastrophe. Je fais également très attention de ne pas faire tomber un autre cyclo, car je souhaite vraiment arriver à Pékin en bonne santé, voire en pleine forme, accompagné par tous. Ce voyage est pour moi la cerise sur mon gâteau de cyclotouriste. »

Etape 56 : Shubarqudig – Quandiaghash



Samedi 17 mai 2008
85 km – Dénivelé : 454 mètres
Départ : 9 h 15 – Arrivée : 15 h
KAZAKHSTAN

Une journée ordinaire, mais
passionnante !

Petite étape, très légèrement vallonnée, à travers la steppe qui désormais nous est plus familière. Nous avons eu la chance, jusqu’à présent, de ne pas pédaler sous de très grosses chaleurs, ce qui a vraiment rendu la randonnée fort agréable. En général l’état des routes pour un cycliste ne pose pas de problème particulier, il suffit simplement d’une attention plus grande pour éviter les trous et les passages boueux. En revanche nos véhicules d’accompagnement n’ont pas été à la « fête ».

En parlant de fête, il faut convenir que les autorités locales se mettent en quatre pour nous recevoir. À l’entrée d’un village, une importante délégation était présente, les enfants agitaient des fanions et les cyclos signaient des autographes par dizaine. Notre arrivée à Quandiagash est typique de ces manifestations bien préparées. Dans toute la ville, un policier tous les 100 mètres et 500 mètres avant notre entrée dans le collège qui nous hébergeait nous avons eu droit à une double haie d’enfants, en tenue d’écolier, nous applaudissant. Sur le perron du collège, la police, une cinquantaine d’hommes en tenue et de nombreux civils, la directrice, l’ensemble des professeurs, les multiples fonctionnaires de la ville et de la région, étaient présents, sans compter le groupe de danseurs et celui des musiciens, toujours des moments impressionnants, émouvants et surprenant. Dans son discours de bienvenue, le chef de la police nous indique que nous ne pouvons absolument pas sortir de l’enceinte gardée des bâtiments !

La consigne sera scrupuleusement appliquée à la lettre. Quant aux trois repas qui nous ont été servis dans la cantine scolaire ceux-ci étaient parfaits et très copieux et en prime nous avons pu déguster les plats traditionnels : Viande de cheval en saucisson, viande de mouton, sur un lit de pâtes que nous définirons comme des lasagnes. Dans le même établissement, le Maire, le chef de la police, le chef des députés, et quelques dignitaires importants recevaient quatre des nôtres dans un salon privé. Dans cette réception, le plus difficile n’a pas été la dégustation après chaque allocution d’un verre de cognac ou de vodka, mais bien « d’avaler » les yeux de mouton qui nous ont été proposés, signe de reconnaissance comme hôte important ! Deux concerts viendront agrémenter nos 24 heures de casernement.

Notre témoin du jour :
Christian Roche du club de l’amicale de randonneurs de la communauté de commune de Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier.

Etape rapide, je dois m’accrocher pour rester dans le peloton, car je suis quand même un peu fatigué.
Moments surprenants, à l’entrée de la région : Plus de cent personnes, Préfet en tête, nous attendent : Tapis, buffet et discours et là, un moment d’anthologie, le discours du préfet qui cite en Kazakh, bien entendu les célébrités de la France : Robespierre, Zidane, Chirac, Victor Hugo, et… Dominique Lamouller (sic).

Autre étonnement, ce matin je suis entré dans une ferme au bord de la route. La fermière malaxait sa pâte dans la main pour la faire sécher ensuite sur un grillage. J’ai demandé à goûter ce fromage et il m’a rappelé le Cantal de mon enfance.
Dans ces steppes immenses où le décor est en cinémascope, le ciel est d’une telle beauté que la pensée n’a plus de limite je suis à la recherche de mes dix kilos perdus, j’ai réalisé que l’Aubrac, qui m’est cher, n’étais qu’un confetti.

Etape 55 : Bayghanin – Shubarqudig


Vendredi 16 mai 2008
72 km – Dénivelé : 134 mètres
Départ : 9 h 15- Arrivée : 15 h

2 mois, à mi chemin

16 mars…16 mai. Partis de Paris, il y a deux mois, nous avons franchi aujourd’hui le km 6 500. La France, l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie, la Serbie, la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine, la Russie, et actuellement une partie du Kazakhstan, sont derrière nous !

Les participants, chacun à sa manière, commencent tranquillement à gamberger. « Et si mon improbable, incroyable et inoubliable histoire, allait devenir réalité et faire partie de ma vie à jamais ? » Nous n’en sommes pas là, mais un léger parfum de plaisir et d’optimisme, activé par un vent d’ouest, frémit dans les esprits.

L’étape du jour étant courte, notre départ n’a eu lieu qu’à 9 h 15, un beau soleil et un vent favorable nous accompagnaient. La route est asséchée et les kilomètres s’égrènent à bonne vitesse, mais en toute tranquillité, la police n’exigeant pas que nous roulions en groupe compact. C’est donc avec un réel plaisir que nous évoluons dans des espaces immenses et impressionnants.

La circulation est quasi nulle ou presque. À l’entrée de la ville, les autorités au grand complet, un groupe folklorique et un orchestre accueillent les cyclos, avec faste mais en toute simplicité. Une attention toute particulière, pour chaque femme qui reçoit en cadeau un œillet. Un bain Russe, particulièrement apprécié, terminera l’après midi.

Le témoin du jour :
Après deux mois de route, nous avons souhaité interrogé le médecin de l’expédition : François Le Van de l’amicale cyclotouriste de la Roquebrussanne dans le Var (83).

Pouvez vous nous dire en quelques mots, votre ressenti sur la santé du groupe dont vous avez la responsabilité ?

Faire réaliser un périple de plus de 12 000 km à des cyclotouristes et à des accompagnateurs, dont la moyenne d’âge frise les 60 ans n’était pas évident et certains « aimables confrères » m’ont conseillé fortement de ne pas prendre une telle responsabilité. C’est pourquoi avant le départ j’ai fait, au nom de la commission médicale fédérale, une sélection rigoureuse, dans le domaine cardio-vasculaire, métabolique et éliminé les candidats présentant des maladies chroniques pouvant être préjudiciables à la réalisation de cette aventure. Le facteur âge, après consultation d’autres confrères, ne s’est pas avéré un facteur limitant. À ce jour, ce constat semble s’avérer vrai, car nos 7 gaillards de plus de 70 ans, tiennent parfaitement leur place et sont toujours là, vaillants.

Dès le début de la randonnée j’ai pu rapidement constater une grande dispersion des capacités liées au potentiel physique de chacun. Il se trouve que désormais les plus « faibles » sont entrés dans le moule et sauf accident, arriveront probablement à Pékin.

Après l’épidémie de virose respiratoire en Allemagne, étalée sur plusieurs semaines qui a touché presque tout le monde, nous n’avons eu quasiment aucun gros souci médical : des problèmes de tendinite chez quelques-uns ou des douleurs liées en partie à des mauvaises positions sur le vélo -rappelons que ce n’est pas le vélo habituel des cyclos, nous n’avons eu à vrai dire que trois vraies malades, qui après quelques jours de repos et des soins appropriés ont repris leur monture et continuent comme si de rien n’était. A ce jour nous n’avons eu à déplorer que 3 abandons pour raisons familiales.
Ma crainte future reste les grosses chaleurs qui nécessairement vont arriver, mais vu le bon état général du groupe, si l’alimentation et la déshydratation sont bien gérées, cette crainte pourrait être infondée. Par ailleurs la solidarité et l’entraide du groupe ont un effet bénéfique certain. Mon seul but est d’arriver à Pékin avec des gens en bonne santé, reposés et heureux. Sauf accident toujours possible, sur la route et le pire peut toujours arriver, je pense que nous avons de bonnes chances de réussir ce projet fou, ou le hasard n’existe pas.

Etape 54 : Mumkir – Bayganin


Jeudi 15 mai 2008
130 km – Dénivelé : 127 mètres
Départ : 8 h 15 – Arrivée : entre 16 h et 19 h
KAZAKHSTAN

Le vélo grandeur Nature !

Comme hier, cette étape est à marquer d’une pierre blanche. Les difficultés sont bien réelles, occasionnées par des routes quasiment impraticables aux véhicules, exceptés les vélos.
Ces engins seuls sur la route, s’en donnent à cœur joie, méprisant les trous et les bosses et se faufilant en souriant à travers les chausse-trappes permanents.

Non sans mal, nos 7 véhicules sont arrivés à l’hébergement. 100 km de piste sur les 130, « nos utilitaires » souffrent énormément car ils sont mal adaptés à ces chemins, sans double pont et munis de châssis trop bas. Pour le moment pas de casse, mais c’est la hantise de chaque chauffeur. L’accueil exceptionnel du maire, avec dîner totalement Kazakhe, spectacle musical et danses locales nous réconforte et nous régale.

Le témoin du jour est :
Gérard Duru du club de l’A.S. Boncourt (28)

« Cette étape, typique de la piste Kazakhe, entrecoupée de route en assez bon état, a été placée sous le signe du vent favorable et très puissant. Pour un cyclo, c’est le rêve ! La police étant discrète, chacun a pu rouler a son allure. À 30 km de l’arrivée, nous sommes attendus sur le bord de la route par le chef du village et un professeur enseignant le Français accompagné de ses élèves. Offrande traditionnelle : lait de chamelle, fromage et beignets. Les chants des enfants ont terminé ce très simple et savoureux accueil. Sur les pistes, le matériel souffre énormément, la chaîne et les dérailleurs sont les plus exposés. À l’arrivée, nous pouvons, alors que l’eau est précieuse ici, bénéficier d’un traitement de faveur. Nous lavons nos vélos dont l’entretien est primordial pour continuer notre périple. Ce soir, nous avons droit au spectacle folklorique, ce qui confirme l’excellent accueil des villages du Kazakhstan »

Etape 53 : Makat – Mumkir


Mercredi 14 mai 2008
130 km – Dénivelé : 228 mètres
Départ : 7 h 15 – Arrivée : 17 h 45
KAZAKHSTAN

La revanche de la petite reine !

Dans notre expédition, sans aucun doute, cette étape restera mémorable. La pluie étant au rendez-vous depuis plus de 24 heures, les pistes sablonneuses faisant office de route, sont devenues boueuses et glissantes. Toute la journée, les cyclos étalés sur plusieurs kilomètres, ont découvert, avec plaisir pour la majorité, les joies et les problèmes, du randonneur au long cours. La police, dans l’impossibilité de cerner un peloton groupé, a laissé faire, et chacun a pu, selon son humeur ou son envie, « se faire plaisir ».

Résultat : les vélos sont arrivés avant les véhicules. En effet pour ces derniers, la piste défoncée et boueuse est vite devenue un cauchemar. Six des sept véhicules, ont du être sortis des ornières par « les Kamaz » ces énormes camions russes, porteurs pour les pétroliers. Seul la camionnette « des ostéos » est passée sans difficulté. La moyenne horaire des camions a frôlé le 15km/h. Pour une fois les vélos vont plus vite que les autos! Nous sommes arrivés, non sans mal, à supprimer le bivouac du soir prévu au cœur de la steppe humide. En toute hâte, nous avons obtenu d’un village la mise à disposition d’un gymnase pour la nuit. Monter les tentes sous la pluie et dans le vent serait devenu une réelle épreuve, pas nécessairement utile.

Tout serait donc parfait si nous trouvions de l’eau et des sanitaires. Nous savions que le problème de l’eau existait, mais le vivre n’est pas évident. Nous, qui avions l’habitude de la douche quotidienne, nous en sommes réduit au robinet d’eau froide pour 30 personnes en moyenne! les réactions sont diverses et il faut bien s’adapter à la réalité du terrain.

Notre témoin du jour est :
Christine Bouillerot du Club Olympique Périgueux.

« Une grande journée de liberté dans les steppes du Kazakhstan, des paysages grandioses, des éclairages magnifiques sans compter un ciel avec de superbes nuages. Curieusement, dans cette steppe, immense, il y a beaucoup de présence : des animaux, des chevaux et des chameaux, des moutons et des caprins, sans compter des oiseaux, type échassier et même des aigles. Régulièrement, sur la voie ferrée que nous longeons, des trains immenses, nous saluant au passage, viennent troubler le silence. Adieu, les capitaines de route! place au vélo grandeur nature en totale liberté et aux nombreux vététistes. Pipi libre, photo idem, repas itou. Nous voulons simplement dire que la route étant sans voiture, le peloton s’échelonnant sur plusieurs kilomètres, nous n’avons aucune contrainte imposée par le danger de la route et la sécurité.
La route glissante et les trous (cratères !) ont occasionné quelques chutes sans conséquence. Soignés que nous sommes par François Le Van, notre médecin et pansés par notre infirmière Hermina Baque Vidal, toujours disponibles. »

Etape 52 : Attiraw – Makat


Mardi 13 mai 2008
132 km – Dénivelé : 223 mètres
Départ : 8 h 45 – Arrivée : 16 h 30
KAZAKHSTAN

Plus de 6 000 km !

Notre entrée en Asie, s’est faite par le passage d’un pont au dessus du fleuve Oural, elle coïncide exactement avec le franchissement symbolique de la barre des 6 000 km au compteur!! Ce n’est pas encore la moitié du chemin car nous devrions pédaler au moins 13 000 km pour atteindre notre but.

Dès le départ il fait beau, il commence même à faire chaud. Soudain, le ciel s’assombrit et une pluie fine nous accompagnera jusqu’à l’arrivée. Cette fois nous sommes vraiment dans l’aventure et cette étape entrera dans les souvenirs. Pierre blanche ou pierre noire, chacun en décidera. En effet à 17 km de l’arrivée, nous quittons la route nationale parfaitement revêtue, pour prendre une route qui a connu le goudron il y a plusieurs années. Les trous pleins d’eau, le sable transformé en boue, ont rendu le final assez folklorique. Les cyclos sont arrivés maculés de boue et mouillés mais finalement heureux.

Nous sommes hébergés dans le seul local du village pouvant recevoir 116 personnes. Le jour il fera restaurant, et la nuit il se transformera en dortoir. La route initialement prévue pour les vélos est, bien entendu, utilisée par les 7 véhicules de la caravane, résultat : Le camion de 20 t de Claude coincé dans une ornière sera dégagé par l’autre gros bahut conduit par Jean-François et le véhicule fédéral piloté par Julien le cinéaste s’est embourbé, mais c’était sans compter sur la solidarité kazakhstanaise qui s’est mise en place, un chameau est venu à la rescousse, et le Renault fédéral a repris sa glorieuse route, pour une arrivée largement après 20 heures.

Notre témoin du jour est :
Christian Piriou du stade auto-Lyonnais, demeurant à Lyon dans le Rhône (69).

Alors cette étape ?

Partis sous le soleil, avec un excellent bitume, la pluie est vite arrivé et nous a accompagnés pendant une centaine de km, dans une nature de plus en plus désertique, bien que les inondations récentes ont permis à la nature de profiter d’un peu d’humidité . Mon étonnement vient de l’absence totale d’animaux y compris les oiseaux.
La distraction du jour a été le dépassement des cyclos par des voitures locales, qui quittent la route, et prennent délibérément la piste, soit à gauche soit à droite.
L’arrêt pique-nique, initialement prévu pour 45 minutes a été vite limité au minimum, car la pluie nous a obligés à repartir rapidement. Il faut dire qu’en pleine steppe, les abris ne sont pas légion.

La fin de l’étape, 17 km, sur une route pleine de trous, rendue glissante à cause de la boue s’est avérée un exercice difficile. Plusieurs chutes bénignes ont obligés chacun de nous à la plus grande prudence et chaque cyclo choisissant sa trajectoire, le peloton, étiré sur 3 km et roulant sur toute la largeur de la chaussée, (chut ne le racontez pas au responsable sécurité de la FFCT) a vite ressemblé à une compagnie en déroute.

À l’arrivée, les enfants couraient pour accompagner les cyclos, les parents applaudissaient et sur la place de la mairie des jeunes filles en costume traditionnel offraient le gâteau local et un bol de lait de chamelle. Les enfants des écoles agitaient des fanions multicolores, c’était la fête ; Merci à tous.

Pour moi l’expédition a commencé vraiment au Kazakhstan et j’apprécie ces variations incroyables du niveau de vie, qui nous fait passer d’un confort 4 étoiles, au local sans eau, sans sanitaire, et où tout le monde couche soit sur son matelas soit sur son lit de camp, à 60 par chambrée.

Que l’aventure continue !

Etape 51 : Aqqistaw – Attiraw


Lundi 12 mai 2008
90 Km – Dénivelé : 125 mètres
Départ : 8 h 30 – Arrivée : 15 h 00
KAZAKHSTAN

Du Moyen Âge à l’an 2020

Nous quittons Aqquistaw, sans regret. La petite ville est vraiment triste et noire, aucun chemin goudronné, des ordures jonchant le sol et des flaques d’eau croupissantes. Une très pénible impression. La pauvreté, digne et vivante est là et pourtant dans la ville circulent des trains immenses, composés uniquement de wagons citernes. Le pétrole est là, mais pas encore le produit de son aisance.
Sur l’itinéraire assez roulant, pas beaucoup de trafic. Quelques puits de pétroles et de gaz sont visibles mais l’activité semble modeste. Erreur, cette région de l’ouest Casaque commence à générer de la richesse. Nous la trouverons 90 Km plus loin en arrivant à la grande ville de Attiraw, ou là l’or noir porte bien son nom. Bâtiments neufs dont l’architecture est audacieuse, un urbanisme futuriste, des jets d’eau, des terrains engazonnés, des églises et des mosquées neuves, cette ville, qui symbolise la séparation officielle entre l’Europe, que nous quittons, et l’Asie, où nous entrons, porte tous les signes extérieurs d’une grande opulence et d’une grande activité.
Même les hôtels où nous logeons sont de premier ordre, les prix aussi !!! C’est le revers de la médaille, nous sommes très loin des tarifs pratiqués dans la campagne.

Mauvaise surprise également lors de notre arrivée à l’étape : L’hôtel, réservé pour 115 personnes, nous annonce qu’il ne dispose que de 40 lits ! Il a donc fallu réaliser des prouesses pour trouver les 75 lits manquants. Chose faite, les cyclotouristes ne se sont aperçus de rien ! Tant mieux. Les hôtels sont très confortables et les bienvenus avant une semaine difficile. Nous savons tous que cet oasis de modernisme, sera le dernier dans notre périple Kazakhstanais dont les étapes vont devenir de plus en plus rudes en matière de confort.

Notre témoin du jour est :
Jean-Marie Estoup du club de A Gan Olympique dans les Pyrénées-Atlantiques (64).

L’esprit de mon voyage : partir de Pau, à vélo naturellement, pour rejoindre Epernon dans l’Eure-et-Loir, ma ville natale et ou j’y ai vécu, pour rendre hommage à mon grand-père paternel, et continuer sur l’Ukraine, pour rendre hommage, cette fois ci, à mon grand père maternel. Cette première approche de mon périple sentimental et familial était pour moi importante.

Mon but n’est pas forcément d’aller à Pékin… ! Mais surtout de réaliser un voyage. Rencontrer des gens, échanger sur tout et sur rien est essentiel dans l’orientation de ma vie. Par exemple à Astrakan, ma journée, en compagnie de jeunes, m’a beaucoup appris sur cette ville et ce fut pour eux l’occasion, rare, de s’exprimer en Français.

Adepte des écoles solidaires, j’ai pu, en partant de la revue Cyclotourisme apprendre à une dizaine de jeunes Russes, de 10 et 15 ans la géographie de la France. Ces enfants se sont engagés à parler de cette journée au reste des élèves de leur classe. J’étais très honoré d’être un ambassadeur.

M’intéressant à l’habitat, j’observe avec attention, les façades des maisons et villages. Cela me permet de constater de grandes différences entre les pays et me donne une approche, un peu particulière, du mode de vie des propriétaires.

Enfin ce matin, j’ai reçu une leçon de vie. Ayant passé la nuit dans un gymnase, nous sommes tous entrés dans ce local, avec nos chaussures crottées et sales ! Ce matin, les enfants Casaques, sont arrivés, ont changé de chaussures, mis leur pantoufles pour ne pas abîmer le plancher vétuste mais tellement précieux et sacré à leurs yeux!

Etape 50 : Ganyushkino – Aqqistaw


Dimanche 11 mai 2008
159 km – Dénivelé : 148 mètres
Départ : 9 h 15 – Arrivée : 20 h 10
KAZAKHSTAN

Pas de transition

Cette fois nous sommes bien au Kazakhstan, dans cet immense pays dont le nom nous fait rêver depuis longtemps.

La steppe est bien là, partout. Par chance, durant les 35 premiers kilomètres, et suite aux dernières inondations, l’herbe est encore très verte. Petit à petit, la steppe reprend ses droits et c’est avec émerveillement que nous croisons les troupeaux de chevaux, dont la légende est fondée. Plus loin ce sont les troupeaux de dromadaires, gardés par des chameliers à cheval, qui stoppent l’ensemble des cyclos, instant magique pour enfermer dans nos appareils des photos inoubliables. La route goudronnée, assez roulante, est rectiligne et sur 70 km nous ne traversons aucun village ! Il ne fait pas très chaud, et un crachin continu toute la matinée, nous a contraints à rouler bien couverts. La vitesse de progression est lente, due à une semaine difficile, une récupération pas évidente. Nous sommes totalement dans l’aventure Paris-Pékin et la réalité n’est pas forcément facile à vivre pour une petite minorité !


Ici encore, comme prévu, la police routière veille. L’arrivée tardive à l’étape, dans ce petit village nous a fait vraiment prendre conscience de l’état des lieux. Pas de goudron, de la boue ou de la poussière, des maisons modestes et des habitants très typés, avec de beaux visages d’origine Mongole.

Nous avons vraiment changé de continent, en tous les cas, de mode de vie. Un hôtel et des chambres chez l’habitant étaient prévus par un hébergeur privé. Ce dernier étant dans l’incapacité de remplir son contrat, (13 lits possibles au lieu de 116 !!!) nous avons du, en toute hâte, modifier notre programme. Grâce au maire de la ville, un gymnase a été mis à notre disposition….

 

Revivez de l’intérieur cette fabuleuse épopée à vélo à travers les différents épisodes que nous vous proposons sur Cylomag.

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Texte et photos : Henri Dusseau
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