Rétro : Paris-Pékin à vélo 2008, la croisière verte (épisode 8)

En 2008, 118 cyclistes s’élancent de la capitale pour rejoindre Pékin à vélo. Nous revenons sur cette odyssée épique dont le but est de promouvoir les valeurs intrinsèques du cyclotourisme.

Nos valeureux randonneurs avancent malgré les températures, mais les paysages rencontrés en France et en Allemagne leurs donnent un grand sourires. Pour reprendre leurs propos : « Tout est calme, et majestueux ! » 

Autriche – Hongrie

Etape 16 : Vienne – Gyor

Mardi 1er avril 2008
145 km – Dénivelé : 525 mètres
Départ 8 h 45 – Arrivée 17 h 30

L’arrivée en Hongrie.

Nous quittons Vienne, précédés de nos anges gardiens motorisés de la police pour nous garantir une pleine sécurité lors de la sortie de cette grande métroplole. Ceux-ci nous accompagneront le groupe jusqu’à la frontière.

Geste fort apprécié par toute la troupe de cyclotouristes. Nous adressons nos vives remerciements aux services des États français et autrichiens qui ont su conjointement assurer notre sécurité.

L’entrée en Hongrie ou les barrières policières et douanières ont été définitivement levées procure une étrange sensation, car nous passons brusquement de l’ancien « rideau de fer », à l’arche de bienvenue !

En réalité, nous sommes le premier groupe de cyclotouristes à profiter de l’élargissement de l’espace Shengen !

Autre pays, autre paysage, autre standard de vie avec en prime un vent amical, et une température clémente qui avoisine les 16°C.

L’immense plaine Hongroise très giboyeuse se dévoile devant nous avec ses cerfs, biches, et lièvres par centaines.

À l’arrivée à Gyor (4e ville de Hongrie par son nombre d’habitants), Monsieur le maire, qui n’est autre qu’un ancien champion olympique de gymnastique, s’il vous plaît ! (Séoul 1988) nous a offert une sympathique réception, en présence des professeurs de l’Alliance Française, avec à leur tête leur présidente Madame Eva Màn, qui nous ont assuré une traduction simultané.

La mairie de Gyor.

Le témoin du jour
Aujourd’hui Serge Battais, du C.O. Rosiérois (49 Maine et Loire) nous confie :

« Ma surprise aujourd’hui est la différence perceptible que j’ai pu constater entre l’Autriche et la Hongrie. Le Danube et sa légende ont disparu, la campagne est morne, avec une rupture économique qui apparaît : rtacteurs anciens, véhicules vieillots, paysans à vélo, villages moins structurés. Etonnement enfin de la prolifération des animaux sauvages, nous avons souvent rencontrés des bandes de chevreuils de plus de 10 têtes, des groupes de lièvres énormes et vigoureux. Sur un seul kilomètre de route j’ai pu compter 7 dépouilles écrasées par un véhicule.

Moi qui voyage souvent en solitaire j’avais au départ, quelques inquiétudes ou a priori sur la sensation d’une organisation paramilitaire. Au fil des jours j’ai pris conscience de la nécessité impérative et essentielle d’une telle organisation. Une main de fer dans un gant de velours.

Je découvre également l’entraide dans le groupe (bleu, capitaine Geneviève Ravel) car désormais nous évoluons en autogestion, chacun ayant trouvé sa place. Je me surprends encore d’avoir accepté naturellement ce mode de fonctionnement. »

Journée de repos à Vienne

Lundi 31 mars 2008

Elle était très attendue cette première journée de repos. Mais pour quoi faire me direz-vous ?

Le changement de domicile permanent est une des difficultés à vivre pour les participants d’une expédition. Très vite, le calendrier se perd car tous les jours c’est « pédale ». Par nécessité, des habitudes nouvelles sont prises dans le cadre d’une vie communautaire et le « rien faire seul » peut-être un luxe inestimable.

Il faut aussi réparer les corps et les machines, mettre en ordre ses souvenirs, écrire à ses familiers, peut être aller manger en dehors du groupe avec deux ou trois copains. Faire quelques achats de nécessité : piles, dentifrice, cartes postales, petit ravitaillement. Ces 24 heures ne sont que du bonheur. Le vélo est au garage, cadenassé, au repos lui aussi !

Pour chacun Vienne est une recherche : le bleu du Danube, l’Aiglon, Sissi, François-Joseph, la valse, le concert du nouvel an ? Le rêve fait aussi partie du cyclotourisme…

Grâce au service diligent du tourisme autrichien, il nous a été proposé une visite de la ville en car. Durant trois heures, 76 cyclos ont découvert les beautés de la capitale de l’ancien Empire : le Prater, le ring, l’opéra, le palais impérial. Les statuts de Mozart, des Strauss, les souvenirs de Marie-Antoinette, les fiacres ! Il faudrait au moins une semaine pour tout voir et mieux comprendre, et la Hongrie nous attend.

Cette première journée de repos a été très salutaire. Pour l’ensemble des 118 participants.

Vous lirez ci dessous le compte-rendu de la première rencontre avec les élèves Autrichiens.

Collège/lycée Maroltingergasse de 1 200 élèves avec des sections « sport-études » football et handball.

Nous avons été accueillis par le proviseur Monsieur Aigner et Madame Renata Gueber, professeur de français.

Reçu dans une classe de jeunes (6e en France) dont la moitié a choisi le français et l’autre le latin.

Présentation du classeur par les ambassadeurs et discussion par petits groupes.

Le vélo Paris Pékin a été montré.

Ensuite des grands de Terminales sont arrivés et les entretiens se sont effectués en français.

Je laisse les ambassadeurs vous raconter ce qu’ils ont vécu. Nous avons beaucoup insisté pour que les jeunes autrichiens répondent aux alsaciens et aux lorrains parce qu’il y avait beaucoup d’investissement et de temps passé de la part des jeunes français.

Etape 15 : Melk – Vienne

 

Dimanche 30 mars 2008
121 km – Dénivelé : 371 m
Départ 8 h 40 – Arrivée 17 h

Wien : notre deuxième capitale.

Chaque mois désormais nous vous adresserons des photos de groupes des participants. Ce matin donc, Adrien et Julien, nos deux reporters, ont « tiré le portrait » de l’ensemble des participants, avant le départ de l’étape. Elles seront diffusées dans la semaine.

En ce premier dimanche réellement printanier, les cyclotouristes retrouvent avec un plaisir non dissimulé le vrai sens de la randonnée. La piste bordant le Danube est utilisée par des milliers de cyclistes, de rollers, d’enfants, tous aussi heureux que nous de pouvoir être caressés par les rayons du soleil sous une température fort agréable.

Les 45 premiers kilomètres traversent des paysages découvrant les pruniers en fleurs -nous sommes dans la région du schnaps- les vignobles, les châteaux et des villages de toute beauté dont on apprécie les maisons aux façades colorées. Un vrai paysage de carte postale.

Par ailleurs, le terrain étant plat et le vent, surtout le matin, favorable, nous

pouvons affirmer que cette étape et notre arrivée sur Vienne, s’est réalisée en toute quiétude.

Une réception, en présence du Président de la Fédération autrichienne de vélo, Monsieur Otto Flum, du Président du tourisme national, Monsieur Michael Strasser et de Monsieur Jean-Michel Richefort notre directeur technique national (D.T.N.), a permis de conclure cette belle journée.

 

Le témoignage du jour :

Françoise Champrond, des cyclotouristes Chambériens (73) et des Cyclos cardiaques.

« Ce fut une journée printanière : arbres en fleurs, terrasses des cafés pleines. Je compare cette région avec la Drôme Provençale. J’’ai la chance d’avoir intégré le groupe « vert » dont le capitaine est Daniel Ravel et je m’en félicite tous les jours. L’ambiance est excellente et nous roulons toujours ensemble. A midi nous nous arrêtons pour prendre notre pique nique et souvent les repas sont partagés. Je n’ai jamais eu de remarques concernant mon allure et suis toujours attendue par les plus forts. Partie depuis 15 jours, je trouve que le temps passe à toute vitesse. »

Etape 14 : Linz – Melk

Samedi 29 mars 2008
118 km – Dénivelé : 335 mètres
Départ 8 h 40 – Arrivée 17 h 30

La campagne d’Autriche !

C’est au départ, vers 8 h 15 que nous avons eu l’honneur d’accueillir le Président de la région Haute Autriche et du représentant du maire de Linz après les discours, la remise de cadeaux de la part de l’office de tourisme de la région nous prenons la route, sous la protection de la police locale. Tour de la ville superbe, nous retrouvons sur la rive gauche notre compagnon de route le Danube. Au loin, sur la rive droite nous apercevons les Alpes enneigées.

La descente se poursuit enchanteresse, car le soleil et la tiédeur mettent du baume au cœur de nos « héros », nous rencontrons une multitude d’oiseaux, y compris des centaines de cygnes qui ne semblent pas être le moins du monde dérangés par notre passage.

A contrario, nous apercevons des directions tragiques et empreintes d’une Histoire qui vous glace le dos : Matahausen, Dachau. Mais heureusement notre mémoire collective, reste en veille.

À une vingtaine de kilomètres de l’arrivée un énorme barrage-écluse bloque le Danube. Cette retenue alimente une centrale hydro-électrique et permet à des bateaux de plus de 100 mètres de long de franchir ce pallier. Un ouvrage d’art remarquable.

À l’arrivée à Melk, nous apercevons de très loin l’abbatiale de la ville ; magnifique ensemble architectural, entretenu avec soins. Cet ancien château de la famille Babenberg, illustre en Autriche, est depuis 1089, la propriété des moines Bénédictins. À ce jour ils sont toujours très actifs et propagent leur devise : «in omnibus glorificatur deis »

Le témoin du jour : 

Gabriel Mercier – 66 ans – du cyclo-club de Carqueiranne (83). Il nous déclare :

« Les conditions atmosphériques sont idéales aujourd’hui, le vent est notre allié. Belles pistes cyclables, paysages enneigés. Pour la première fois nous avons déjeuné à la terrasse d’un « gathaus ». Nous avons vécu un moment très fort de l’expédition, la visite douloureuse et respectueuse du camp de Mauthausen ou 12 2000 personnes ont péri. La vue finale sur l’abbaye avec ses clochers dorés, brillant de mille feux sous le soleil retrouvé, restera également dans ma mémoire. En quelques kilomètres nous avons vu les contradictions de l’homme : Capable du meilleur et du pire.

Ces quinze premiers jours de « galère », dus au climat ne sont cependant que du bonheur. »

Etape13 : Passau – Linz

Vendredi 28 mars 2008
104 km – Dénivelé : 435 mètres
Départ 8 h 30 – Arrivée 17 h

À la conquête de l’Autriche !

Il n’a fallu qu’un coup de pédales pour atteindre la rive droite de notre fleuve, devenu désormais familier, pour atteindre l’Autriche. Sur une cinquantaine de km, en aval de Passau le Danube est frontière, au-delà, pour des raisons historiques, les deux rives sont autrichiennes. Il faut être un expert de la Germanie pour en apprécier, de part et d’autre du fleuve, les différences. Tout est calme, et majestueux. Les architectures identiques ou très proches donne à l’Autriche une impression de ruralité !

L’étape du jour courte, conduite à allure modérée, a permis de fréquents arrêts pour que les photographes amateurs puissent s’adonner à l’un de leurs hobbies favoris. Le temps est gris, humide mais surtout clément !

Nous découvrons les limites des pistes cyclables, pour une promenade en famille, sur une dizaine de kilomètres, c’est le rêve, en revanche pour le randonneur aguerri, souhaitant conserver un rythme régulier et un peu soutenu, le constat est plus nuancé. Irrégulièrement la piste change de sens et se termine brutalement. Il est donc nécessaire de suivre avec précisions la carte, pour ne pas commettre d’erreurs et éviter ainsi un allongement en km, d’où les arrêts répétés.

Son revêtement passe du bitume à la terre, ou à la boue ce qui rend le cheminement du groupe assez délicat. Les crevaisons sont légion mais par souci de sécurité nous suivons la piste cyclable ! D’ailleurs elle est souvent obligatoire.

Notre petite troupe va bien, véhiculant avec elle les petites bobologies classiques : Mal de gorge, début de tendinite, digestion difficile, repos mal maîtrisé. L’équipe médicale veille !

Le témoin du jour : 

Jean-Yves Guegen – 65 ans – de l’U.S.M.Villeparisis (77).

« J’ai été frappé ce matin au départ par la multitude des clochers de Passau. Pour la première fois, nous nous sommes vraiment imprégnés du Danube. A cause d’une erreur de parcours nous avons traversé le fleuve…sur une barque (4 vélos, 4 personnes) expérience unique. La traversée des gorges reste inoubliable. Ce qui est pour moi le plus nouveau dans cette expérience c’est l’aventure collective ! Le problème personnel de chacun, devient celui du groupe ! Il nous faut du temps pour tout mettre en place. J’ai bon espoir. Globalement je suis particulièrement satisfait. »

 

Revivez de l’intérieur cette fabuleuse épopée à vélo à travers les différents épisodes que nous vous proposons sur Cylomag.

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Texte et photos : Henri Dusseau
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