Rétro : Paris-Pékin à vélo 2008, la croisière verte (épisode 7)

En 2008, 118 cyclistes s’élancent de la capitale pour rejoindre Pékin à vélo. Nous revenons sur cette odyssée épique dont le but est de promouvoir les valeurs intrinsèques du cyclotourisme.

Après une semaine de voyage, nos voyageurs passent la frontière pour arriver en Allemagne. La météo est compliquée : le froid, la neige. Tous les ingrédients sont réunis pour inciter nos cyclistes à rester au chaud, mais cela serait mal connaître la motivationsdes cyclotouristes…

Allemagne

Etape 7 : Fribourg-Donaueschingen

Samedi 22 mars 2008
63 km – Dénivelé : 971 m
Départ : 8 h – Arrivée 12 h 30

 

Hier soir en arrivant à Fribourg, la météo locale et les autorités nous annonçaient un très mauvais temps pour le lendemain, avec probablement une impossibilité de franchir à vélo les contreforts de la forêt noire.

Prudent et soucieux de la sécurité de l’expédition, Jean-François Deregnaucourt, envoie une équipe de reconnaissance, pour mesurer sur place, les conditions d’enneigement. La décision finale sera prise au moment du départ…

6 h du matin, miracle! Le ciel est dégagé, la neige n’est pas tombée durant la nuit. Nous partons par le chemin prévu avec une légère variante. À partir du cinquième kilomètre, la voie commence à monter et nous entrons dans un paysage hivernal. Une vraie carte postale. Chaque village rivalise de beauté et les clochers à bulbe ou en pointe ponctuent le paysage.

Le col, à 1 110 m d’altitude, est franchi sans encombres. Les photographes s’en donnent à cœur joie. Pendant quelques kilomètres, sur le plateau le vent souffle et de petites congères se forment mais la route n’est pas bloquée. Un pâle soleil montre son nez. La longue descente nous permet de rejoindre rapidement la vallée de Donaueschingen et notre hôtel. Nous sommes frigorifiés mais heureux. 

Autre bonne surprise : l’hébergement au Baar Centrum. Chambre de deux, grand confort, piscine où nos deux ostéopathes organisent des séances d’étirements dans une eau à 28°C.

À la réception de la ville où nous sommes chaleureusement accueillis par monsieur le maire, nous apprenons que les sources du Danube ont été découvertes par l’Empereur Tibère en l’an 15 av J.C. Nous allons garder cette information sur 2 880 km car désormais nous suivrons le fleuve jusqu’à son embouchure en Roumanie, un mois durant.

Notre première semaine s’achève. Nous avons réellement pédalé sur 720 km et avons franchi 5 506 mètres de dénivelé. Dorénavant le calcul quotidien sera réalisé par « notre spécialiste maison » : Pierre-Marie Werlen.

Etape 8 : Donaueschingen – Sigmaringen

Dimanche 23 mars 2008
92 km – Dénivelé : 701 mètres
Départ : 8 h- Arrivée : 15 h 30

Arrivée à Sigmaringen.

 

  

Réception à Sigmaringen par le maire adjoint Dr. Roland Hauser.

 

Pâques aux tisons !
Après une nuit passée dans l’excellent centre , le Baar Zentrum, le départ est un peu laborieux. Le chemin qui conduit à la route principale est impraticable à vélo, car une fine couche de glace, couverte de neige cache le bitume. Par prudence le départ est pris en poussant les machines pendant les 500 premiers mètres.

Il nous sera malheureusement impossible ce matin, de pédaler en toute sécurité sur la voie cyclable longeant le Danube. Elle est recouverte de neige et de glace le plus souvent. Ce sera donc la file indienne sur la route. Par chance, la circulation est faible en ce dimanche pascal. La neige tombe et le déneigement n’est pas très prisé ici, par respect de l’environnement. L’équilibre sur le vélo n’est pas évident. La température avoisine le 0°C, mais l’habitude aidant, le froid n’est pas trop gênant.

Il faut simplement se méfier de la glace, pouvant entraver les roues en se glissant entre les pneus et les garde-boue. Cette pratique confirme une citation de Philippe Delerm : les chemins nous inventent !

Nous commençons désormais notre longue descente du Danube, ici, encore modeste fleuve déjà embelli par de nombreux châteaux de seigneurs, notamment ceux de la cour des Hohenzollern. La route, le fleuve et la voie ferrée, s’entrelacent, à travers des gorges pour utiliser un minimum d’espace.

L’arrivée dans la petite ville de Sigmaringen, dominée justement par le château de cette famille importante dans l’histoire de l’Allemagne depuis 1835, est superbe. Trois hôtels de bonne qualité facilitent le repos.

NB : hier nous avons franchi nos deux premiers cols: 
– 1026 m Aufdemhôchat
– 1030 m Holhengraben

Etape 9 : Sigmaringen – Günzburg

Lundi 24 mars 2008
132 km – Dénivelé : 553 mètres
Départ 8 h – Arrivée 17 h 30

Changement de région.

Ce matin, grand ciel bleu et température glaciale : -8°C ! Dans la campagne du Bad-Wurtenberg, que nous quittons après Ulm, pour entrer en Bavière, la neige a disparu. Nous pouvons donc emprunter les pistes cyclables, gages de sécurité et de tranquillité. Cependant le revêtement n’est pas toujours régulier et souvent, la terre remplace le goudron.

Désormais les habitudes de « vie de nomades » se normalisent. Les groupes s’organisent. Il faut encore quelquefois resserrer quelques boulons. Les difficultés inhérentes à une vie communautaire de 118 personnes deviennent plus concrètes à tous. Les ronfleurs (3 %) sont localisés et cette particularité est traitée. Les accompagnateurs s’efforcent de trouver des solutions pour tout concilier. La bonne volonté de chacun aidant, tout devrait être …presque parfait avant Pékin !

Bonne surprise : l’expédition a reçu la visite de huit jeunes cyclotouristes des écoles de Firminy et Saint-Bonnet-le-Château (42). Cette belle équipe, filles et garçons, dynamique et curieuse de tout, souhaitait rencontrer les « routards ». Elle n’a pas été déçue. Nous non plus.

Nous les retrouverons en Roumanie avec plaisir le 13 avril prochain à Bucarest.
Merci aux éducateurs Fabrice Goujon et Cyril Eyraud, et par delà, à tous nos responsables des écoles de cyclotourisme, qui forment les futurs randonneurs de demain.

Mauvaises surprises : à Günzburg, impossible de trouver notre hôtel. Pendant une heure les « ouvreurs » ont cherché l’Hôtel Mercure, en vain. Stupéfaits et inquiets, ils se sont rendus au commissariat de police qui le plus sérieusement du monde, a annoncé que cet hôtel avait changé de nom le…15 mars et était devenu le Golden Tulip.
Autre mauvaise surprise, le démarreur du camion (19T) piloté par Claude Galvaing, a rendu l’âme ! Nous espérons être dépannés mardi, car le lundi de Pâques en Allemagne, c’est impossible.

Etape 10 : Günzburg – Ingolstadt

Mardi 25 Mars 2008
126 km – Dénivelé : 650 mètres
Départ 8 h – Arrivée  17 h 30

Une étape difficile !

Une étape difficile.

Aujourd’hui les cyclos ont écrit la première page très difficile de l’expédition. Après 70 km d’une route plate à travers les superbes paysages Bavarois, une tempête de neige d’une rare violence, s’est abattue sur 4 des 5 groupes de randonneurs ! Vent violent, visibilité réduite à quelques mètres. Pour les deux tandems, pilotes et passagers ont beaucoup de mal à rester en ligne.

Difficile d’avancer ! La neige tombe drue. Il faut passer ce cap délicat. Barbe de glace, casque blanchi, toutes et tous serrent les dents et attendent la fin de cette rude séquence. Un abri est trouvé dans une auberge, une soupe brûlante pour l’un, un café chaud pour l’autre et la tempête s’éclipse comme elle est venue.
Quelles giboulées de mars !

À l’arrivée, à l’auberge de jeunesse d’Ingolstatd il faut encore sortir son sac, chercher des vêtements secs, attendre la douche, trouver son lit dans une chambre de… douze ! Il y a des jours comme cela. Nous avons franchi lors de cette étape le 1 000e kilomètres.

Pour les plus courageux, une trentaine, réception à la mairie de Ingolstadt (ville jumelle de Grasse 06) en présence de madame le Maire et du consul de France.
Demain sera un autre jour, nous l’espérons plus soft !

NB : le camion est réparé grâce à la diligence de Ivéco ULM.

Etape 11: Ingolstadt – Regensburg

Mercredi 26 mars 2008
1 km – Dénivelé : 399 mètres
Départ 8 h – Arrivée 14 h 30

Une étape de transition.

Au départ, nous accueillons trois jeunes Allemands, randonneurs comme nous, qui souhaitent nous rencontrer. Ils partent ce matin, en vélo… pour Pékin, via la Turquie, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Une autre route de la soie. Aujourd’hui la descente du Danube, sera du genre « long fleuve tranquille ». Le temps est gris, des flocons virevoltent et la température de + 1°C est considérée comme fort agréable après la tempête d’hier !
Les photographes se font plaisir et grâce aux appareils numériques, certains cyclotouristes prennent de 100 à 200  clichés par jour.

La France s’éloigne, les habitudes aussi. Parfois la famille et les amis envoient un SMS., lu délicatement dans un coin de chambre avec semble-t-il une discrète larme à l’œil !
La télévision allemande ayant été présente depuis 48 heures les automobilistes et les villageois montrent des signes de reconnaissance. Nous avons entendu un émouvant : « Vive la France ! » Un autre quidam, au passage du groupe est devenu blême et s’est signé ! Il est vrai que la Bavière, aux milliers de houblonnières plantées dans les champs est une terre très catholique.

Cerise sur le gâteau pour récupérer totalement : notre hébergement est très confortable et les repas forts riches.
Nous passons la nuit au centre de formation de la Deutsch Bahn, l’équivalent de notre SNCF.

Allemagne-Autriche

Etape 12 : Regensburg – Passau

Jeudi 27 mars 2008
163 km – Dénivelé : 390 mètres
Départ 7 h 50 – Arrivée 18 h 30

Rainer Maria Rilke a écrit : « tout à coup, on trouve quelqu’un qui nous écoute, alors, tous les mots prennent un sens. »

Nous avons eu vent que notre papier quotidien est de plus en plus lu et apprécié. Pour améliorer cet « instantané » et parfaire notre style journalistique, nous allons vous proposer une nouvelle rubrique journalière, l’interview, en exclusivité d’un participant, et recueillir ainsi ses impressions, son ressenti sur l’étape du jour.

La route des clochers à bulbes !

Il nous faut aujourd’hui partir plus tôt. Pour deux raisons : continuer notre progression vers l’est, où le jour se lève de plus en plus tôt deux, l’étape est longue : 149 km prévu, 163 en réalité. Et pour pimenter le voyage, nous devions utiliser deux fois un bac pour traverser le fleuve, en réalité cette variante n’a pu s’effectuer, le premier bac étant fermé.

Mais il en faut plus pour décourager les cyclotouristes au long cours, ils mettront plus de dix heures pour rejoindre la « Jugend herberge », installée dans un ancien fort militaire dominant la ville, mais heureux d’avoir pu admirer des dizaines d’églises typiques avec une vue imprenable assurée sur cette région d’Autriche, à portée de boulets. Mais pour y parvenir, il a fallu franchir une côte pentue de 3 km avec des passages à 12% , les plus sages ont mis pied à terre. Enfin, en prime et pour terminer la journée, certains logés au 7e étage de leur hôtel ont du en faire l’ascension, sans ascenseur bien sûr, pour arriver au 7e ciel !!! Dur dur quelquefois, le quotidien du conquérant !

Au fil des étapes, nous découvrons désormais un Danube qui mérite son titre de fleuve par sa largeur qui dépasse souvent 200 mètres enrichi de nombreuses rivières, dont l’Inn et l’Ilz, ce qui permet le développement d’un tourisme fluvial par de nombreux bateaux de croisière.

En résumé, cette journée a été très enrichissante sur une Allemagne qui a su allier tradition et modernité et que nous quittons demain après 750 km d’itinéraire.

Pour notre première interview nous avons demandé le « point de vue » de :
Christian Lemay – 52 ans – du club cycliste de Sainte-Foy Québec métro, et ses impressions sur cette étape :

En premier lieu une température jamais rencontrée jusqu’alors, + de 10° Un régal pour un Canadien. Deux villes m’ont également impressionnées : Deggendorf et Vilshofen par leur architecture typiquement allemande, leur propreté et une discipline respectée de tous les citoyens ! Par contre dans les villages aucune vie ! Où sont les populations ?
En général, je suis heureux et vraiment pas déçu par ces 12 premières étapes. En revanche j’ai été surpris par quelques cyclos qui ne me semblent pas posséder un très haut niveau d’expérience. Les hébergements me surprennent en bien.

Revivez de l’intérieur cette fabuleuse épopée à vélo à travers les différents épisodes que nous vous proposons sur Cylomag.

Épisode 1 : Cliquez ici
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Toutes les infos sur www.parispekinavelo.com

Texte et photos : Henri Dusseau
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