La Véloscénie en mode « fast and curious » : 3 jours, 400 km et une aventure inoubliable
« À vélo, tout est plus beau ! » — La Fédération française de cyclotourisme n’a jamais eu aussi raison. Et si je devais ajouter une touche personnelle à cette maxime, ce serait : « À vélo, tout est plus intense, surtout quand on se lance dans une micro-aventure solo entre Paris et le Mont-Saint-Michel. » Voici le récit d’un défi un peu fou, où la Véloscénie est devenue bien plus qu’un simple parcours : une expérience humaine, sportive et poétique.
La genèse d’un projet un peu fou
Tout a commencé par une absence. Ma femme partait pour une retraite yoga, me voilà seul. « Pourquoi ne pas en profiter pour partir à vélo ? » me suis-je dit. Mais où aller ? La mer, bien sûr. La plus proche, celle de Deauville, je la connais déjà : je l’ai sillonnée à vélo sur l’EuroVelo 4, entre Trouville et Valognes. Il me fallait du nouveau, du dépaysement, un défi à la hauteur de ma récente acquisition : un vélo Gravel.
Ah, ce Gravel… Une révolution dans ma pratique du cyclisme ! Plus besoin de choisir entre bitume et chemins de terre. « Ce vélo passe partout ! » me suis-je répété en caressant le cadre. Alors, pourquoi ne pas tenter l’aventure jusqu’au Mont-Saint-Michel ? L’idée de la Véloscénie s’est imposée comme une évidence. 450 km en 3 jours, soit 150 km par jour. Sur le papier, c’était simple, propre, efficace. « Dans la réalité, ce ne serait pas si simple… »
Préparatifs : entre excitation et improvisation
Pour organiser ce périple, j’ai d’abord consulté le site officiel de la Véloscénie, une mine d’or d’informations. Dès la page d’accueil, une photo des près salés avec, en arrière-plan, le Mont-Saint-Michel majestueux, a achevé de me convaincre. Le site propose 27 étapes, 8 boucles et 7 parcours à composer selon son niveau et ses envies. Mais ma « folie » — 450 km en 3 jours — n’y figurait pas. Qu’à cela ne tienne ! J’ai contacté Pierre Pichon, chargé de communication et marketing de la Véloscénie, un expert qui connaît les moindres recoins de l’itinéraire. En quelques minutes, il m’a concocté un programme sur mesure.
Matériel : J’ai opté pour des sacoches Zefal, une marque française réputée pour sa robustesse et son accessibilité. Déjà équipé avec certains de leurs accessoires, il était naturel de compléter avec leurs sacoches. Un choix judicieux pour un premier bike packing.
Vendredi 17 avril 2026 : Tel un enfant le matin de Noël, je n’ai plus sommeil. Les sacs sont prêts depuis la veille. 9h pétantes, je m’élance de la maison à Arcueil, dans le Val-de-Marne, le cœur battant, avec un léger trac. « Peur de ne pas être à la hauteur ? » Ce n’est pourtant pas une compétition. Juste un moment de plaisir, où la route suit une ligne de train. « Dans le pire des cas, je peux toujours monter dans un wagon… »
Jour 1 : Paris > Chartres (130 km) – La découverte
J’ai suivi le conseil de Pierre : prendre la variante par Limours après Massy. La dernière partie entre Saint-Arnoult et Rambouillet a été aménagée et balisée en 2024 — c’était le dernier tronçon à ne pas l’être. Moins connue que celle via Versailles, elle est tout aussi intéressante. Et pour cause : le viaduc des Fauvettes, ancienne voie d’aérotrain encore visible, offre une vue plongeante sur la vallée de Chevreuse d’un côté, et de l’autre, une immersion au cœur de la canopée francilienne.
Rambouillet, pause gourmande et souvenirs
Pour déjeuner, un simple sandwich sur la place de Rambouillet, devant un manège pour enfants encore fermé. « Un festin pour le voyageur », me suis-je dit en savourant chaque bouchée. Puis, j’ai traversé le parc du château de Rambouillet, un lieu qui m’a rappelé le dernier Paris-Brest-Paris en mode journaliste. Le soleil brillait, et l’accès gratuit au parc est une aubaine. Alors, il ne faut pas hésiter.
Chartres et ses illuminations
L’arrivée à Chartres vers 17h a été… sportive. Depuis quelques kilomètres, la flèche de la cathédrale se dressait à l’horizon. Mais au pied de la ville, une côte au dénivelé sévère m’a forcé à poser le pied à terre. « Pas très glorieux pour un cycliste », mais la priorité était de tenir sur la durée. Après une douche bien méritée, j’ai dîné sur le parvis de la cathédrale, aux premières loges pour les illuminations qui commencent à 21h. Épuisé mais heureux, je me suis endormi comme un bébé, songeant à la journée du lendemain.
Jour 2 : Nogent-le-Rotrou > Bagnoles-de-l’Orne (145 km) – La journée des châteaux et des défis
Un départ en train pour gagner du temps
À la base, j’avais imaginé faire Chartres → Mortagne-au-Perche en vélo. Mais après réflexion, 200 km en une journée, c’était trop. J’ai donc pris le train jusqu’à Nogent-le-Rotrou, point de départ de mon étape. Un choix judicieux.
Mortagne-au-Perche, entre marché et souvenirs
Cette ville est pour moi indissociable du vélo. Je l’ai découverte grâce aux frères « Hey Bro », deux aventuriers originaires de la région qui ont parcouru une grande partie du globe à vélo. Et puis, il y a le Paris-Brest-Paris, qui fait étape ici. J’ai déambulé entre les étals du marché de producteurs, les odeurs me donnant faim. Il était 13h, et je n’avais toujours rien mangé. J’ai craqué pour un sandwich, que j’ai mangé… en roulant. « Oui, je sais, ce n’est pas recommandé, mais j’avais encore de la route devant moi. »
Carrouges, le château qui sauve la journée
Après Alençon, j’ai pris la variante par Carrouges pour échapper à la monotonie de la voie verte. Et quelle récompense ! Dès le haut de la route, le château se détache sur un ciel qui commence à s’assombrir. Deux tours majestueuses, une place forte dès le XIVᵉ siècle. Quelques photos, quelques vidéos, et il était temps de reprendre la route.
Le drame du drone perdu…
À une vingtaine de kilomètres de Bagnoles-de-l’Orne, j’ai traversé une immense forêt. Seul, j’en profite pour lancer mon drone. Il vole derrière moi, puis sur le côté gauche et c’est là que tout a basculé : le drone s’est pris dans des branches et est tombé dans les ronces. Paniqué, j’ai cherché en vain. Puis une idée folle : demander à ChatGPT s’il existait un moyen de faire sonner le drone. Réponse : « Non, mais si la liaison est opérante, essayez de le faire décoller. » J’ai tenté le coup… mais impossible de le faire décoller car il est à l’envers et pour cela une voix me l’indique. C’est donc cette voix salvatrice qui m’a guidé jusqu’à lui ! « Heureux comme un gosse », j’ai repris la route, le cœur léger.
Arrivée à Bagnoles-de-l’Orne : le repas du guerrier
À l’hôtel Ô Gayot, le personnel était en ébullition pour le service du restaurant. Moi, j’étais un zombie. 145 km, 7h15 de pédalage, 9h30 sur la route. Une sacrée journée. Après une douche, j’ai commandé une pinte de bière (la récompense ultime), suivie d’un plat généreux : saucisse et purée maison, parfumée au thym. « Ce n’est pas raffiné, mais à ce moment-là, j’avais besoin de concret. » Une mousse au chocolat plus tard, je me suis écroulé dans mon lit, les jambes lourdes et le sourire aux lèvres.
Jour 3 : Bagnoles-de-l’Orne > Le Mont-Saint-Michel (~115 km) – L’apothéose
8h30, Bagnoles-de-l’Orne est encore endormie. Mes jambes, elles, vont de mieux en mieux. En revanche, ma nuque et mes cervicales sont en feu — probablement à cause de ma position sur le Gravel. Et puis, il y a cette douleur à la main gauche : mes deux petits doigts ne bougent presque plus. « Le syndrome du canal carpien, sans doute. Mais pour l’instant, j’ai besoin de mes jambes, et elles fonctionnent parfaitement. »
La rencontre avec Simon, le cycliste nomade
Après deux heures de route, j’ai croisé Simon, un autre cycliste en mode bike packing. Lui, il fait la Véloscénie en 4 jours, avec tente et duvet. « Tout mon respect », lui ai-je dit. « J’ai passé l’âge de dormir par terre. » Nous avons ri, puis décidé de finir le parcours ensemble. Et c’est incroyable comme une conversation fait oublier la fatigue.
Le Mont-Saint-Michel, enfin !
Nous avons aperçu le Mont au loin. « Un sacré frisson », je vous le garantis. Les prés salés, les moutons, les chemins blancs… Et puis, cette foule. Après trois jours de solitude, me voilà plongé dans un parking géant, parmi des milliers de touristes. J’ai trouvé un chemin de terre en marge de la grande voie, toujours en mode Gravel. Et puis… je l’ai vu. Le Mont-Saint-Michel, devant moi. Les yeux humides, j’ai bouclé ma micro-aventure. 400 km, des paysages à couper le souffle, des rencontres, des défis.
J’ai déjà visité le Mont à d’autres occasions, mais cette fois, c’était différent pas l’envie de me mêler à la foule, je veux rester dans ma bulle. J’ai attaché mon vélo, cherché un sandwich, et mangé face à l’abbaye un simple jambon-beurre… qui avait le goût de l’exploit.
Le retour : train et satisfaction
Mon train était à 18h10. J’avais tout mon temps. J’ai rejoint Pontorson, à 10 km du Mont, via une voie verte agréable. Voyager avec un vélo est une épreuve en soi, mais le mien, petit et léger, a facilité les choses. Un billet pour lui, un billet pour moi, et nous voilà dans le train jusqu’à Montparnasse, tout près de la maison.
Les meilleurs moments ?
La deuxième journée, entre Chartres et Bagnoles-de-l’Orne. 145 km, des dénivelés à n’en plus finir, des châteaux à couper le souffle. Le château des Comtes du Perche à Nogent-le-Rotrou, puis Carrouges en fin de journée. Et bien sûr, le troisième jour, l’apparition du Mont-Saint-Michel, comme une récompense ultime.
Aucune panne, aucune crevaison, une météo parfaite. Le seul imprévu ? Mon drone perdu… et retrouvé grâce à ChatGPT !
Un conseil ? Ne faites pas comme moi !
Prenez votre temps, faites la Véloscénie en 5 ou 6 jours. Moi, j’ai roulé, roulé, roulé… sans vraiment profiter des monuments. Mais c’était un choix assumé : j’aime les défis sportifs.
Si c’était à refaire ?
Je repartirais avec ma femme ou un ami, pour partager chaque instant, chaque émerveillement. Et je prendrais le temps de goûter la gastronomie locale, de visiter les châteaux, de m’imprégner des paysages.
Pourquoi vous devriez vous aussi tenter l’aventure
Que vous soyez débutant ou cycliste confirmé, en mode « fast and curious » ou en mode « slow travel », la Véloscénie, saura vous séduire.
Alors, enfourchez votre vélo — Gravel, VTC, électrique ou autre — et laissez-vous guider par la curiosité. Parce qu’à vélo, tout est plus beau… et surtout, tout est possible.














