Longue distance – Une Traversée de France (hors taxe)

Une Traversée de France est un format très longue distance proposé au sein de la Fédération française de cyclotourisme par Stéphane Gibon et le Cyclo Club Montebourg (50).
 

Le principe des traversées de France


Les traversées de France sont des randonnées annuelles. Ce sont des randonnées longue distance et en temps limité (200 km/jour). Elles vous feront traverser la France par diverses routes, sur des thèmes différents. Les parcours sont faits pour vous procurer du plaisir à randonner à vélo, quelque soit votre rythme et vos envies.
 
L’idée d’organiser des traversées pour Stéphane Gibon est née fin 2016 (et à la lecture du livre Les chemins noirs de Sylvain Tesson) sous forme de Randonnées permanente… mais c’est la randonnée à date qui va l’emporter. Les idées ne manquent pas, mais rares sont les « thèmes denses » qui permettent de vraiment traverser la France.

Pour en savoir plus sur le Cyclo Club Montebourg et sa section longue distance

En 2023, le thème était Compostelle avec le passage par Vézelay, Cluny, le Puy et sa Via Podiensis jusqu’à Saint-Jean-Pied-de-Port. Soit 1 650 km et quelques 23 000 m de D+: en vert sur la carte. Une telle Traversée ne se raconte pas mais se vit.

Le récit de Valérie sur sa grande Traversée


Je suis licenciée chez Les Randonneurs autonomes aquitains (33) de la Fédération française de cyclotourisme depuis septembre 2022 et permettez-moi avant de rentrer dans le vif du sujet, de dire quelques mots sur ma manière de l’avoir vécue. Pourquoi j’ai choisi cette épreuve, les choses que j’ai appréciées, mes erreurs, mes bonheurs et mon organisation.

Tout d’abord l’idée de traverser la France à vélo était séduisante, effrayante peut-être aussi mais captivante. Mais le départ se fait de Besançon, ma ville de naissance et je me dis : ce n’est pas un hasard. Et Compostelle et ses différentes voies m’attirent depuis de longues années. 

Fin juin, je n’ai pu me joindre au départ groupé des 88 participants. Mais la possibilité nous est offerte de la faire en mode Randonnée permanente au moment qui nous convient le mieux. Je trouve cette option vraiment intéressante car elle permet de profiter d’un beau tracé lorsque cela nous convient le mieux. Le tarif d’inscription est dérisoire avec cette formule (15 € si on est licencié à la Fédération) sinon c’est 30 €. Ce prix ne rend pas justice à tout le travail fourni par le traceur Stéphane Gibon qui a entièrement reconnu son parcours. 

Car je vous le dis tout de suite je n’ai jamais eu jusqu’à présent un tracé aussi soigné surtout sur une aussi longue distance. Tout est prévu : ce que l’on croit être une déviation « inutile » est en fait la possibilité de trouver une supérette un abri ou une boulangerie ou bien un beau panorama ou la découverte d’un monument. D’ailleurs j’ai découvert les « giboneries » ce sont de beaux talus ou raidards que l’on peut se prendre mais ça nous emmène sur de minuscules routes tranquilles avec de beaux points de vue : ça se mérite ! Tout est donc pensé adapté au cycliste itinérant. D’autant plus lorsqu’on est en solo.

Mon défi de l’année


Mon grand défi sportif cette année était bien cette Traversée : en totale autonomie et en ne prévoyant pas à l’avance mes étapes ni mes hébergements car je ne savais pas quelle serait ma forme et mon rythme… Tout ce que je savais c’est qu’il fallait boucler cette épopée en 8,5 jours soit 200 km par jour et environ 3 000 m de D+. Bien sûr il y a la version BRM mais ça c’est pour les hyper costauds qui ont fini lors de l’édition officielle en 6 à 7 jours !

Les mois passant avant le départ, je doute de plus en plus à arriver à enchaîner ces longues distances journalières avec un D+ qui m’est inconnu sur mes terrains d’entraînement. Et puis je décide finalement de me projeter sur  dix jours : pas d’homologation pour moi mais qu’importe je veux profiter de ce parcours, de ces découvertes et de la rencontre avec les pèlerins. Malgré tout le kilométrage quotidien que cela impose, cela va bien au-delà de ce qu’accomplit un cyclovoyageur. Cela reste encore un beau challenge sportif en ce qui me concerne.

J’étais attirée par la traversée de tous les départements de Bourgogne, de grimper sur la colline éternelle, de découvrir le Morvan et de retrouver le Camino : ce chemin m’a toujours attiré : j’ai réalisé il y a  six ans Le Puy/Conques en courant en cinq jours et j’avais envie de le redécouvrir sous un autre angle de vue, d’autant que la Traversée allait jusqu’au Pays basque que je connais aussi. On nous fournit un petit livret qu’il faudra tamponner lors des 25 pointages. Cela me fera une jolie collection de tampons (et je compléterai ma crédentiale aussi).

Grand départ mi-septembre

Il y a des avantages et des inconvénients à partir en fin d’été :

  • Tout d’abord moins de risque de canicule (mais là ce fut loupé le premier jour où j’ai roulé par 35°C ).
  • Ensuite les premières couleurs de l’automne dans le Morvan.
  • Beaucoup moins de monde sur les lieux touristiques.
  • Avoir de place pour transporter son vélo dans les trains. 

Mais aussi des inconvénients :

  • Le brouillard matinal.
  • La température matinale.
  • Les restos et guinguettes fermés. 
  • Les jours qui raccourcissent fortement (nuit noire à 21 h dans l’Est). 
  • Leș pèlerins sont très nombreux en cette période ce qui pose quelques soucis de disponibilité dans les hébergements. 

Côté logistique je réservais mon hébergement du soir à la pause midi, je trouvais les adresses sur Internet sans passer par des plateformes de location.

J’ai dormi en gîte rural, en chambres d’hôtes, en accueil pèlerin et en hôtels. Pas de bivouac et heureusement car en cette saison les fins de nuit sont fraîches et très humides et d’autant que j’ai eu un nombre important d’orages allant du début de soirée, en milieu de nuit et jusqu’en début de matinée parfois. Le confort d’une douche et d’un bon lit permet de récupérer de mes journées de 12 h environ.

Pendant 5 jours j’ai aligné des distances jusqu’à près de 200 km quotidiens et j’avoue chaque jour ça allait de mieux en mieux comme si le corps s’adaptait (et le mental aussi au vu de la succession des « giboneries » et autres variantes).

Toutefois ni les gîtes ni les chambres d’hôtes ne proposaient de repas aussi en 6 jours je n’ai pu  savourer que deux vrais repas. Par contre le petit-déjeuner était compris aussi au bout de deux jours j’ai finalement accepté de partir un peu plus tard pour en profiter. De plus, ces hébergements (hors hôtels) ne permettent pas des arrivées tardives : 19 h-20 h grand maximum. Aussi chaque jour je devais modifier mes « plans ». Moi qui croyais apprécier de ne pas être tenue par des délais strictes façon feuille de route de Diagonaliste, finalement ça prend du temps de gérer ses réservations en chemin et de négocier (un endroit sûr pour le vélo, l’heure d’arrivée et de départ). 

Mais finalement c’est ça l’aventure !


Mais le sixième jour l’engrenage se grippa. Non, ce ne sont pas les deux longs cols séparant la Loire et le Puy-de-Dôme qui furent un vrai obstacle, non c’est l’ennemi invisible du cycliste : le vent ! Un terrible vent du sud pris en plein face sur des faux plats montants pendant des heures m’a épuisée physiquement et nerveusement. Alors à l’issue de cette 6ème journée éprouvante j’ai décidé de lâcher : surtout que le vent fort va se maintenir au moins 24 h  j’arrête au Puy-en-Velay. De toutes façons je connais déjà la Via Podiensis et le Lot. Mais comme toujours en ultra il ne faut pas laisser parler la fatigue et je décide de prendre une journée off au Puy pour réfléchir à la suite.

Finalement ce fut la journée la plus formidable de cette traversée : le Puy, chaque année depuis trente-six ans, organise un festival médiéval avec près de 100 000 visiteurs de tous pays. J’y ai retrouvé un ami qui faisait le chemin à pied qui était parti de Genève : quel heureux hasard !

Mais il n’y jamais de hasard. Je décide alors de poursuivre l’aventure jusqu’à Cahors car de là je ne suis qu’à 200 et quelques kilomètres de chez moi ou une demi journée de train. Les vacances doivent se terminer dans cinq jours. Me voilà repartie et là que d’émotion de trouver mes premiers pèlerins sur nos routes communes. En effet le GR65 emprunte à plusieurs reprises la route. Les pentes sont parfois si rudes que je ne suis pas certaine d’aller plus vite que certains marcheurs.

Je me souviendrai à jamais…


Je me souviendrai à jamais de la montée depuis Estaing-sur-Golinhac en lacets tel un « petit  Alpe d’Huez » et du pourcentage à deux chiffres mais tout en haut j’aperçois les monts du Cantal et le Sancy. Magique !

Je me souviendrai à jamais ce dîner entre pèlerins où chacun raconte un peu les raisons qui l’ont poussé sur le Chemin. J’ai rencontré d’ailleurs beaucoup de femmes marchant seules : c’est un chemin d’émancipation !

Bien sûr ceux que je croisais : hôtes, accueillants, autres pèlerins ou habitants m’interrogeaient sur ce que je faisais sur mon vélo (un peu bizarre : c’est un gravel), surtout toute seule avec aussi peu de bagages.

L’arrivée à Cahors fut fortement pluvieuse comme pour m’indiquer que c’était la fin de l’histoire. Et pourtant cette fin n’est pas triste. Près de 1 300 km et 19 000 m de D+. En me débrouillant seule. L’objectif est plus que rempli. C’est ma traversée hors taxe comme j’aime à l’appeler car il me reste 20 % de la distance. Je reviendrai pour terminer les 400 km restants.

Il ne faut pas avoir peur de la bête du Gévaudan…

 

Mon bilan


Pas de pépin mécanique, ni physique (j’ai appris de mes expériences de l’année passée). De belles rencontres, des départements que je ne connaissais pas et que j’ai découverts avec plaisir, des solutions à trouver chaque jour et savoir s’adapter, oui cette Traversée se vit pleinement surtout en solo. Et je l’ai faite à ma façon.

Niveau matériel :

  • Vélo gravel avec pneus mixtes de 38 mm en tubeless (pour rejoindre certains hébergements j’ai pris des portions du GR65 : ah rouler sur la pouzzolane !)
  • Cassette en 11-40, plateaux : 50-32
  • Transmission mécanique 
  • Sacoches de bikepacking : remplies, sans l’eau, le vélo pesait 15 kg (j’avais prévu une tenue complète civile avec chaussures pour le soir et surtout pour les deux jours passés dans la ville e départ).
  • Tenue de pluie complète : a servi quelques heures sur le plateau de la Margeride
  • Je n’ai pas tout mangé ce que j’avais amené, évidemment 
  • Eclairage indispensable même de jour quand il a plu et dans le brouillard

Un conseil : entraînez-vous ! Moi comme souvent je me dis que le premier jour du périple me sert d’entraînement pour le jour suivant et ça peut fonctionner aussi mais si vous voulez rentrer dans les délais, oui il faut bien se préparer.

Texte et photos : Valérie alias Val Mente
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8 commentaires

  • Seb Leseb says:

    Comme je t’envie d’avoir vécu ce chemin. D’une des meilleures façon qui soit: seule avec Vali qui n’a pas du trop de gêner par ses exigences 🙂 Elle contribue cependant remarquablement aux illustrations ! Cela donne envie de faire le parcours bien sûr mais aussi de partir 8 jours avec un peu de prépa mais sans réserver sur un chemin diagonal qui arête de tourner en rond. Une respiration ! Merci pour ce récit.

  • Mansanti says:

    Bravo Valérie pour ce magnifique périple et merci de nous partager ton expérience!

  • GILLET Bernard says:

    Lors de notre rencontre a Salviac chez notre ami Eric, j’étais loin de m’imaginer d’avoir rencontré une sportive aussi talentueuse et accomplie. Un grand respect pour ton Ultra Gravel a travers nos beaux départements, et ton passage dans le Lot. Merci pour ton récit qui force l’admiration.
    Bravo Val

  • Jacques says:

    Très b
    eau récit , merci pour ce partage Valérie . Quand l’essentiel se résume à avancer, boire, manger , dormir .. Adepte de ce genre de trip au travers de notre belle France et aussi à l’étranger ( les déserts pour le silence ) ,je te souhaite plein d’autres aventures toutes plus belles es unes que les autres .

  • TABARD says:

    Bonjour Valérie,

    Superbe aventure et magnifique récit
    Je suis passé dans le Gévaudan également en juin dernier lors de mon Paris – Cap d’Agde et c’était merveilleux.
    Les voyages à vélo nous laissent les yeux remplis d’étoiles et cette sensation d’être nulle part en vélo…
    A bientôt au détour d’une route qui sait

    Christian

  • Theron says:

    Oui Le vélo est un super moyen pour parcourir et découvrir notre environnement proche ou lointain,j’ai moi même roulé tout autour de la France pendant 3 mois et 8500km en autonomie,quel bonheur de partir sur de petites routes inconnues ,de rencontrer et échanger avec les gens du « pays ».
    Merci Valérie pour ce témoignage qui ne peut que donner envie d’enfourcher son vélo et partir à l’aventure même près de chez soi.

  • Pascale Picquet says:

    Merci Val pour cette belle synthèse de tes vacances à vélo.
    Même en supprimant la notion de « temps limité » ton périple reste magnifique !

  • Harald says:

    Super récit et magnifiques paysages Valérie !

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