Au-delà des kilomètres, le Paris-Brest-Paris à travers les yeux de Pascale

Plongez dans l’univers du Paris-Brest-Paris à travers le témoignage de Pascale Picquet, une femme de 61 ans membre du cyclo club de Gradignan en Gironde.

Dans cette série de portraits, nous explorons les expériences uniques de cyclistes qui ont relevé le défi du Paris-Brest-Paris et partagent leurs récits inspirants. Pascale Picquet incarne la détermination et la passion. Son parcours de vie et sportif est riche avec le basket à haut niveau dans sa jeunesse jusqu’à la retraite progressive, en passant par ses études d’ingénieur et ses voyages.

Lorsque le basketball n’était plus adapté à ses articulations, le vélo est devenu son choix naturel. Les valeurs du cyclotourisme, axées sur la découverte, la communauté et l’écologie, ont instantanément captivé Pascale. À 61 ans, avec une retraite progressive qui lui offre du temps, Pascale a entrepris un voyage spécial : la préparation minutieuse du Paris-Brest-Paris, une randonnée épique de 1 200 kilomètres à compléter en moins de 90 heures. Elle s’est immergée dans le monde des brevets et des randonnées pour affiner ses compétences et sa résilience.

Pour Pascale, Paris-Brest-Paris était autrefois un concept lointain. Cependant, au fil du temps et de sa propre évolution en tant que cycliste, l’idée a pris racine. Après une première tentative avortée, la motivation de Pascale est restée intérieurement ardente. C’est avec une détermination renouvelée et une préparation minutieuse qu’elle s’est lancée dans l’aventure du Paris-Brest-Paris 2023.

À travers cette interview, Pascale partage sa passion pour les longues distances. Elle nous dévoile comment son engagement actif dans son club, son rôle de vice-présidente et sa participation au comité départemental de cyclotourisme de Gironde reflètent sa nature hyperactive et dédiée.

Le Paris-Brest-Paris représente bien plus qu’une simple randonnée. C’est un voyage personnel qui pousse les limites, construit des connexions et renforce le lien entre le cycliste et la route.

Le récit de Pascale

Il y a une dizaine d’années quand j’ai pris ma première licence au cyclo club de Gradignan pour fêter mes 50 ans, j’ai rapidement entendu parler de Paris-Brest-Paris (PBP) randonneur et de cyclistes qui roulaient de nuit. Je trouvais ce concept étrange et forcément je me disais « ce n’est pas pour moi ».

Progressivement j’ai participé aux brevets fédéraux et aux brevets des randonneurs mondiaux (BRM) et je me suis prise au jeu de la longue distance. Quand en 2018 trois cyclistes de mon club ont commencé à se préparer pour Paris-Brest-Paris 2019 j’ai longtemps hésité mais je me suis inscrite pour me rendre compte de ce qu’était ce monument dont tout le monde parlait. Ma préparation à l’époque était insuffisante et je n’ai pas pu aller plus loin que Brest, j’éprouvais une douleur au genou et je ne pouvais plus déclipser ma chaussure, dû à un déréglage de la cale. Continuer dans ces conditions aurait été trop dangereux.

Ne pas rester sur un échec

Ne pas terminer un PBP a un goût d’inachevé et c’est avec une grande motivation que j’ai repris les BRM après les périodes de confinement. Pour garder un rythme suffisant j’ai fait des sorties seule de 200 km chaque mois (dodécaudax). La réalisation des brevets pendant deux ans permet de rencontrer des personnes ayant le même objectif et de s’enrichir d’idées à leur contact.

Je retiens particulièrement le BRM de 600 kilomètres au départ de Tours où j’ai roulé avec Alain, Jean-Luc et Stéphane. J’ai recroisé ces deux derniers pendant PBP 2023. Ensuite j’ai participé au BRM 1 000 kilomètres organisé par le club des Randonneurs autonomes aquitains un mois avant PBP. Cette épreuve m’a fait beaucoup de bien et m’a rassuré sur ma capacité à enchaîner plusieurs jours avec très peu de sommeil.

Sur le plan de la santé j’ai surtout résolu un mal au genou récurrent depuis 2019 en changeant de pédales et de chaussures. Quelques séances d’ostéopathie ont aussi calmé quelques douleurs. La préparation ne se limite pas à l’entraînement, et à la préparation physique : il faut aussi se fixer une feuille de route en fonction de son allure et dans mon cas organiser une assistance.

 
J’ai choisi la solution « tout confort » pour mes pauses nocturnes pendant PBP 2023. Mon fils m’accompagnant en camping-car et m’attendant à Loudéac (à l’aller et au retour) puis à Mortagne-au-Perche. Cette solution m’évite la perte de temps aux contrôles et les files d’attente pour manger, dormir…

Enfin le grand jour approche


La veille, je retire mon dossier d’inscription de bonne heure avant la foule. Pour l’instant il n’y a pas beaucoup d’ambiance. Je reviens à la bergerie l’après-midi pour la visiter puis pour voir les vélos du Concours de machines. Il est difficile de prendre des photos tellement il y a de monde attroupé. Quel succès ! Ces vélos sont magnifiques !
 
Le dimanche j’arrive au parc du château juste à temps pour assister au départ des vélos spéciaux. C’est surprenant de voir ces vélos pas comme les nôtres qui vont aussi parcourir 1 219 km : vélos couchés, vélos carénés, tandem et même triplette, mini vélo… Il y avait même un vélo très ancien que je reverrai par deux occasions sur le parcours.
 
Je retrouve mon amie Valérie du club de Marmande qui est là en tant qu’accompagnatrice. Elle m’explique comment les départs sont organisés et me dirige vers mon sas (lettre J). Ensuite il n’y a plus qu’à se laisser porter sur le parcours vers le château sous une belle rangées d’arbres avant le départ officiel. Les cyclos sont lâchés et les pelotons se forment et se déforment au rythme des coups de pédale.

Il fait déjà nuit quand j’arrive à Mortagne-au-Perche, premier site d’accueil. J’y croise quelques amis girondins et je me ravitaille. Le reste de la nuit se passe sans encombre et je reste très vigilante pour ne pas revivre la mésaventure de 2019 où une chute avait déréglé ma cale de chaussure et abimé mon genou. Le danger est permanent quand certains cyclistes s’arrêtent sur la route sans se mettre sur le bas-côté. Il suffit d’un moment d’inattention et la perspective de boucler l’épreuve peut s’arrêter net.

Les choses sérieuses commencent…

J’arrive à Loudéac à la fin de la première journée, et conformément à mon planning il ne fait pas encore nuit. Je retrouve mon fils au terrain de camping pour un bon dîner, une douche et quelques heures de sommeil. Je suis bien requinquée pour une seconde nuit sur le vélo. Jusqu’au Roc Trévezel le parcours est difficile, il y a beaucoup de dénivelé.

J’ai besoin de faire plusieurs arrêts et des micro-siestes pour tenir le coup. De jour comme de nuit la population se mobilise pour nous offrir un peu de ravitaillement, de l’eau pour nos bidons et surtout du café. Certains poussent la gentillesse jusqu’à nous laisser nous reposer dans leur jardin ou leur garage !
 
Que dire de tous ces gens qui nous applaudissent sur le bord de la route. Ils s’installent en famille devant chez eux et c’est un spectacle digne du tour de France. Ils savent que nous sommes de simples amateurs qui nous lançons un défi incroyable.
 
Avant Brest je traverse Landernau avec émotion. C’est une ville qui me tient à cœur, mes grands-parents y ont passé la fin de leur vie. J’envoie à ma famille un selfie devant les maisons construites sur le pont pour qu’ils comprennent que j’ai déjà gagné la première partie de mon projet. Contrairement à l’édition précédente, le changement du sens d’arrivée à Brest me semble interminable en traversant Guipavas. En revanche, la sortie par le pont Albert Louppe sur l’Elorn est toujours magique. Surtout qu’au débouché du pont, une dégustation des fraises de Plougastel nous est proposée. Je ne me laisse pas priée…
 
Au contrôle de Carhaix je retrouve Jacques du club de Marmande qui repart pendant que je me ravitaille. Il m’avait doublé un peu plus tôt sur la route sans me reconnaître, alors qu’il avait bien reconnu mon maillot « Bordeaux-Sète ». Et c’est réciproque, j’ai vu son maillot sans le reconnaître. On manque déjà de lucidité ?

Quand la pause s’impose…


Ma deuxième pause au camping de Loudéac se fait avec du retard par rapport à ma feuille de route, mais j’ai la bonne surprise de trouver des maquereaux à la plancha cuisinés à 2 h du matin ! Je réduis un peu la durée de mon repos et le redémarrage est très difficile, j’ai les jambes lourdes.
 
La journée de mercredi est annoncée comme la plus chaude de la semaine et elle tient toutes ses promesses. J’arrive au contrôle de Fougères à midi pour y retrouver deux supporters que sont Régine et Pierre de mon club à Gradignan. Ils sont en vacances dans la région et ont tenu à venir m’encourager et à voir l’ambiance de Paris-Brest-Paris. Ça fait chaud au cœur. En guise de chaleur on est bien servi pendant l’après-midi. Je me traîne comme beaucoup de cyclistes autour de moi. Je gère la canicule du mieux que je peux pour éviter la déshydratation qui pourrait compromettre ma randonnée.
 
Mon étape prévue à Mortagne-au-Perche se limite à un repas, une douche et 15 minutes de sommeil. Je fais ce choix à cause du retard que j’ai pris mardi et mercredi et pour me laisser une chance d’arriver à Rambouillet dans le délai imparti.
 
En quittant la région du Perche le relief s’estompe et j’en profite pour tenter le tout pour le tout : j’accélère pour pouvoir couvrir les 100 derniers kilomètres en 5 heures. En théorie ce n’est pas infaisable, mais après 1 100 km ? Je suis aidée dans ce challenge à deux occasions par des cyclistes qui prennent des relais où qui profitent de mon rythme pour accélérer eux aussi et améliorer leur chrono.
 

Un final haletant


Progressivement je me rends compte que je vais être capable de tenir ce rythme jusqu’au bout. J’en profite pour me détendre, et savourer ces derniers instants. En discutant avec un cycliste à côté de moi, j’apprends que son fils participe au Paris-Brest-Paris des Jeunes dont l’arrivée est prévue cet après-midi, après douze jours de randonnée. Un bel exploit pour eux aussi. Finalement mon pari est payant et je rejoins Rambouillet à 11 h 35 avant l’horaire limite de 12 h 15.

 

Là aussi l’accueil est chaleureux et c’est sous un tonnerre d’applaudissements que je franchi la grille du château. C’est juste incroyable ! Globalement je termine ce monument du cyclotourisme sans douleur particulière (un peu aux fesses tout de même). Par contre le manque de sommeil va m’obliger à vite aller me coucher.

Pour réussir ce brevet j’ai eu le soutien logistique de la part de mon fils sans qui je n’aurais pas réussi. Et surtout, à distance, le soutien des proches (famille, amis, membres du club, membre du comité départemental de Gironde…) est un atout important pour le moral. Merci à eux !

Texte : Pascale Picquet, vice-présidente du cyclo club de Gradignan et membre du comité directeur du Codep Gironde, Jean-Pierre Giorgi – Photos : Pascale Picquet
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11 commentaires

  • bernard leseney says:

    Félicitations Pascale

    • Soulat jlouis says:

      Parus brest epreuve mythique
      C est l aboutissement de sacrifices
      Mais que de bonheur de franchir la ligne dans les delais
      Jamais on ne peut oublier
      Je l ai réalisé en autonomie complète en 1995
      Cela fait partie de mon Adn
      Bravo a tous

  • Paumard says:

    Toutes mes félicitations Pascale pour ce fabuleux challenge que tu t’es fixée et que tu as brillamment réussi
    Un parfait exemple dans la gestion longue durée de l’effort et le dépassement de la tolérance de la douleur
    Un grand BRAVO
    Loic PAUMARD [Stade Bordelais Cyclo]

  • Paissard says:

    Bravo Pascale ! Très beau récit et très bel exploit : un exemple de gestion et de courage. A bientôt sur nos routes de Gironde et dès 2024 sur nos BRM des RAA. Michel Paissard

  • Laurent says:

    Bravo Madame…
    Bravo à ts les partants pour le PBP..
    Faire déjà ts les brevets est un exploit.
    J ai participer au ravitaillement de Pontivy (56). J ai vu pendant 2 nuits des heros de la bicyclette…
    Nous avons fait de notre mieux pour acceuillir les participants.. Avec du respect..
    Bravo encore à vs tous (finischer ou pas…)

  • Jean Yves says:

    Super Pascale pour ta ténacité et ce que tu as fais.
    J ai 66 ans et je voudrais m offrir ce challenge pour mes 70 ans si Dieu me le permet.quels conseils pourrait tu me donner sur la préparation…ect pour réaliser ce rêve.merci cordialement
    Jean Yves

    • Pascale Picquet says:

      bonjour Jean-Yves
      Pour réaliser un aussi beau rêve que Paris-Brest-Paris il te faut prévoir une grosse préparation. Sur le plan physique un bon compromis est de prévoir des sorties longues et des sorties qualitatives. Tous les types de relief sont de bons terrains d’entraînement. Personnellement j’essaye de faire un peu de VTT en complément de la route car je trouve cette discipline plus physique et elle me permet de travailler l’équilibre.
      Ensuite une chose primordiale est que ton rêve soit bien ancré dans ta tête pour qu’il ne s’évapore pas à la première difficulté, quand tu te diras « mais qu’est-ce que je fais là ??? »

  • Morlet Stéphane says:

    Encore un grand bravo à toi. Tu as été très forte physiquement et mentalement, et avec une bonne préparation. Très content d’avoir fait ta connaissance et ému que tu parles de moi dans ton récit. A bientôt peut être sur la route ??. Stéphane

  • Valérie says:

    Bravo Pascale. Préparation, feuille de route tu n’as rien négligé et te voilà à ta juste place. Bravo à ton fils porteur de glacière et cuisinier de 2h du matin. Vous faites une belle équipe.

  • Quaglio theo says:

    Encore bravo Pascal pour ce challenge qui te tenait à cœur.
    Et maintenant, pendant que tes pneus refroidissent un peu , j espère que tu es prête pour le rugby.
    Attention encore de longues positions assises sur canapé ! Ça va encore être délicat pour les muscles fessiers…

  • Séguier says:

    Bravo Pascale

    Merci pour ton témoignage riche en émotions
    Amitiés
    Bernard

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