Notre lauréat de la bourse jeune voyageur est depuis 6 mois sur la route !

Nous suivons depuis des mois Tanguy Cleirec, lauréat 2022 de la bourse Jeune voyageur de la Fédération française de cyclotourisme, dans son grand voyage à vélo. Il fait un point au bout de six mois de voyage.

Des nouvelles fraîches depuis Khorog sur la mythique route de Pamir ou M41 pour les intimes.   

Aujourd’hui ça fait six mois tout pile que je suis parti de Grenoble avec Laure, Vincent, Charlie et mes parents ! Six mois que j’ai passé le portail vert de la résidence du 15 chemin des jaillières, tourné à gauche dans la descente pour rejoindre la départementale où j’ai donné mes premiers coups de pédales. J’étais parti avec l’objectif de ne pas me faire mal et de rejoindre la Nouvelle-Calédonie en passant par les toits du monde, la région du Pamir.

Six mois plus tard j’entre dans Khorog, capitale du Haut-Badakhchan au milieu du massif du Pamir. Il y en a eu des coups de pédales, des litres de sueurs, des nuits en tente, des larmes quelquefois, des rencontres, des invitations, de l’entraide, des fous rires, bref de la vie!

Bienvenue au Pamir !


Le Pamir est un massif de hautes montagnes de l’est du Tadjikistan se prolongeant en Chine, Afghanistan et Khirghiztan. Ses montagnes évoluent entre 4 500 m et 7 500 m, d’où son surnom de « toits du monde ». C’est également la région du monde où on retrouve le plus de glaciers après les pôles, ce qui fait qu’on y trouve beaucoup de rivières (et ça, si on a un bon filtre à eau, c’est cool !).

La route de Pamir est, peu ou prou, la seule route (principalement de la piste) qui traverse le massif, reliant la Chine, le Khirghiztan, le Tadjiikistan et l’Afghanistan. C’est une des plus haute route du monde avec un col à 4 600 m que je devrais passer d’ici deux semaines si tout se passe bien ! 

C’était un axe commercial majeur en Asie centrale pour le transport de marchandises avant le Covid et les fermetures de frontière. Aujourd’hui la route est très peu passante et je m’y retrouve parfois assez isolé, aux pieds de géants de roches dans un environnement minéral.

La route longe sur 400 km la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan, marquée par la rivière Pandj. J’y vois mes premiers drapeaux talibans et, séparé par une rivière de 50 m de large, observe la vie dans l’un des pays les plus pauvres du monde. Je pense aux paroles de « Manhattan – Kaboul » de Renaud et me dis que j’ai vraiment pas la même vie que les Afghans que je vois.

Une région très pauvre…


Le Tadjikistan n’est pas très loin non plus dans le classement des pays les plus pauvres du monde. Sous perfusion des aides internationales symbolisées par quelques panneaux avec les drapeaux européen, allemand ou japonais le long des routes, ponts ou autre infrastructures cofinancées. Avec un salaire moyen de 80€/mois et comme principale préoccupation d’avoir suffisamment de sacs de farine pour pouvoir faire son pain pendant l’hiver tout en se protégeant des loups qui descendent jusque dans les villages attaquer les chiens et parfois les Hommes.

Le passage dans la région est un jeu d’équilibriste entre des Pamiris indépendantistes dont les manifestations sont tous les ans réprimées dans le sang. Vingt morts en mai dernier. Et un conflit frontalier avec le Khirghiztan qui date d’une absurde délimitation frontalière à la chute de l’empire soviétique.

Merci à Poutine dont la concentration des forces en Ukraine se fait au détriment d’un certain maintient d’ordre en Asie centrale et en Arménie/Azerbaidjan. La Russie se retirant de ces zones, les conflits antérieurs non résolus refont surface et aujourd’hui il est vrai que la situation entre le Tadjikistan et le Khirghiztan est sérieuse, avec une trentaine de militaires morts la semaine dernière. Mais le conflit est centralisé autour d’enclaves territoriales situées à l’autre extrémité du pays par rapport à moi. En revanche le conflit affecte directement mon itinéraire car la frontière que j’espère pouvoir passer est plus ou moins fermée. Je dis plus ou moins car dans cette région rien n’est stable, des cyclistes sont passés la semaine dernière, d’autres se sont fait refoulés, c’est vraiment incertain.

Cela fait une semaine que je roule sur la M41, après avoir passé trois jours très sympas à Dushanbé avec Humbert, un cyclotouriste espagnol de 39 ans et Simon, un Italien de 31 ans, rencontrés dans mon auberge de jeunesse. C’était vraiment très sympa de manger des burgers, prendre des brunch et boire des bières avec ces deux lurons en partageant nos expériences et voyages. À l’auberge j’ai aussi croisé un cyclotouriste anglais qui revenait du Pamir et j’ai pu lui racheter son pneu de secours, j’ai enfin mis la main sur un Swhalbe Marathon !

Un nouveau départ !


J’étais fin prêt et, parti de Dushanbé à 800 m d’altitude, j’arrive à Khorog 1 300 m plus haut en passant par un col à 3 300 m puis en longeant l’Afghanistan.
 
Au début de la route je rattrape Antonio, un Espagnol de 48 ans qui se lance lui aussi dans le Pamir. Cependant, ayant six  mois de vélo de plus que lui dans les jambes, je roule presque deux fois plus vite… Je roule donc une demi-journée avec lui, on campe ensemble puis je continue ma route seul, le froid arrive et je dois avancer !

La route est ponctuée de nombreux check-points et casernes militaires pour garder la frontière autant que pour surveiller la population Pamiri indépendantiste. Je dois montrer patte blanche, mon passeport et un laisser-passer dans la région du Pamir qui m’a coûté 10 € à Dushanbé. Je m’enfonce de plus en plus dans des montagnes de plus en plus hautes. Khorog est enclavée entre trois sommets à 5 000 m.

Le dernier col a été trop dur pour moi. Je sais maintenant ce que représente 1 600m de D+ sur 20 km, 5 h à pousser sur les jambes pour faire monter mon tank de 50 kg chargé ras-les-sacoches de vivres pour assurer mon autonomie dans cette région où on trouve un market tous les 70 km.

J’ai attaqué la montée avec une boule au ventre. La peur de ne pas avoir les ressources pour le passer avant que la nuit n’arrive et que la température chute. À 5 km du col j’étais déjà proche de mes limites et, en allant demander de l’eau à 2 bergers, j’acceptais leur invitation à rester passer la nuit dans leur tente.

Me voilà donc à dormir dans la tente de deux bergers tadjikes par 3 000 m d’altitude au milieu d’un cheptel de 1 000 moutons. Expérience incroyable que de partager avec eux le plat local, du pain déchiré en petits morceaux imbibés de beurre et de thé bouillis au feu de bois. Le tout mangé avec les doigts dans un même plat accompagné de thé sucré. J’ai eu l’occasion de déguster ce plat, assez fade je vous l’avoue, plusieurs fois chez des gens qui m’invitent spontanément à dormir chez eux ou boire le thé. Les Pamiris sont vraiment très accueillants !  

Dans la même journée, la vision de deux bergers décapitant un mouton dans le lit de la rivière que je longeais, à elle seule, rentabilisé les 300 € que j’ai mis dans mon filtre à eau !

Sur la M41 j’ai aussi vu mon premier DPAB, « Distributeur Pas Automatique de Billets », consistant en une femme derrière une vitre avec un TPE qui, après m’avoir fait entrer le montant et le pin de ma CB, a plongé la main dans son tiroir pour en tirer les 500 somonis équivalent (= 50 €).

Une petite pause ?


Je me fais un jour de pause à Khorog avant de continuer la M41 qui va monter vers des plateaux à 4 000 m. Le froid qui arrive et la frontière potentiellement fermée avec le Khirghiztan m’occupent beaucoup l’esprit. Si je n’arrive pas à passer au Khirghiztan je devrai revenir sur mes pas jusqu’à Dushanbé et même Tashkent si je veux aller rouler au Khirghiztan… Je me questionne sur la suite de l’itinéraire, cela me préoccupe. 

Une pause café aujourd’hui m’a permis de prendre du recul et relativiser. Merci à ma cafetière italienne de m’offrir ces moments de répis qui ne sont pas si évidents à trouver lorsque j’ai la tête dans le guidon.

Je suis dans le Pamir, région dont je rêve depuis un an et demi et mes préoccupations ne doivent pas occulter la réalité d’une population pauvre qui subit directement un conflit dans lequel certaines familles perdent un fils, un père ou un frère. Moi je suis qu’un petit Français en vacance qui se balade à vélo, j’ai promis à ma mère d’être prudent et respecte cette promesse.

Je vous mets la carte de mes nuits avec en bleu continu mon itinéraire à venir, en bleu pointillé l’itinéraire que j’espère pouvoir faire si j’arrive à passer la frontière, en continu noir le trajet que je vais devoir faire si je ne peux pas passer et vous montre où sont les conflits actuel entre Khirghiztan/Tadjikistan, comme vous pouvez le voir ils sont loin de moi ! Vous l’aurez compris le réseau dans la région n’est pas bon, j’essaierai de vous renvoyer des nouvelles bientôt sans savoir si cela sera possible

 

En savoir plus sur Tanguy Cleirec : https://cyclotourisme-mag.com/2022/06/11/rencontre-avec-tanguy-cleirec-laureat-de-la-bourse-jeune-voyageur/

Texte et photos : Tanguy Clairec
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