700 km à la force des bras, un défi pour l’inclusion

700 km en handbike, à la force des bras, de Royan à Sète par l’itinéraire du Canal des 2 Mers, 13 étapes de 54 km en moyenne, tel est le défi que s’est lancé Tony Moggio, tétraplégique suite à un accident lors d’un match de rugby en 2010. Défi sportif certes, mais aussi, surtout, défi pour sensibiliser à l’inclusion et prouver que la détermination permet de repousser les limites.

Tony Moggio n’en est pas à son premier exploit : 2019, traversée du golfe de Saint-Tropez à la nage à la seule force de ses bras, 5 km en 3h05 ; 2024, descente de la Vallée Blanche à Chamonix en tandem ski piloté par un moniteur, 24 km de la Vallée Blanche à près de 4 000 mètres d’altitude, en 3h30.

Une reconnaissance patrimoniale exceptionnelle

En cette année 2026, le Comité du bien culturel Canal du Midi et l’Entente pour le Canal du Midi, qui célèbre le 30ème anniversaire de l’inscription du Canal du Midi sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, a sélectionné son défi pour saluer la dimension humaine et symbolique de son projet qui dépasse le simple exploit sportif : en choisissant de relier l’Atlantique à la Méditerranée par cette voie d’eau historique, Tony Moggio fait du Canal du Midi le fil conducteur d’un message d’inclusion, de dépassement de soi et de partage.

La reconnaissance de la Fédération française de cyclotourisme

La Fédération française de cyclotourisme ne pouvait pas rester insensible devant un tel projet qui rejoint totalement les valeurs qu’elle porte dans ses clubs et notamment pour l’inclusion et pour le partage entre toutes et tous, passionnés de vélo. Elle a invité les clubs à le rejoindre et l’accompagner sur les étapes, au départ ou à l’arrivée. Cette reconnaissance avec la licence offerte, vient quelques jours après l’intégration de la fédération parmi les 57 membres du Comité Paralympique et Sportif Français (CPSF), preuve supplémentaire et symbolique de son engagement pour promouvoir l’inclusion dans le cyclotourisme.

À la rencontre de Tony et son équipe

Alors qu’il est parti de Royan le 10 juin dernier, nous sommes allés à sa rencontre lors de sa 7ème étape entre Bon-Encontre (47) et Castelsarrasin (82), à l’écluse de Valence d’Agen (82). Il arrive, entouré de sa « garde rapprochée », tous amis proches et membres de sa famille, le papa, le beau-frère, le gendre, la filleule… à vélo, sans compter le « staff » dans les véhicules suiveurs avec épouses, sœur, belle fille, petit fils. Il fait très chaud, on s’empresse de le rafraîchir, de lui donner à boire… tous ces gestes que nous pratiquons naturellement doivent être accomplis par ses assistants… Nous reprenons le chemin de halage à bonne allure, 23, 24 km/h. Seules les courtes ascensions des ponts ou des écluses le ralentissent un peu, l’effort est violent.

A Moissac, accueil sympathique des jeunes de l’école de cyclisme du C.A.Castelsarrasin et leurs éducateurs. Une escorte juvénile pour la fin d’étape à la sous-préfecture du Tarn et Garonne où l’attendent les représentants de la municipalité, de l’Office municipal des Sports, du Conseil départemental et de jeunes lycéens en stage sportif.

Rencontre avec Tony Moggio

Le temps de le laisser se rafraîchir et se restaurer, il se prête volontiers à une courte interview :

Georges Golse : Tu en es aujourd’hui à la 7ème étape, à plus de la moitié du voyage, comment se passe-t-il ? Sur le plan physique ? Sur le plan de l’accueil  du public par rapport à tes objectifs de mobiliser le public et les partenaires, de fédérer autour d’un projet porteur de sens ?

Tony Moggio : Sur le plan physique, on s’est entraîné pendant plus d’un an, on a eu une très grosse prépa physique, alors, à l’aube de la 8e étape, franchement, physiquement ça va. Il va juste falloir faire attention à la chaleur qui va être un ennemi redoutable ces prochains jours. Mais globalement, tout va bien, l’accueil est extraordinaire à nos départs, à nos arrivées, le long du canal des 2 Mers. On rencontre du monde, on rencontre des abonnés, on rencontre cette grande famille du vélo, donc c’est juste fabuleux. De plus, surtout, j’embarque toute ma famille dans cette aventure, ça c’est important pour moi de les avoir à mes côtés.

GG : Tu as écrit : « Je ne marche plus, mais j’avance toujours », « Je montre à mon handicap qu’il ne gagnera pas tout le temps. »…, puis tu ajoutes « un défi pour l’inclusion ». Tu voulais mobiliser le public, les partenaires, fédérer autour de ton projet, y parviens-tu ?

Tony Moggio : Tout à fait. Voilà, je valide, je valide tout ça pour l’instant. Le relais solidaire que je voulais et que je souhaite créer de Royan jusqu’à Sète est bien maintenu et bien présent, comme ici, à Castelsarrasin. On sensibilise sur le fait qu’on peut avoir un handicap, on peut avoir une différence, mais ça n’empêche pas de se lancer des projets, des défis comme celui-ci. Donc voilà, je sensibilise pour montrer que finalement la différence ne nous éloigne pas. Au contraire, c’est une grande force qui peut tous nous rassembler. 

GG : Tu es un sportif marqué par « la résilience, l’optimisme et l’engagement », l’envie de repousser les limites, tu as accompli des défis dans différentes activités : à la nage à la seule force de tes bras, en tandem ski dans des conditions difficiles. En quoi ce défi en handbike est-il semblable et différent ?

Tony Moggio : Lors de mes précédents défis, l’effort physique était sur une journée. Ce défi est dur parce que je multiplie l’effort 13 fois sur 13 étapes. Donc, effectivement, c’est pas commun. Je sais très bien qu’avec le fait de multiplier les efforts au quotidien, à un moment donné, il faut terminer et que ça se termine avec le mental. Je crois même cette étape a déjà pu me le montrer.  

GG : A ce défi qui aurait pu être purement sportif, tu ajoutes une dimension humaine et symbolique avec ce parcours sur le canal des 2 mers et plus particulièrement le canal du Midi qui célèbre cette année le 30 ème anniversaire de l’inscription du Canal du Midi sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Ton projet a été sélectionné par le Comité du bien culturel Canal du Midi et l’Entente pour le Canal du Midi. Qu’est-ce que t’apporte cette reconnaissance, t’a-t-elle touché ?

Tony Moggio : Tout à fait, c’est une fierté. C’est une fierté de pouvoir représenter notre beau patrimoine à travers ce défi sportif, que ce défi sportif ait pu ait pu alerter les grandes instances, que ça les intéresse aussi de me suivre dans cette aventure. Donc effectivement, c’est un moteur de plus pour moi qui va me propulser dans les moments où je j’irai moins bien. 

GG : Les valeurs que tu portes, sport, culture, partage, inclusion sont celles du cyclotourisme et de la Fédération Française de Cyclotourisme dont tu es aujourd’hui licencié. Que représente pour toi cette licence ?

Tony Moggio : Oui, je suis très ému, très ému d’être licencié parce que j’étais licencié au rugby et mon accident a fait que, voilà, du jour au lendemain, compte tenu de mon handicap, je n’avais plus de licence. Aujourd’hui, je retrouve une licence, j’ai une reconnaissance, c’est incroyable ! Donc je suis très ému en plus de faire partie de cette grande famille de cyclisme, parce que comme pour le rugby, c’est vraiment une grande famille. Je le vois sur le canal des 2 mers depuis le départ de Royan, on se dit bonjour, est-ce que vous avez un problème, on s’arrête?  Je retrouve les valeurs du rugby, je les ai toujours parce que j’aime toujours autant le rugby. Je les revois et je les ressens dans cette fédération. Voilà, mon père est un fan du Tour de France, moi avec. Se dire qu’on fait partie de cette famille, ben on est très fiers. 

Un mot pour conclure : j’ai mené ces défis sportifs pour sensibiliser, pour montrer que voilà, le handicap n’est pas un frein à la vie, au contraire.

Texte et photos : Georges Golse
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