L’activité physique après un accident cardiaque

Le Pr François Carré, cardiologue du sport, nous parle de la reprise de l’activité sportive après la survenue d’un accident coronarien.

Le docteur Patrice Delga, médecin fédéral, à interviewer le Pr François Carré, cardiologue du sport qui exerce à l’hôpital Pontchaillou de Rennes. Restitution de l’entretien.

Revenons d’abord sur quelques définitions


Exit le terme d’infarctus du myocarde et son cortège de nuages assombrissant l’avenir, encore plus ringard l’angine de poitrine.

Maintenant on englobe toutes les lésions anoxiques aiguës du muscle cardiaque, quel que soit leur gravité sous un seul terme le « Syndrome coronaire aigu » (SCA), dont le pronostic a bien évolué depuis les nouvelles thérapeutiques interventionnelles permettant la dilatation rapide des artères coronaires.

 

La reprise de l’activité physique chez le coronarien, une pièce de théâtre en trois actes

Nous vous présentons le thème, les acteurs et les trois actes :
 

1) Le thème de fond de cette pièce


C’est l’amour du sport, amour vrai sincère, ou mariage de raison arrangé imposé par les instances médicales ! En effet quelle que soit la gravité de l’atteinte cardiaque, quel que soit le désir du patient, l’activité physique est reconnue actuellement comme la meilleure prévention à long terme contre la récidive d’un nouvel accident cardiaque. Il faut donc inciter fortement le patient à reprendre ou développer une activité physique, avec assiduité mais bien évidemment pas n’importe comment. C’est tout l’enjeu de cette pièce.

2) Les acteurs


Ce sont le patient et l’activité physique qui vont tenter de se séduire et de s’harmoniser pour s’aimer, sans s’épuiser, et sans conséquence néfaste.

La séductrice : quel type d’activité physique et quel genre d’activité est attirant. Pour classer les différentes activités physiques on les sépare en statique ou dynamique et on détermine un niveau d’intensité : faible, modérée ou importante. Le vélo c’est un excellent choix, sport endurant par définition, mais d’emblée la barre est mise haute. Il s’agit d’une activité sportive cataloguée de haute intensité. La pratique sera-t-elle occasionnelle, récréative, compétitive vraie ou déguisée ?

Le héros : il est lui aussi plus ou moins séduisant ! Fonction bien sûr de son âge, de sa morphologie, son poids ou plus encore de son tour de taille.

Il faut intégrer son mode de vie, sa tendance plus ou moins prononcée au sédentarisme (temps passé assis > 7 h), sa dépendance au tabac ainsi que ses antécédents, d’hypercholestérolémie, diabète ou d’HTA.
Autant de facteurs à intégrer avant de faire les recommandations sur la pratique et l’intensité de l’activité physique.

Il faut aussi tenir compte de critères plus subjectifs qui relèvent de la psychologie autant que du niveau de pratique du patient à évaluer. La petite reine étant l’objet de tous les désirs, comment la chevaucherait il ?  S’agit-il d’un cycliste du dimanche qui ne pratique plus régulièrement mais qui garde ses souvenirs de jeunesse d’antan, ce qui peut le mettre en grand danger, ou au contraire le dégoûter ? Ses futures performances risquent d’être en effet décevantes par rapport à son imaginaire.  S’agit-il du cyclotouriste proche de la nature qui sait prendre son temps sans s’essouffler ?  S’agit-il d’un cycliste occasionnel écologiste qui souhaite juste se déplacer sans contrainte.

3) Les trois actes

Le premier acte
Il trouve notre héros en fâcheuse posture car il présente des signes manifestes de souffrance myocardique. Il doit donc subir une intervention urgente pour oxygéner à nouveau normalement son myocarde. La coronarographie montre une ou plusieurs sténoses des artères coronaires. Une décision chirurgicale doit être prise : heureusement le plus souvent, le choix se porte sur la pose de Stents (ressorts écartant la paroi artérielle) par voie endovasculaire. Cette intervention est peu invasive. Si des particularités anatomiques rendent cette technique impossible, il faut alors recourir au pontage : chirurgie à thorax ouvert dont les suites opératoires sont évidemment plus longues ainsi que la récupération.


Le deuxième acte
Il se situe dès que le patient a récupéré, le lendemain en général, de la pose de stents. Une réadaptation fonctionnelle cardiovasculaire est préconisée au mieux réalisée dans un centre adapté. Il se verra proposer une prise en charge globale :

avec une éducation hygiéno-diététique invitant à une prise de conscience de ses différents facteurs de risques  et une sensibilisation pour optimiser ses habitudes de vie ordinaire : éducation alimentaire, cesser définitivement le tabac, traiter l’HTA (cesser de saler systématiquement son assiette), vérifier l’importance de l’éventuel diabète par le dosage de l’hémoglobine glyquée.

La reprise d’activité se fera progressivement en fonction de sa forme physique. En général, trois à cinq séances d’activité physique par semaine sont proposées, sous surveillance médicale selon que le patient vient en ambulatoire ou réside dans le centre de réadaptation.

 
Un traitement comprenant deux antiagrégants plaquettaires différents, en moyenne l’année qui suit la pose d’un stent, sont prescrits pour pour limiter le risque de thrombose du stent. Le traitement anticoagulant n’est lui pas utile si le rythme cardiaque reste toujours régulier.

Évaluer les risques de récidive  :
> Elle sera jugée faible si le patient est asymptomatique, sans aucune gêne physique. Lors de l’épreuve d’effort, la fonction cardiaque apparaît normale, sans trouble du rythme et la capacité physique est satisfaisante en fonction de l’âge, du sexe et du niveau de pratique d ‘activité physique ou sportive (l’échelle de Borg aide cette évaluation).

> Elle sera jugée à haut risque. Pour cela, il suffit que l’on retrouve un seul des éléments suivants : la pompe cardiaque parait altérée, une arythmie observée lors de l’épreuve d’effort, une capacité physique défaillante compte tenu de l’âge et du type de sport envisagé.

 Le troisième acte
C’est le retour à domicile, laissé seul face à sa maladie : sera-t-il capable d’appliquer au quotidien les recommandations hygiéno-diététiques qui lui ont été prodiguées ? Sera-t-il capable de reprendre ou redémarrer l’activité de cyclo envisagée, sans angoisse, mais sans excès , respectant les consignes données et plus difficile, déterminé à s’y maintenir ?

> Si la probabilité de récidive du SCA est évaluée comme faible, la reprise du vélo se fera en augmentant progressivement les efforts. Un an, voire pour certains après six mois seulement, les plaques d’athérome toujours présentes sont considérées comme stabilisées. La reprise de la pratique cycliste pourra alors se faire sans aucune restriction mais toujours avec l’accord de son cardiologue. Les recommandations pour le coronarien stable sont de plus en plus permissives. Une réévaluation annuelle sera néanmoins de mise.

>Si par contre la probabilité de récidive de SCA est jugée à risque, l’activité physique adaptée aux capacités et limites du sujet, vu ses effets bénéfiques concernant entre autre la fonction cardiovasculaire devra être néanmoins poursuivie avec assiduité. Le cycliste devra se cantonner à des efforts modérés sans essoufflement, son repère principal est très simple : puis-je parler sans difficulté pendant l’effort ? Le cycliste plus initié pourra s’aider des repères de son cardioféquencemètre. Il se donnera pour limite à ne pas dépasser 75 % de sa fréquence cardiaque de réserve. La pratique ne devra pas dépasser une 1 h à une 1 h 30 deux fois par semaine en respectant une hydratation régulière .

D’autres activités moins intenses : jardinage, marche active, golf peuvent la compléter ou s’y substituer. Bien sûr une réévaluation clinique sera impérative au moins une par an et chaque fois qu’un nouveau signe alertera.

Éviter la récidive grâce au sport


La reprise d’activité physique permet une diminution de 30 % du risque de survenue d’un deuxième accident cardiovasculaire.

Les cardiologues constatent que finalement, le coronarien bien stabilisé, traité et éduqué, en prévention secondaire (celui qui a déjà eu une alerte cardiaque), présente moins de risque qu’un sujet à haut risque cardiovasculaire en prévention primaire (qui n’a pas encore eu d’accident cardiaque), confirmant ainsi l’adage : un homme averti en vaudrait deux !

Le risque de la pratique sportive doit être bien stratifié. Une relation étroite entre le patient  et le médecin prescripteur permet de déterminer la bonne posologie d’activité. Une vigilance toute particulière pour les cyclistes de plus de 65 ans, l’âge étant à considérer comme un facteur de risque en lui-même.

Cela contre indique toute notion de compétition réelle ou déguisée. Il ne faut pas éluder le risque hémorragique, lors d’une chute potentielle en vélo chez un sujet sous antiagrégants plaquettaires et encore plus si des anticoagulants ont été jugés indispensables.

Grâce à ces recommandations la pratique sportive assidue représente une véritable assurance de longévité démontrée statistiquement.

C’est pourquoi les cardiologues recommandent avec insistance une pratique régulière et raisonnable d’une activité physique. Le vélo, sport porté, endurant, est tout indiqué.

 

Texte issue de la revue Cyclotourisme numéro 720 de février 2022, disponible sur la boutique : https://boutique.ffvelo.fr

 

Texte : Dr Patrice Delga, médecin fédéral – Photos : Pixabay et Jean-Luc Armand
 
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