Santé : L’asthme d’effort

L’asthme d’effort se rencontre lors de la pratique de n’importe quel sport dès qu’il s’agit d’une activité endurante de plein-air.

L’asthme d’effort est une pathologie induite par un d’effort physique excessif.  Il peut se rencontrer lors de la pratique de n’importe quel sport dès qu’il s’agit d’une activité endurante de plein-air.  

L’asthme d’effort et le cyclisme

 
L’asthme d’effort se définit comme un rétrécissement des voies aériennes au cours d’un effort.
Il survient le plus souvent chez un asthmatique connu, il n’est alors pas considéré comme une entité propre, mais comme faisant partie de la maladie asthmatique.
Dans certains cas, il se révèle au cours d’un effort chez un sujet non asthmatique, on parle alors de bronchospasme lié à l’effort (BCE).
 

Les symptômes


> les plus typiques sont bien connus : toux sèche, associée à une respiration difficile avec un sifflement caractéristique ;
> la rhinite, la conjonctivite, en période allergique sont aussi évocatrices ; 
> l’eczéma est un symptôme atopique assimilé à l’asthme. 

Certains sportifs auront du mal à comprendre ce qui leur arrivent, devant une simple gêne abdominale, des douleurs musculaires ou une baisse de la performance. Ils ne se sentent simplement pas en forme. Le diagnostic dans ces cas peut traîner un certain temps avant qu’ils ne viennent consulter et que l’épreuve d’hyper ventilation en isocapnie (test référence par le CIO) ne permette le diagnostic. 

À noter


L’asthme n’est pas forcément une contre-indication à une pratique sportive bien que l’asthme à début différé se relève lors de cette dernière. C’est au contraire une raison supplémentaire pour avoir une activité physique régulière car l’activité physique permet de lutter contre les maladies chroniques comme l’asthme ou eczéma.

Les causes possibles de la crise d’asthme d’effort ?

Les allergènes : c’est une cause reconnue et identifiée depuis longtemps. Il peut s’agir d’allergènes saisonniers émis par la nature : pollens des arbres, frênes, bouleaux dans le nord, le cyprès plus au sud, l’ambroisie en Rhône-Alpes ou de certaines autres plantes. Mais aussi allergie liée à la pollution industrielle, à la circulation automobile, nitrites, composés organiques, oxyde de soufre (NOX, COV, SO2) et surtout l’émission de particules fines (PM). (…).

La respiration lors de l’effort : l’élément significatif est que là où le sujet au repos respire en moyenne cinq litres d’air à la minute, le cycliste en plein effort, lui va consommer trente fois plus d’air (150 l à 200 l/min) et donc absorber trente fois plus d’allergènes ou de PM. Cette respiration haletante se fera bouche ouverte, squeezant le filtre nasal. La concentration plus importante d’allergènes au niveau de la muqueuse respiratoire expliquerait l’apparition brutale d’une crise d’asthme chez un sujet jusque-là asymptomatique. Ce pourrait être aussi une possible explication du pourcentage d’asthmatiques statistiquement plus élevé chez les sportifs de haut niveau que dans la moyenne de la population. 

Le choc thermique : l’hypothèse du choc thermique est aussi plus récemment avancée. L’hiver, l’hyper ventilation en air froid entraîne une réaction de constriction des bronches, suivie rapidement d’un réchauffement de l’ensemble du corps en fin d’exercice, avec pour conséquence une vasodilatation réactionnelle des vaisseaux, de la muqueuse bronchique, une hyperhémie et un œdème responsable de la difficulté respiratoire. 

Comment survient la crise ?


Elle survient en général cinq à dix minutes après l’arrêt d’un effort intense et long. Elle se résorbe en trente à quarante minutes. Le diagnostic en sera confirmé, si l’inhalation de Bêta mimétiques contrôle rapidement le « wheezing », la toux sèche, l’oppression thoracique. Une période réfractaire de six à huit heures suit en général la crise, qui peut potentiellement être éventuellement exploitée pour reprendre l’entraînement.  
 

Comment prévenir la crise ?

Adapter son effort  en fonction de son état respiratoire : l’échauffement progressif doit être long, au moins trente minutes, en favorisant l’endurance, surtout lorsqu’il ne se sent pas en forme, fatigué ou oppressé. Si le froid est important, le port d’un foulard, ou d’un masque permet d’inhaler un air déjà réchauffé diminuant le risque de spasme bronchique. Si nécessaire dix à quinze minutes avant son entraînement, une double inhalation préventive de Bêta mimétiques (salbutamol) sera salutaire. 

L’horaire de l’entraînement à prendre en considération : tôt le matin (s’il ne fait pas froid) ou tard le soir quand la concentration de pollen diminue, mieux, après un orage qui plaque les poussières au sol. 
En période estivale le cycliste allergique peut se connecter, il existe un « calendrier des pollens » (htpp//wwwpollens.fr) qui lui permettra de s’informer lors de ses déplacements en France. Il pourra ainsi se prémunir d’un nez bouché, d’une conjonctivite avec des yeux rouges façon « lapin Russe » ou d’une véritable crise respiratoire. Il ne doit pas hésiter à prendre son traitement de fond antiallergique en préventif. 

Quelques gestes préventifs et habitudes à adopter :
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’instillation de collyre antiallergique dans les yeux, et de gouttes nasales seront systématiques.
– il faut se laver les cheveux avant de se coucher, les cheveux étant des réservoirs à pollens exposant au risque de les respirer toute la nuit. 
– la montagne est un lieu d’entraînement privilégié, plus on monte plus la pollinisation se raréfie.
– il faut porter des lunettes de soleil pendant toute la journée.
– la chambre à coucher doit rester toujours propre, aspirée et non balayée quotidiennement, sans tapis, ni moquette. Elle sera aérée systématiquement le matin tôt ou le soir tard.
– les habits du jour portés seront déposés hors de la chambre à coucher. 

Le traitement médical


Outre les précautions non médicamenteuses primordiales que nous venons d’énumérer, une fois le diagnostic d’asthme confirmé  et documenté par les différentes épreuves respiratoires fonctionnelles (EFR) indispensables, c’est l’intensité de l’asthme qui sera évaluée « stadifiée » en fonction de la fréquence et de la gravité des crises.

Le traitement comporte deux volets :  

1) le traitement de fond visant à obtenir des bronches normalement dilatées permettant une vie normale et une thérapeutique d’urgence des crises que le cycliste éduqué utilisera lui-même en conséquence. 

2) si l’asthme d’effort est isolé sans obstruction bronchique aux EFR au repos, le traitement se contentera de prévenir la crise liée à l’effort par inhalation de bêta mimétique juste avant l’effort. Il faudra toujours avoir sur soi un inhalateur en cas de crise. 

L’asthme et le dopage ? 


Certains bêtamimétiques comme le salbutamol (Ventoline) sont autorisés uniquement par inhalation ne devant pas dépasser une dose maximale de 1 600 µg par vingt-quatre heures. Au-dessus de cette concentration urinaire (en principe impossible à atteindre par simple inhalation), le sportif est considéré comme hors des règles et donc dopé.

De même les corticoïdes par inhalation sont seuls autorisés pour un compétiteur asthmatique. Par une autre voie (orale, intraveineuse, rectale) la concentration sanguine devient trop importante avec un effet anabolisant considéré comme le type même du produit dopant. De telles substances (corticoïdes ou beta mimétiques) sous la forme inhalation sont reconnues par la majorité de la communauté médicale sans effet sur la physiologie respiratoire du sujet sain. 

Un cycliste asthmatique licencié, trente jours avant l’épreuve sportive qu’il convoite, doit déclarer sa pathologie à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD). Il accompagnera sa demande des documents que son médecin traitant lui aura fait réaliser pour justifier de sa pathologie. 

La demande sera examinée par trois médecins experts qui doivent répondre par la négative aux trois questions suivantes pour valider la requête : 

  • Existe-t-il une alternative au traitement prescrit sans préjudice sanitaire pour le sportif ?
  • Le traitement améliore-t-il la performance ?
  • L’usage de cette substance est-il la conséquence de la consommation antérieure d’une substance dopante ?

L’AFLD notifie directement au sportif la décision d’acceptation ou de refus de l’AUT (autorisation d’usage thérapeutique). Si la demande est validée, il convient de la garder précieusement avec soi et de la présenter à chaque compétition lors de tout contrôle antidopage. 

Il est reconnu actuellement que le sportif de haut niveau présente une prévalence particulière à la maladie asthmatique. L’explication de cette prévalence statistique n’est pas complètement élucidée. Pourtant, le caractère extrême de l’activité physique semble crédible. Ceci devrait en principe amener le cycliste endurant et puncheur à réfléchir sur ses propres capacités et son potentiel de performance à ne pas dépasser. 

 

Retrouvez tous les mois des articles Santé dans la revue Cyclotourisme, la revue officielle de la Fédération française de cyclotourisme.
Cet article est à retrouver dans la revue Cyclotourisme d’octobre 2021

Texte : Dr Patrice Delga, médecin fédéralPhotos : JL Armand, Pixabay
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