Le vélo, c’est fatigant !

La fatigue fait partie de notre vie et constitue un obstacle à notre activité physique. Simple signal qu’il nous faudrait respecter afin de préserver notre intégrité physique, ou incitation, parmi tant d’autres, à l’inactivité, à la paresse, qu’il nous faut éviter à tout prix. Faisons le point. 

Certains nous feront observer, à juste titre, que la fatigue n’est qu’une sensation, un ressenti, donc on ne peut plus subjectif et non mesurable. D’autre part, la recherche actuelle d’un plus grand confort ne favorise-t-elle pas une plus grande sensibilité à cette impression de trop plein. Trop plein d’énergie dépensée lors d’une activité physique, trop de charge mentale au travail ou dans notre vie au quotidien. Ne vaut-il pas mieux apprécier le confort d’un chez soi bien mérité après une journée de travail ? 

Après avoir délimité ce que nous entendons par fatigue, nous la mettrons en scène dans notre activité préférée : la pratique cycliste. À nous de jouer avec cette fatigue en l’apprivoisant et en tirant le meilleur profit.  

La fatigue : « C’est plus ce que c’était ! » 

Si actuellement la notion de fatigue se veut multiforme, elle s’est déclinée, selon les époques, sous différents aspects. Nous ne pouvons passer sous silence la recherche de l’épuisement complet : châtiment infligé aux galériens avant de les fouetter puis de les jeter à la mer, ou encore la mise en péril des pèlerins lors des croisades ou autres périples hors normes, sous prétexte de pénitence à caractère religieux. Ce n’est donc pas par hasard si nous qualifions encore, à juste titre, de « forçats de la route » les cyclistes qui s’alignent sur la grande boucle ou se frottent à la boue et aux pavés du Nord lors d’un Paris-Roubaix. 

L’épuisement de nos ressources énergétiques correspond à ce que nous considérons comme les limites à un état de fatigue supportable. Mais, plus récemment, le monde du travail a joué avec le curseur fatigue pour déterminer ce qui était acceptable socialement. Le temps de travail s’en est trouvé limité et place a été faite à des temps de loisirs pour récupérer et trouver un équilibre de vie plus satisfaisant. En ce XXIe siècle, à la pénibilité physique vient s’ajouter de nouveaux paramètres. Psychologiques : « Stress », « Burn out », « Charge mentale », autrefois ignorés, apparaissent comme déterminants dans le diagnostic de l’état de fatigue. 

Mais alors, comment se fait-il qu’à la fatigue au travail, lors des temps de loisir, certains en rajoutent une couche ? Au lieu de goûter à un repos bien mérité (selon l’expression consacrée) pourquoi repartent-ils pour une activité physique coûteuse en énergie ? Entre la fatigue contrainte (travail) et une fatigue librement consentie (loisir), il y aurait, en quelque sorte cohabitation ou peut-être même un effet d’antidote ? 

Au lieu de s’additionner, les deux types de fatigues s’annuleraient-elles ? Sans aller jusque-là, il semble en effet que nous pouvons parler de bonne fatigue pour qualifier celle que nous nous imposons. 

Fatigue librement consentie… voire recherchée 

Bien souvent, lors de nos pratiques sportives, nous ne cherchons pas à nous économiser. Bien au contraire, certains trouvent plaisir à revenir « rincés », une façon de dire : proches de l’épuisement. Pourse vider la tête, disent-ils parfois. Pour d’autres, ce serait pour simplement prendre l’air, « s’aérer les neurones ». Deux motivations qui correspondent bien au bénéfice que nous pouvons tirer sur le plan psychique d’une activité physique et sportive compensatrice/restauratrice.

Une troisième voie (que nous allons explorer) consisterait en une pratique moins intuitive, plus rationnelle : c’est la voie de ceux qui se programment un menu Sport-Santé. Dans ce menu (idéal) nous trouvons bien sûr du vélo, mais aussi de la marche (ou course à pieds), une séance de renforcement musculaire/étirements et, si possible de la natation. 

 

Fatiguer le muscle en ménageant le cœur ? 

En nous attardant sur la ou les deux sorties vélo de ce programme santé hebdomadaire, voyons comment « jouer avec la fatigue ». Comment solliciter notre organisme à un bon niveau sans dépasser un seuil qui lui soit acceptable et donc bénéfique. Comment ne pas aller trop loin et surtout comment permettre aux différents systèmes de récupérer, de se restaurer ? 

Une fois de plus nous ne pouvons que conseiller d’être à l’écoute de nos sensations, mais également de nous équiper d’un cardiofréquencemètre. Même pour les cyclo-sportifs qui recherchent la performance, le secret est dans la récupération, ce repos entre deux secousses, a fortiori pour le cyclotouriste. Sur le simple aspect physiologique nous distinguerons deux types de fatigues : l’une musculaire et l’autre cardiovasculaire. Il est possible et même souhaitable de les dissocier. Pour qui veut progresser en toute sécurité, c’est fondamental.

Ainsi, lorsque vous sollicitez votre système biomécanique (muscles/tendons) à pleine puissance, mais sur un temps très court (sprints de 10’’ par exemple) vous mobilisez qualitativement vos fibres musculaires tout en ménageant votre cœur et évitez ainsi de le faire monter inutilement dans les tours. Par contre, lorsque vous jouez au « jeu de la pancarte » avec les copains du club, au sommet d’une côte de 1 à 2 km, vous sollicitez bien plus fortement le cardiovasculaire. La suite de la sortie va provoquer une dérive cardiaque conséquente (la fréquence cardiaque ne redescend plus dans sa zone de confort). Votre cardiofréquencemètre vous alertera. Et toute incursion prolongée de votre fréquence cardiaque (FC) dans la zone rouge provoque une fatigue durable et différera la restauration des différents paramètres de l’état de forme.

 À l’inverse, en respectant des temps de repos entre deux sollicitations quelles qu’elles soient, la fatigue cardiaque peut être limitée. Pas besoin de faire la sieste en rentrant. Ainsi, nous pouvons distinguer une fatigue ponctuelle (dite aigüe) qui a un rôle protecteur et déclenche les processus d’adaptation, et une fatigue chronique (état de fatigue prolongé) qui peut devenir un état pathologique. 

Alors, à chacun de savoir doser sa fatigue. 

 
Texte issue de la revue fédérale Cyclotourisme d’octobre 2021, remanié par Jean-Pierre Giorgi.
 
 
Texte et photos : Daniel Jacob, instructeur fédéral – Photos : Daniel Jacob

 

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