Santé : Le vélo au féminin

Certaines idées reçues subsistent et peuvent être autant d’obstacles à une pratique rationnelle et sécurisée. Nous nous proposons de faire un point sur les spécificités féminines.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de remettre dans le contexte cet article écrit en 2015 par Daniel Jacob, instructeur fédéral à la Fédération française de cyclotourisme dans le cadre de « Toutes à vélo » (Strasbourg 2016).

Les années sont passées, mais la pratique féminine  continue de colporter certains préjugés. Alors non, la femme n’est pas un Homme comme les autres ! 

Les femmes ont de nombreuses spécificités qui sont en fait parfaites pour l’endurance et l’ultra-endurance, très à la mode ces dernières années. Alors oui, partageons la route et les chemins avec les féminines et savourons la chance que nous avons, car la pratique cycliste au féminin dans certains pays est inexistante, voire prohibée, au nom de préjugés religieux ou culturels !

 

Le vélo au féminin 

Les femmes peuvent développer et utiliser leurs capacités pour envisager Diagonales et autres parcours à la simple force de leurs mollets et de leur volonté. Malgré tout, certaines idées reçues subsistent et peuvent être autant d’obstacles à une pratique rationnelle et sécurisée.

Nous nous proposons dans cet article de faire, dans un premier temps, le point sur les spécificités féminines, pour ensuite donner quelques pistes réalistes à celles qui se préparent à de longues randonnées.

Bien entendu, et c’est de notoriété publique, la femme dispose de moins de force et de puissance que l’homme, son bassin est plus large, ses réserves lipidiques plus importantes et différemment réparties ; son assise n’est pas la même, en raison essentiellement de différences anatomiques. Bref, sa morphologie et sa physiologie diffèrent quelque peu de celles d’un homme.

Mais est-ce un handicap ou n’y aurait-il pas quelques avantages à être une cyclotouriste plutôt qu’un cyclosportif  ? Et si la femme est plus apte aux longs périples, ne faudrait-il pas également en chercher les raisons au niveau du mental, de l’état d’esprit ? 

Du point de vue énergétique, d’abord 

Le VO2 Max (le rapport puissance / poids) est de 10 à 15 % en défaveur du potentiel féminin, mais le fonctionnement cardiaque d’une femme est plus économe.  

 – Le pourcentage : masse grasse / masse globale est différent. De ce rapport dépend l’efficacité, le rendement. 25 % pour la femme et 15 % pour l’homme (du moins à hygiène de vie identique). Cet écart sera donc à moduler dans la mesure où la femme est bien souvent plus soucieuse de son équilibre alimentaire que son partenaire masculin. En effet, une proportion importante d’hommes se laissent aller à une hygiène de vie très aléatoire et passent, de ce fait, au-delà des 20 %. 

– Le fonctionnement métabolique féminin à l’effort est sensiblement différent. L’oxydation des lipides (graisses) est plus rapidement mobilisée, ce qui va retarder l’utilisation du glycogène ; autrement dit une femme va fonctionner à l’économie, avec une utilisation préférentielle des lipides. Ce qui permet d’affirmer que la femme aurait, de ce point de vue, une prédisposition naturelle pour les activités d’endurance. 

Du point de vue cardiovasculaire ensuite 

Statistiquement le cœur féminin bat un peu plus rapidement (4 %) que celui d’un homme, mais il serait plus économe à l’effort et permettrait à la femme de récupérer plus rapidement après une succession de « secousses ». Entendons par secousses, une demande accrue en puissance (côte, accélération, …).

Par contre, la concentration en hémoglobine est moindre chez la femme (- 6 %), surtout chez les femmes aux règles abondantes. Moins d’hémoglobine, ça veut dire une moindre capacité à transporter l’oxygène jusqu’aux muscles. Les femmes dont les règles sont abondantes doivent se poser le problème d’une éventuelle anémie par manque de fer ; un avis médical peut leur être utile. 

À propos de la structure musculaire, la proportion fibres rapides / fibres lentes est légèrement supérieure chez la femme que chez l’homme. Autre spécificité : les hormones féminines (œstrogènes) auraient un impact positif sur le développement et la restauration des muscles ainsi que sur leur renforcement. 

Du point de vue morphologique également


Répartition des masses grasses : nous avons vu que la proportion de masse grasse était différente. De plus la répartition des réserves est représentative du genre. Chez l’homme plutôt au-dessus de la ceinture (abdomen, tronc), pour la femme en dessous (bassin, cuisses). Globalement, le centre de gravité de la femme est donc plus bas. Cette répartition « géographique » des masses corporelles féminines sera renforcée par une autre caractéristique qui passe généralement inaperçue.

La différence de force entre femme et homme : elle est surtout remarquable pour le haut du corps ; par contre, pour ce qui est des muscles effecteurs du pédalage (membres inférieurs), le « déficit » féminin est minime. La femme serait-elle mieux adaptée que l’homme à la pratique du vélo ? 

 L’assise, le contact bassin/selle :  le périnée, cette zone de notre anatomie qui supporte une bonne proportion de notre poids en contact avec la selle. Nous nous y intéresserons plus longuement dans un prochain article. Mais, pour aller à l’essentiel, disons que, comme pour les hommes, ce point de contact pose problème. Le nerf honteux n’est pas un privilège masculin, mais nous lui attribuerons le joli nom de nerf pudental. Sa compression peut entraîner un engourdissement (plus ou moins durable) de la zone pelvienne et perturber sérieusement les relations sexuelles à venir. Donc, sur ce registre, homme et femme sont renvoyés dos à dos… si l’on peut dire ! Pour ce type de désagrément, un changement fréquent de position est nécessaire. Quelques coups de pédales en danseuse tous les ¼ d’heure et l’irrigation retrouve son cours normal.  

De la puberté à la ménopause  


Bien que le problème concerne moins les cyclotouristes que les cyclo… sportives, il nous faut évoquer ici la triade : déficit énergétique / aménorrhée / ostéoporose. De quoi s’agit-il ? 

Celles qui s’astreignent à un régime alimentaire hypocalorique sévère (en particulier sans matières grasses) vont faire descendre leur taux de graisse corporelle en dessous du seuil de 18/17 % de leur poids. Or il faut de la graisse pour produire des hormones. Et un déficit en œstrogènes s’accompagne d’une aménorrhée (retard ou absence de règles). Une aménorrhée peut sembler, en soi, n’avoir que des conséquences minimes, mais en réalité elle s’accompagne d’une perte d’environ 150 g d’os par an, voire plus ; c’est-à-dire presque 5 % de la masse osseuse. L’ostéoporose guette.

Plus tard, avec la ménopause, le déficit en œstrogènes est constant : pré-ménopause puis ménopause ; un rééquilibrage hormonal sera nécessaire, avec des modifications de la densité osseuse. Structure osseuse à préserver, mais aussi nouvel équilibre pondéral à trouver.

Et maintenant, bonne route ! 

La route est longue. C’est précisément là que réside l’intérêt de l’entraînement à une telle randonnée longue distance. Chacune prendra le temps de préparer son organisme, progressivement. Cette progressivité ne pourra qu’être bénéfique sur le plan de la santé. Il est fort à parier que les effets seront durables et que cette expérience d’une grande autonomie à vélo, à la simple force de ses « mollets » et de sa volonté laissera des traces. Et l’envie de récidiver.  

Et à chaque coup de pédale, une pensée pour toutes ces femmes qui, sur notre planète n’ont pas encore acquis le droit de pédaler librement ! 

Texte introduction : Jean-Pierre Giorgi  – Texte article : Daniel Jacob – Photos : DR
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