L’accident, pas un hasard ! 

En France, plus personne ne conteste le retour du vélo. Pour autant, sa part globale dans les déplacements reste faible, de l’ordre de 3 % car l’usage de la voiture continue à progresser aux périphéries des villes qui ne cessent de s’étaler. 

Cette moyenne nationale a peu de sens car la part modale du vélo varie de moins de 1% dans des agglomérations telles que Saint-Étienne, Draguignan, Thionville, Dinan ou Périgueux, à plus de 3% à Albi, près de 6% à Colmar, Bordeaux, Nantes et LaRochelle. Strasbourg caracole en tête avec 7,5% (source CERTU). 

Entre le 1er janvier 2008 et le 31 décembre 2019, les déplacements à vélo ont augmenté de 64 %. C’est principalement dû à la pratique utilitaire qui nous concerne également. Mais pour autant, quid de la diminution de l’accidentologie par des mesures de protection des publics les plus fragiles. 

 

Quelles mesures pour faire diminuer l’accidentologie ? 

Depuis le 30 décembre 1996 et la publication de l’article 20 de la loi LAURE qui a évolué en article L. 228-2 du Code de l’environnement du 26 décembre 2019, quelles sont les mesures prises pour faire diminuer le nombre d’accidents ? 

  • Pendant vingt ans les aménageurs ont généralement oublié cette loi et depuis combien sont conformes en respectant les recommandations du Cerema ? C’est le premier problème : le Cerema conçoit des fiches-recommandations qui ne sont appliquées par les aménageurs que si ça les arrange… au détriment des  Le coût économique prévaut sur le coût humain. 

 Si nous regardons la sécurité à vélo, nous pouvons lire : « La route est un espace qui se partage. Cela suppose un respect mutuel de la part de ceux qui s’y déplacent. Comme les autres usagers, le cycliste doit appliquer les règles du Code de la route qui garantissent sa sécurité et celle des autres. Pour rouler en toute sécurité, le cycliste doit impérativement disposer d’un vélo en bon état, correctement équipé mais aussi connaître et appliquer les règles élémentaires de circulation. » Tout à fait d’accord mais où est-il question du comportement des conducteurs de véhicules motorisés ? Les cyclistes seraient-ils les seuls à devoir partager la route et appliquer les règles ? Si l’on regarde la sécurité côté voiture, il n’est jamais question de ce partage. 

  • La Fédération a depuis longtemps fait des propositions avec le PAMA, PAMUV et aussi le CNSR mais très peu ont été reprises. Il a fallu par exemple cinq ans pour faire accepter notre proposition du chevauchement de la ligne blanche par un automobiliste qui double un cycliste. 
  • L’autocollant de mise en garde contre les angles morts est enfin apposé sur les véhicules lourds dépassant 3,5  

Qu’en est-il en 2020 ? 

Chiffres provisoires de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) :  

  • Baisse légère de la mortalité des cyclistes (-7 %) : 174 décès soit treize de moins qu’en 2019, un de plus hors agglomération et quatorze de moins en agglomération… sauf que la pandémie a restreint les déplacements pendant plusieurs mois. 
  • Le nombre de blessés augmente hors agglomération mais diminue légèrement en agglomération. Si l’on tient compte des périodes pendant lesquelles les déplacements ont été fortement contraints, ceci traduit un fort développement, en particulier hors agglomération où les vitesses élevées des usagers motorisés rendent les cyclistes plus vulnérables.  

Les actions de la Fédération 

  • Proposition d’un module spécifique vélo à l’apprentissage du permis de conduire.
  • Réponse :« Faites des tests avec les auto-écoles ! ». Nous allons donc essayer ! 
  • Demande d’une subvention pour développer nos campagnes de prévention. Réponse : « Voyez avec les préfectures et leurs PDASR ! ». Là aussi nous allons tenter cette collaboration.
  • Demande de création d’une commission consultative dans chaque département pour donner un avis sur les travaux impactant les cyclistes. Demande restée sans réponse à ce jour car le dialogue dans chaque commune (communauté des communes, métropoles) est trop assujetti au bon vouloir de l’élu local. 

Perception dans les médias 

Lu ou entendu dans la presse et la radio : « Une voiture percute un cycliste sur une voie pourtant réservée aux vélos, ces accrochages deviennent des plus banals » écrit un journaliste sans détailler les circonstances. 

Un chroniqueur radio – spécialiste des voitures – vise les cyclistes qui selon lui « méprisent le Code de la route ». S’il reconnaît qu’ils ont le droit de tourner à droite à certains feux rouges ou de remonter des routes à sens uniques munies d’une signalisation spécifique, il se lance ensuite dans une longue liste de tout ce qui est clairement interdit pour les cyclistes et cite : « passer au feu rouge » ou « rouler sur le trottoir, sauf s’il s’agit d’un enfant de moins de 8 ans ». Jusque-là pas de problème : le vélo étant considéré comme un véhicule, les cyclistes doivent effectivement respecter le Code de la route (et bénéficient de certaines exceptions mentionnées dans ses différents textes) et donc s’arrêter au feu rouge et s’abstenir de rouler sur les trottoirs.  

En revanche, le chroniqueur généralise un peu facilement certaines dispositions. Il estime ainsi qu’il est obligatoire d’emprunter la piste cyclable lorsqu’elle est présente sans mentionner que concernant les pistes cyclables, seules celles indiquées par un panneau rond et bleu sont obligatoires, les facultatives étant reconnaissables à leur panneau carré. Un minimum d’information de leur part aplanirait beaucoup de malentendus.  

Des modifications espérées 

  • Un certain nombre d’articles du Code de la route pourraient être modifiés afin de rendre la circulation des cyclistes plus sûre mais encore faut-il aussi que les sanctions soient appliquées.
  • Incohérences et verdicts dans certains procès :
  • Exemple :un motard percute et tue un cycliste. Son excès de vitesse n’est pas pris en compte car pas de radar pour l’estimer bien que les témoins parlent de grande vitesse. Il est sous alcool mais non pris en compte car contrôlé au bout de 5 h après son délit de fuite d’où 0,4 g… seulement ! Il encourt dix ans de prison mais est condamné de ce fait à deux ans donc libre avec un bracelet. 
  • Nous avons demandé l’application systématique de la peine lorsqu’il y a circonstance aggravante mais nous n’avons pas obtenu de réponse… la vie d’un cycliste vaut-elle autant que toute autre ?  

Notre Fédération n’est pas inactive 

  • Formation des jeunes dans nos Écoles françaises de vélo.
  • Participation au« Savoir rouler ». 
  • Nos clubs font de la remise en selle ou de l’apprentissage pour adultes.
  • Nos délégués sécurité et présidents de clubs rappellent régulièrement les consignes à leurs licenciés.

Conclusion 

Il ne nous reste plus qu’à nous investir encore plus auprès des collectivités pour faire comprendre les problématiques du vélo et le respect de la loi, espérant être enfin écoutés. 

Côté pratiquants, sachons bien que notre seule véritable protection est la vigilance même si nous sommes vulnérables face à certains conducteurs qui lors d’accidents disent « ne pas nous avoir vus » ! Soyons donc doublement vigilants pour nous mais aussi envers les autres.

Glossaire 

  • CERTU : Centre d’études sur les réseaux, les transports, l’urbanisme et les constructions publiques 
  • PAMA : Plan d’action pour les mobilités actives 
  • PAMUV : Plan d’action pour la marche et l’utilisation du vélo 
  • CNSR : Conseil national de la sécurité routière 
  • PDASR : Plan départemental d’actions sécurité routière 
  • Loi LAURE : Loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie 
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Denis Vitiel, président de la commission Sécurité de la Fédération – Photos : Jean-Luc Armand
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