Le président du CNOSF écrit à la ministre déléguée chargée des Sports

Ce vendredi 6 novembre, Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) a adressé un courrier à Madame Roxana Maracineanu, ministre déléguée chargée des Sports pour aborder un certain nombre de problématiques afin d’obtenir des réponses sur des questions techniques prioritaires, mais aussi à des propositions à débattre.

Pour lui, « L’heure est grave car c’est l’avenir de notre culture sportive humaniste, de l’engagement bénévole républicain et du modèle économique et social spécifique incarné dans les sports fédérés, qui est en cause. »

Il n’a pas manqué d’aborder la situation des sports fédérés amateurs, dont fait partie la Fédération française de cyclotourisme, et les valeurs qu’ils portent.

Extraits du courrier

Les sports fédérés amateurs : l’expérience du premier confinement et des différentes dispositions de soutien montre que le modèle socio-économique du Mouvement sportif n’est pas appréhendé dans les critères de prise en compte des préjudices dans cette crise sans précédent.

Il est important de rappeler toute la valeur ajoutée du sport associatif. L’adhésion à une association ou une fédération est une démarche volontaire d’appartenance à une structure et des valeurs. Nous ne sommes pas dans un rapport prestataire/client, car les membres sont les parties prenantes d’un projet collectif dans un cadre statutaire associatif. Le bénévolat en est le socle et l’utilité sociale la caractéristique majeure.

L’apport des bénévoles non valorisé est pourtant l’élément essentiel qui permet d’éviter certaines charges. La perte de membres n’a pas pour seule conséquence une perte économique qui s’agrège, en 2021, la baisse du mécénat et autres produits, c’est aussi l’érosion pierre par pierre de l’édifice d’un projet associatif fondé sur des hommes et des femmes, sur un partage de valeurs.

Nos fédérations sont également délégataires de missions de service public, réalisées en partie avec le produit des licences. Comment le Mouvement sportif peut-il continuer à avancer et tenir ses engagements vis à vis de nos concitoyens dans une société pétrifiée ?

Force est de constater que beaucoup de contraintes pèsent sur notre seul secteur : stigmatisation des salles de sport et gymnases, contraintes d’ordre public avec fermeture, restriction des jauges puis huis clos, arrêtés préfectoraux plus stricts, doctrines divergentes des ARS, etc.

Certes le dernier décret se fait plus clair et lisible avec une doctrine nationale plutôt que territoriale, limitant le pouvoir d’interprétation des préfets. Pour autant, la déstructuration de la sphère sportive est profonde. Nous allons préciser les conséquences inhérentes à ce secteur dans les meilleurs délais.

D’ores et déjà, nous considérons que quatre points seront primordiaux dans ce contexte de crise aggravée et qui nous seront nécessaires, à savoir :

  • La mise en place d’une deuxième campagne du PSF 2020 (1) (aides de l’ANS aux Projets sportifs fédéraux). Le dispositif existe. Les Fédérations et l’ANS (2) sont organisées pour élargir immédiatement le nombre de clubs bénéficiaires. Cette décision, avec effets immédiats, serait financièrement salutaire et projetterait favorablement nos clubs pour affronter 2021 et même 2022.

 

  • La réévaluation des conventions d’objectifs des fédérations pour tenir compte de la chute de licences ou ATP (3), chute dont personne ne peut imaginer qu’elle puisse être compensée totalement après la reprise. Au 31 octobre, nous notons une perte moyenne de 37, 6 % sur 70 fédérations ayant répondu à notre enquête sur les licences et ATP, pour une perte de plus d’1,5 millions de licenciés. 25 % des Fédérations ayant répondu à notre enquête déclarent plus de 50 % de pertes de licences en octobre 2020, par rapport à octobre 2019. Les pertes financières supportées uniquement par les fédérations et associées uniquement aux licences s’élèvent pour le mois d’octobre à 26,7 millions d’euros.

 

  • La création d’un dispositif d’accompagnement approprié à la reprise du sport amateur. Ce sujet, évoqué par le Premier ministre lui-même lors de la réunion du samedi 5 septembre à Matignon, a suscité énormément d’espoirs au niveau de la base associative. Nous devons y travailler pour faire une proposition qui soit à la hauteur des enjeux.

 

  • Face au risque de voir notre pays s’enliser dans une crise et dans une dépression chronique, il est vital d’offrir un cap et d’ouvrir des perspectives positives. À ce titre, les éléments du courrier co-signé par l’Association des Maires de France et France Urbaine qui souhaitent, par exemple, adapter les jauges d’accueil du public de manière proportionnelle en fonction de la capacité des différentes enceintes sportives concernées, constituent des pistes de travail à engager dès à présent.

Il est impératif pour tous de nous inscrire dans une démarche optimiste et constructive en cette période anxiogène.

 

Denis Masseglia, président du Comité national olympique et sportif français (CNOSF)

 

Notes

(1) PSF : Projets Sportifs Fédéraux (ex CNDS)
(2) ANS : Agence Nationale du Sport
(3) ATP : Autre Titre de Participation (toute autre forme d’adhésion que la licence)

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