« ultra des 3 merveilles » une expérience mystique…

Pour Thierry, le voyage à vélo est une longue histoire. Sa participation à l’ « ultra des 3 merveilles » reste un défi, un dépassement voir une revanche…

Sa participation à la randonnée reliant le Mont Saint-Michel à Paris c’est bien passé même si il imaginait être plus « performant ». La faute à une dernière semaine laborieuse avec très peu de sommeil. Comme le précise Thierry, 4 heures de sommeil journalier, ce n’est pas assez pour aborder ce genre d’événement…

Certains préparent ces aventures minutieusement, ont tout le parcours dans la tête, réservent des hôtels à l’avance et savent le matin combien de kilomètres ils auront fait le soir et où ils dormiront. D’autres se contentent, comme Thierry, d’enregistrer le parcours dans le GPS la veille du départ et partent au petit bonheur. Ces événements sont des auberges espagnoles qui accueillent toutes les pratiques et tous les tempéraments, c’est ce qui fait son charme à l’épreuve

Rencontre avec Thierry Mourlanne

Je pratique le vélo depuis la fin de mes études, où je m’étais promis de traverser l’Afrique avant de rentrer dans le monde du travail. Ce que j’ai fait en 8 mois d’un voyage qui m’a permis de comprendre que le vélo est un moyen incroyable de découvrir le monde et de rencontrer des gens. J’ai ensuite voyagé avec des grosses sacoches, une remorque, puis une troisième roue, puis un tandem avec mon fils qui a roulé toutes les vacances scolaires que le bon Dieu a bien voulu nous proposer entre ses 1 an et ses 15 ans. Nous avons traversé quelques pays d’Afrique, franchi des cols dans les Andes, vu la Californie, le Mexique et l’Amérique centrale, traversé les déserts d’Atacama et de Gobi, longé la muraille de Chine, visité les comptoirs des Indes, la Russie de Saint-Petersbourg à la mer Noire et j’en oublie.

Quand mon fils a eu son bac (à 16 ans) j’ai perdu le goût du voyage car je ne me voyais pas rouler sans lui. Je suis allé m’inscrire dans un club de vélo et ai acheté mon premier vélo « de course » et ai finalement découvert le plaisir de rouler le dimanche matin en se prenant pour un coureur cycliste…

Paris-Brest-Paris, le graal du cyclotouriste ?

C’est là que m’est venu l’idée de participer à un premier Paris-Brest parce que des gars du club en rêvaient et que j’en avais entendu parler durant mes études comme un « Graal » du vélo.

J’ai raté ma première tentative en 2011 car j’étais malade au moment du départ mais j’ai rencontré des Russes qui voulaient organiser un brevet de 3000 km en 2012. Furieux d’avoir raté mon PBP, je me suis présenté sur cette épreuve qui m’a révélé ce que pouvait être la longue distance, 3000 km en dix jours et je m’y suis découvert une endurance et un mental que je ne me connaissais pas. J’ai remis le couvert en 2013 en Russie avec la même équipe sur le « plus long brevet jamais organisé par les Randonneurs Mondiaux » puisqu’il fallait rallier Vladivostok à Arkhangelsk en 45 jours maximum, soit une distance de 10500 km (si on ne se perdait pas…). Moi qui avait toujours rêvé de Sibérie, ai réussi ce brevet unique en 43 jours.

Depuis j’enchaîne vaille que vaille des événements de moins en moins confidentiels, la mode venant de la longue distance…. même si, par ignorance, beaucoup de ces bikepackers qui pensent avoir inventé quelque chose, sont souvent tout surpris de découvrir que la longue distance existe depuis que le vélo a deux roues…

J’ai ainsi participé à quelques événements comme les BTR (Born to Ride), les Normandicat, une TCR (la désormais mythique Transcontinental Race) et une SRMR (la Silk Road Mountain Race au Kirgyzstan). J’aime toujours faire quelque brevets dans l’année -souvent avec les cyclos d’Angers – et j’ai bouclé deux PBP depuis mon premier échec.

L’Ultra des Trois Merveilles n’est pas une course, ce n’est pas le crédo de Xavier, son organisateur, et aucun classement n’y est fait. Ce peut être un défi, un dépassement ou une découverte mais on y trouve ce qu’on vient y chercher. Pour moi c’était une sorte de revanche car c’est le seul événement organisé par Xavier dont je n’avais pu prendre le départ, suite à une panne de train l’an dernier et je tenais à le terminer pour la seconde édition.

Cela représente 350 km qui ne sont réellement pas très durs car le dénivelé moyen n’est pas très important. Le seul entraînement a été de ne pas trop lâcher le vélo cet été et de réaliser quelques distances un peu longues pour vérifier l’état des jambes et du vélo (dont un 400 km en solitaire au mois d’Août). Une distance comme celle-là, tant qu’il n’y a pas un délai très serré, est abordable à tout cycliste en bonne forme. La seule stratégie qui vaille quand on n’est pas un champion est de se connaître et de ne jamais se mettre « dans le rouge », de bien boire et se nourrir et d’essayer d’être régulier.

Départ du Mont Saint-Michel

Le départ est toujours un moment de doute, même si avec l’expérience et le fait que je ne vis pas ça comme une course, ça ne me stresse plus comme avant. On a toujours un peu peur de l’accident et de problèmes irréparables… Ca a d’ailleurs commencé par une chute suite à une barrière de la passerelle du mont Saint Michel qui s’est abaissée devant celui qui roulait devant moi, mais à part une manette de dérailleur un peu cassée, j’ai pu repartir sans problème. On a roulé les 4 premières heures sous une pluie de plus en plus forte ce qui fait qu’à huit heure du matin, quand le temps s’est calmé, il ne devait pas y avoir grand monde avec les pieds secs. Moi, si je prends le départ en groupe, j’adore de plus en plus rouler seul. D’abord parce que sur les vraies courses ça fait partie du règlement (« no drafting »), qu’ensuite j’aime bien aller à mon rythme et non me faire imposer quelque chose ou l’imposer et que, tout seul, l’expérience peut-être un peu mystique. On ne se mesure qu’à soi-même et on doit aller chercher chaque ressource seul. C’est une expérience d’ermite en mouvement, une contemplation ou une méditation itinérante. Quand on a une vie professionnelle un peu trépidante comme la mienne, ces heures de selle aident à ranger dans la tête tout ce qui l’encombre. On peut être dans la découverte du paysage si on ne le connait pas, ou bien absent au fond de ses pensées, ou encore écoutant de la musique ou des podcasts pour éviter l’endormissement ou l’ennui… Personnellement, je ne me sens rarement autant vivant que durant ces épreuves.

A ceux qui disent qu’on n’a pas le temps d’apprécier les paysages, qu’on ne voit rien que qu’il n’y a pas d’intérêt à rouler le nez dans le guidon pendant 300, 400, 500 km ou plus, je dis souvent que, moi qui ai voyagé longtemps lentement, je ne me fais pas moins de souvenirs en roulant aujourd’hui vite… Ils sont différents, plus fugaces mais tout aussi intenses. J’ai des souvenirs très nets de sourires au bord des routes, de levers de soleil dans les Dolomites ou ailleurs, de couchers de soleil dans des endroits improbables et d’entraides qui ramènent à l’humanité.

Même avec l’habitude, l’arrivée reste un moment fort. Et pour tous les nouveaux qui découvrent en franchissant la ligne d’arrivée ce qu’ils ont réussi, les limites qu’ils ont repoussées ou les douleurs qu’ils ont vaincues, il n’est pas rare de voir des larmes d’émotion couler…

La longue distance est une drogue sournoise. On en bave pendant 400 km, on se brule les fesses en se jurant qu’on n’y reviendra jamais et la ligne d’arrivée franchie, on commence déjà à rêver à la prochaine édition… Peut-être parce que dans ce monde aseptisé, pessimiste, c’est une façon relativement simple de s’évader et de vivre des choses vraiment intenses, bref de vivre sa propre vie. 

Texte : Jean-Pierre Giorgi / Thierry Mourlanne – Photos : Thierry Mourlanne
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