Portrait de Stéphane Gibon, organisateur de la « Traversée de France »

Le samedi 23 juin 2019 à Avioth, dans la Meuse, sera donné le départ de la première « Traversée de France ». Cette randonnée annuelle a pour but, sur un tracé thématique, renouvelé chaque année, de traverser la France de part en part. Nous avons rencontré son organisateur, Stéphane Gibon.

Cette « diagonale du vide », organisée par le Cyclo club Montebourg Saint-Germain-de-Tournebut, s’inscrit dans les défis que se donnent certains sportifs. En effet, un délai de 200 km/jour est octroyé, quelle que soit la difficulté. C’est un bon compromis entre défi sportif et plaisir sur le bord de la route. Du départ d’Avioth (Meuse), au pied de la basilique et de la Recevresse, au-devant de la ligne Maginot et des fortifications Vauban de Montmédy à l’arrivée dans la marmite de Massat (Ariège), pays de l’ours, au cœur des Pyrénées ariégeoises, vous traverserez la France hyper-rurale en 1 725 km en 207 heures.

Stéphane Gibon nous parle de cette randonnée et de son amour pour le vélo


Cela me titillait depuis fin 2016, après une année riche en longues randonnées et la lecture du livre de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs. Des mois de préparation plus tard et à la faveur de congés à solder, je me lance le mercredi 11 avril en fin d’après-midi d’Avioth. Il n’est pas aisé de condenser treize jours de petites routes et de grands souvenirs. Des instants magiques, des rencontres chaleureuses et les richesses naturelles, historiques et culturelles sont gravées sur mes rétines.

Comment es-tu venu au vélo ?


Tout simplement en suivant mon père qui courait le dimanche matin.
Pratiquant toujours des activités sportives, j’ai intégré le Club Cyclo Marche de Saint-Germain-de-Tournebut à l’automne 1998 alors que le club proposait des initiations au VTT lors des vacances.
L’école cyclo pratiquant que du VTT au fil des années, j’ai de plus en plus accroché par son côté ludique. École cyclo le samedi, week-end jeunes lors des vacances et même quelques Semaines fédérales. Initiateur VTT à 17 ans, nous étions une solide bande de copain à encadrer l’école cyclo et pour partir ensemble aux Semaines fédérales.
En 2004 et 2005, j’ai participé au CNJC VTT. En 2006, à la création du nouveau club, j’en suis devenu le trésorier à 19 ans alors que le secrétaire en avait 21 et le président 41 ans. Par la suite, je me suis éloigné du Cotentin pour les études et le travail.

Et à la longue distance route ?


Durant ces années, je n’ai fait de la route que pour la randonnée annuelle du club le 14 juillet.
Premier 200 km en 2008 sans entraînement : Bagnole – le Mont – Bagnole. À l’aller, je roule avec des extraterrestres qui parlent de brevet de 600 km (nous étions une année post Paris-Brest-Paris) et au retour, j’ai dû m’accrocher au porte-bagages d’une charmante jeune femme pour rallier l’arrivée.
En partant faire mes études en Bretagne, je me suis acheté un modeste vélo de route pour continuer de faire du vélo en hiver. Ayant toujours été attiré par l’allongement des distances, j’ai remis le couvert l’année d’après sur un 200 km à Matignon (Côtes-d’Armor). Roulant dorénavant tous les dimanches matin, cela s’est très bien passé.
2010 fut la première vraie année. Désirant préparer Luchon – Bayonne avec un copain d’école, nous avons fait plusieurs BRM 200 et 300 et je suis allé jusqu’au BRM 400. Nous avons rencontré énormément de cyclos bienveillants à notre encontre, nous prodiguant de nombreux conseils sur le rythme, l’alimentation, la gestion et l’équipement. Nous étions très souvent les plus jeunes.

Une fois dans le bain, j’ai tenté mais pas réussi le Paris-Brest-Paris 2011 alors que mon compagnon de route allait au bout.
Depuis, j’ai pu faire Londres-Edimbourg-Londres, le Paris-Brest-Paris, des BRM 1000, le Douze-Cents du Massif central, Thonon-Antibes, des Flèches de France, des Diagonales de France et le Tour de France US Métro. L’autonomie acquise à l’école cyclo (orientation, lecture du terrain, mécanique) a toujours été profitable dans les longues randonnées et a même aidé pas mal d’autres cyclos.

Et à l’organisation de randonnée ?


Notre club a toujours organisé des randonnées. J’ai organisé ma première petite randonnée VTT en 2007 et quelques fois celle du club à partir de 2011.
À partir de 2012, bien que ne travaillant pas dans le Nord-Cotentin, j’ai souhaité organiser un BRM annuellement pour :
– continuer d’avoir une randonnée au club le 14 juillet.
– faire monter en distance des membres du club et en emmener au prochain Paris-Brest-Paris.
– organiser des BRM qui me plaisent, c’est-à-dire avec des points d’intérêts sur la route.

Nous faisons comme cela des BRM sur la bataille de Normandie, les lieux de cultes insolites et les abbayes normandes, la mère Denis, les caps du Cotentin, les châteaux du grand ouest, les marais inondés, etc.
Pour être plus libre des parcours, nous remplaçons les traditionnels pointages dans des Bar/PMU par des photos ou question devant des monuments, des phares, des ports, des tombes (la mère Denis et Jacques Prévert), des églises, etc. Cette année, nous avons en plus testé avec des participants de valider le parcours par trace GPS (retour aux questions en cas de dysfonctionnement) et ça marche !
Nous avons fait un BRM 200 improbable cette année. Nous avons emmené 60 participants un 9 février, lendemain de tempête sur des voies vicinales (parfois très sales) au beau milieu des marais inondés. Bons pneus et GPS indispensable et pour les néophytes ou les personnes non équipées, nous avons fait un groupe à allure Audax.

Et à cette traversée de la France ?


Cela provient de ma première Diagonale de France en 2013 entre Brest et Strasbourg. J’avais choisi des routes tranquilles mais sans grand intérêt. Je me suis rattrapé depuis, le parcours et d’abord intéressant et après je regarde si le malus kilométrique n’est pas trop conséquent.

En 2016, j’ai participé au 1 200 du Massif central. Même temps et même distance qu’à Paris-Brest-Paris (1 200 km, 90 h) mais un brevet alliant sport, culture, paysage et grande camaraderie. Puis en rentrant du Tour de France US Métro, j’ai lu le livre Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson. J’ai donc mis sur papier toutes les idées que j’avais en tête depuis des années pour « traverser » notre pays dans l’optique d’en faire des Randonnées permanentes.

La première sur la liste est un cours de géographie du collège, la « diagonale du vide » que les géographes d’aujourd’hui identifient désormais plutôt comme des bassins de vie hyper ruraux. Dix-huit mois sur les cartes, reconnaissance en avril 2018. Puis pour toucher le maximum de monde, autant organiser une randonnée longue distance chaque année tant qu’il y a des idées. Le nom de ce rendez-vous annuel sera « les Traversées de France ». Le but est de relier deux points à la frontière de notre pays en alliant sport (200 km/jour), des paysages et de la culture (par un très gros travail sur le tracé), la camaraderie d’un départ groupé et un prix contenu pour n’exclure personne.

Et après ?


Je pars en juin sur la reconnaissance de l’édition 2020, puis en août sur le Paris-Brest-Paris. Je serais au départ sur un stand pour présenter nos longue distances associatives aux autres participants.
Puis l’année 2020 sera très chargée car je m’occupe également de la communication numérique de la Semaine fédérale de Valognes. Organisation de la seconde Traversée de France, plus mémorielle, se déroulant la première quinzaine de juin 2020.
Nous proposerons sans doute au printemps notre BRM 300 sur les caps du Cotentin.
L’édition 2021 des Traversées de France est presque tracée intégralement et la moitié du parcours a été reconnu et validé. Nous ferons aussi un BRM 1200 vers le 14 juillet.

 

Retrouvez également une présentation de cette première édition de la Tarversée de France dans la revue Cyclotourisme de décembre 2018, n°685.

Propos recueilli par Bertrand Houillon – Photos : DR
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