Cuba, un voyage vélo au rythme de la salsa

La Fédération française de cyclotourisme propose des séjours et voyages vélo aux quatre coins du monde. En fin d’année dernière un circuit itinérant était proposé pour découvrir les charmes de l’île de Cuba dans les Caraïbes. Chantal et Philippe Krafft, couple de cyclotouristes, se sont offert ce périple pour pédaler au pays des cigares, du rhum, et des voitures de collection. Ils reviennent pour nous sur ce séjour inoubliable. Épisode 1 de La Havane à Giron et la baie des cochons

Découverte de La Havane et de la vieille ville


À l’aéroport de La Havane, nous sommes accueillis par la chaleur des tropiques et les Cubaines déambulant très court vêtues. Un rapide tour de ville en bus nous fait découvrir le Malecon, le grand boulevard qui longe la mer, et qui fait face au fort tout blanc qui défendait l’entrée de la baie de La Havane. Il est avec la vieille ville de La Havane inscrit au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1978.

Parcourir la vieille ville est source d’enchantement et réserve bien des surprises. Les immeubles forment un ensemble unique avec leurs styles variés(espagnol, baroque, néoclassique, art nouveau et même mauresque), leurs balcons aux balustrades en fer forgé, ou en colonnes de pierre.

Près de la cathédrale particulièrement, une rénovation plus que nécessaire a été entreprise En revanche, à quelques pas de là, la décrépitude des immeubles nous sidère. Le manque d’entretien dû aux pénuries d’argent et de matériaux, l’humidité et le temps ont causé des dommages énormes. Pourtant, nous pouvons admirer encore de très nombreux balcons aux ferronneries élégantes. La peinture n’est plus qu’un souvenir à ce stade de délabrement. Certains immeubles sont même écroulés. D’autres tiennent debout mais on se demande comment…

Découverte des coutumes et de la population locale


Autour de la cathédrale, des femmes, jeunes ou âgées, habillées de satin éclatant aux couleurs chatoyantes et de dentelles immaculées, se promènent pour aguicher gentiment les messieurs et se faire photographier en leur claquant une bise colorée sur la joue. Les messieurs s’en tirent pour 1 cuc, soit environ 1 €.
Les petits orchestres sont nombreux aux coins des rues et attendent rétribution pour leur prestation dans une ambiance bon enfant. Les touristes sollicités mettent la main à la poche et les Cubains mettent ainsi du beurre dans les épinards ! Un orchestre nous donne l’occasion d’esquisser quelques pas de salsa, cette danse sensuelle, menée par un couple de jeunes Cubains qui maîtrisent le sujet et entraînent le public à les suivre. Quelques jours plus tard, nous nous initierons davantage à cette danse en prenant un cours d’une heure dispensée par une Cubaine joviale aux formes généreuses. Cela ne fera pas encore de nous des spécialistes.

Les mets locaux


Nous mangerons fréquemment au cours du séjour dans des « paladares », des restaurants tenus par une famille dans sa propre maison. Depuis quelques années il est autorisé de tenir un tel établissement installé quelquefois dans une demeure prestigieuse ou bien une très modeste maison. Nous y dégusterons une cuisine délicieuse. Le riz servi ici midi et soir est le plus souvent mêlé à des haricots rouges qui donnent une teinte brune au riz. Nous nous gorgerons d’ananas, de papayes, de goyaves, de bananes et le jus de canne à sucre fera des adeptes irréductibles dans notre groupe, surtout si on y ajoute du rhum, une des spécialités du pays.

Sur les routes à la découverte du pays


Santa Clara, à environ 270 km au sud-est de La Havane, est un lieu de pèlerinage pour les Cubains. Fidel Castro a fait construire un mausolée avec une statue géante de Che Guevara, l’arme à la main dans une posture déterminée et volontaire. Ce révolutionnaire a marqué son époque et l’histoire du pays. La dépouille de Che Guevara a été ramenée de Bolivie en 1997 alors qu’il est mort en 1967. « Hasta la Victoria Siempre » (jusqu’à la victoire pour toujours). Le slogan est gravé sur le monument mais il est inscrit un peu partout à Cuba.

En route vers Sancti Spiritus, les charrettes tirées par de vaillants petits chevaux sont bien plus nombreuses que les voitures. Les véhicules à moteur qui nous doublent sont hors d’âge. Les Cubains les plus favorisés se déplacent en scooter électrique ou en motocyclette. Pour les déplacements plus lointains, on fait du stop ou on monte dans la benne d’un camion pour voyager debout ou encore dans un des bus brinquebalants qui nous enfument de leurs gaz d’échappement.
Des vaches malingres broutent dans les prés ; elles sont de couleurs très variées et souvent croisées avec des zébus. De temps à autre, les prés sont parsemés de rochers qui semblent émerger de l’herbe comme certains rochers de la mer.

À Zulueta, un petit un monument a été érigé en l’honneur du football avec un ballon d’environ 70 cm de diamètre. Dans cette ville, le foot a toujours été le sport préféré alors que dans le reste de Cuba, le base-ball a la faveur mais de nos jours, le foot gagne en popularité.

Sancti Spiritus


Sancti Spiritus, sur la côte sud, est ravissante avec des rues en pente jusqu’au fleuve Yayabo enjambé par un vieux pont de brique. Des bâtiments du XVII et XVIIIe siècle sont décorés de stucs baroques peints en blanc qui tranchent sur les couleurs vives ou tendres des murs. Les champs, les prés, les plantations de canne à sucre se succèdent.
Un vautour peu farouche, tête rouge chauve et bec aquilin, perché sur une clôture nous regarde sans broncher. C’est un urubu à tête rouge. Ces petits vautours planent un peu partout dans le ciel, même à La Havane.

La vallée de Los Ingenios


Entre Sancti Spiritus et Trinidad, nous parcourons la vallée Los Ingenios. Les ingenios étaient les sucreries qui fonctionnaient au XIXe siècle. Un riche planteur de canne à sucre a fait ériger à Manaca Iznaga une tour de 45 m pour surveiller ses plantations et ses esclaves. De nos jours, les commerçants, attirées par la clientèle potentielle des touristes, proposent des nappes et des chemins de table brodés, des corsages, des robes mais aussi des colliers faits de graines vendus par cinq, des sacs en tissu ou en cuir, des panamas. De très grands palmiers, de 20 à 25 m de haut, aux troncs blanchâtres ponctuent la campagne.

Trinidad, une ville colorée


Le centre ville de Trinidad est coloré comme dans beaucoup de villes cubaines mais surtout les rues sont pavées de gros galets inégaux. La marche est périlleuse sans de bonnes sandales ou des chaussures. La vue d’en haut d’une tour vaut l’effort. La ville s’étale dans un kaléidoscope de couleurs. Le jaune, le rouge, le bleu dominent, talonnés par le vert et le brun. De nombreuses citernes posées sur les toits sont en bleu roi, d’autres en blanc ou en jaune. Beaucoup de terrasses sont aménagées sur les toits avec des chaises, des tables et de bancs en métal peint en blanc. C’est un fouillis charmant.
Au loin, la mer des Caraïbes brille comme de l’argent. Nous ne ratons pas l’occasion de manger ici de la langouste grillée au barbecue. Le soir, les orchestres sont partout et en haut des escaliers donnant sur la place principale, on danse au rythme de la salsa.

Vers Cienfuegos


En direction de Cienfuegos, à l’ouest de Trinidad, les premières charrettes tirées par deux bœufs apparaissent. Les vieux tracteurs poussifs ne sont guère nombreux.
À Giron, un petit musée conserve le souvenir de la bataille qui s’y est déroulée et que les Européens appellent le débarquement de la Baie des Cochons. Les contre-révolutionnaires cubains, financés et entraînés par les Américains, ont tenté d’envahir Cuba et de renverser le gouvernement de Fidel Castro en 1961. La tentative échoua au prix de nombreuses victimes.
La région est très agricole et c’est actuellement la récolte du riz qui domine. Celui-ci est étendu sur la moitié de la chaussée pour le faire sécher.

Dans le prochain épisode nous retrouverons nos cyclos dans la Sierra de Organos. À suivre…

Texte et photos : Chantal et Philippe Krafft

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