Préparer le Brevet de Randonneur des Alpes : Partie 1

Michel Constantini, médecin membre de la commission médicale du CoDep de l’Isère, nous livre ses conseils pour préparer une cyclomontagnarde. Avec son adage en toile de fond : »Les victoires sur soi-même sont les seules dont chacun connaisse l’exacte difficulté ».

Le Brevet de randonneur des Alpes traditionnel
C’est une épreuve de fond enchaînant classiquement 5 cols mythiques des Alpes françaises. (Environ 257 Km et 4647 mètres de dénivelé positif). C’est donc pour les meilleurs, 8 à 12 heures de route, et pour les cyclotouristes de tout poil jusqu’à 18 heures de selle. Il est préférable de savoir dans quelle cours on va jouer avant de partir … Bien que non obligatoire, un examen médical s’impose en début de saison avant d’infliger de telles contraintes à son système cardio-vasculaire. Une épreuve d’effort maximale pour les hommes de plus de 40 ans (50 ans pour les femmes) est fortement conseillée si cette exploration n’a jamais été prescrite auparavant.

D’un point de vue énergétique,
Le cyclotourisme appartient aux sports les plus gourmands. Si une allure de promenade sur terrain plat et sans vent consomme 200 calories par heure, une montée de col (et là, il y en a cinq dans le BRA) réclame parfois jusqu’à 800 calories par heure. On peut dépenser jusqu’à 6000 calories dans la journée, deux à trois fois plus qu’en période d’entraînement. (Par commodité on parle généralement de calories alors qu’il s’agit en fait de kilocalories : kcal).

D’un point de vue biologique,
Les épreuves de fond nécessitent un entraînement destiné à économiser le carburant musculaire le plus sensible, à savoir les sucres : le glycogène (forme de stockage) qui se décompose en glucose directement utilisé par les cellules musculaires. C’est, en effet, l’épuisement des stocks de glycogène musculaire qui est directement responsable de l’épuisement tout court. Une préparation bien menée doit atteindre deux objectifs :
➢ Faire le plein de glycogène musculaire avant le départ. (Voir : Le régime hyperglucidique)
➢ Utiliser les graisses pour fournir de l’énergie au cours de la randonnée de manière à économiser le glycogène.
C’est le but de l’entraînement mais également de la gestion de l’effort pendant l’épreuve. Les graisses directement utilisables par le muscle à la place du sucre sont les acides gras provenant de la dégradation des triglycérides de stockage. Pour le même poids (la graisse est plus légère que l’eau), les graisses produisent 4 fois plus d’énergie, c’est un carburant léger, économique et puissant. Les réserves de triglycérides sont toujours suffisantes même chez les sujets maigres qui possèdent assez de graisse à l’intérieur de l’abdomen et sous la peau …
Ce qui va faire la différence entre un bon cyclotouriste et un petit promeneur, c’est la capacité à extraire les acides gras de ces réserves, de pouvoir les utiliser rapidement et de les brûler à la place des sucres dés le premier quart d’heure et pendant presque toute la durée de la randonnée. Ici, l’entraînement prend toute sa valeur. Par contre la mobilisation des acides gras est inhibée par l’augmentation de l’acide lactique dans le sang d’où l’importance de maîtriser la production de ce déchet de l’effort grâce à un exercice de très longue durée en dessous de la zone transitionnelle (apparition et augmentation de l’essoufflement) avec faible variation d’allure.

En pratique :
Il vous faut retenir que la préparation d’une épreuve telle que le BRA, nécessite avant tout de rouler pendant plus de trois heures 2 à 3 fois par semaine, à allure régulière, en roulant à la limite de l’essoufflement, signe du début de la production d’acide lactique par vos muscles. Ne tentez pas un régime pour perdre du poids pendant cette période, c’était avant qu’il fallait y songer. Par contre limitez l’apport en corps gras, ils n’amélioreront pas votre endurance ; les acides gras qu’utilisent vos cellules musculaires proviennent en grande partie des féculents stockés sous forme de graisse. Mangez des laitages écrémés, du poisson (en particulier sardine, maquereau, hareng, saumon, thon) de la volaille et deux à trois œufs par semaine plutôt que de la viande rouge et des plats en sauce. Il faut que votre organisme prenne l’habitude de puiser dans ses réserves de triglycérides pour avancer. Buvez au moins un litre et demi d’eau par jour en dehors de repas. (30 minutes avant ou 2 heures après pour ne pas diluer les sucs digestifs) Pour des sorties un peu plus longues en cours de saison (après 1500 à 2000 Km) mangez plus de féculents avec les légumes verts pendant les trois jours qui précèdent et adonnez vous à la classique « pasta partie » de la veille et l’avant veille, c’est largement suffisant. Le régime hyperglucidique plus strict est à réserver pour la semaine qui précèdera le brevet tant convoité.

Le volume d’entraînement :
Il est classique de dire que 3000 Km parcourus par étapes successives de 70, puis 100 puis 150 et 200 Km constituent une préparation correcte en début de saison. On commencera, bien sûr, par 800 à 1000 Km effectués sur le plat et faux plat avant de monter les cols du plus facile au plus dur. Les dernières sorties permettront de tester votre endurance, votre adaptation en cherchant à monter deux cols difficiles dans la journée sur 200 Km. Vous l’avez compris, ce n’est pas le nombre de kilomètres qui compte mais bien le temps que vous avez passé sur la selle à un niveau de travail musculaire suffisant : Plus de trois heures 2 à 3 fois par semaine, à allure régulière, en roulant à la limite de l’essoufflement. Que vous en avez de la chance !

Texte : Michel Constantini

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