Avec Cyclable, Carol Geismar a fait du vélo un projet de société
Rencontre avec Carol Geismar la présidente de Cyclable qui observe depuis plus de vingt ans la montée en puissance des mobilités douces. Une évolution que la Fédération française de cyclotourisme ne peut que saluer.
Cyclable, bien plus qu’un réseau de magasins
À travers cet article, il n’est pas question de livrer un publi-reportage, mais de montrer comment certains acteurs ont contribué, patiemment, à démocratiser la pratique du vélo. Notamment dans le segment du « vélotaf », comprendre celles et ceux qui ont choisi le vélo comme moyen de transport pour se rendre au travail.
Cyclable se définit volontiers comme un « créateur de cyclistes ». À la Fédération française de cyclotourisme, cette expression résonne particulièrement. Elle n’est d’ailleurs pas si éloignée de notre devise : « À vélo, tout est plus beau ! ».
Derrière ces mots, une même conviction : le vélo se découvre, s’apprend, s’adopte souvent à la faveur d’une rencontre, d’un conseil, d’un premier trajet qui change la perception de la ville ou du territoire.
L’ambition du réseau Cyclable est claire : permettre au plus grand nombre de se déplacer à vélo, que ce soit pour aller travailler, voyager, se déplacer en famille ou simplement rouler pour le plaisir. Grâce à un réseau implanté dans toute la France – et jusqu’en Suisse – Cyclable propose une large diversité de vélos et d’équipements, pensés pour répondre à des usages concrets et à des besoins réels.
Créée en 2005, l’enseigne s’est, dès l’origine, focalisée sur le vélo comme moyen de déplacement à part entière. Vélos de ville, vélos enfants, vélos de randonnée, vélos cargo : tous figuraient déjà dans l’ADN de Cyclable. Cette cohérence s’explique simplement : les conseillers du réseau sont, pour la plupart, des utilisateurs quotidiens du vélo, dans leurs trajets comme dans leurs loisirs. C’est ainsi que Cyclable a joué un rôle pionnier en France dans la popularisation du vélo à assistance électrique, du biporteur ou encore du vélo pliant.
Le vélo en France : d’une pratique marginale à un enjeu national
Les chiffres récents de l’Observatoire du cycle, publié en 2025 par l’Union Sport & Cycle pour l’année 2024, permettent de mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre. Le marché du cycle a enregistré un chiffre d’affaires de 3,2 milliards d’euros, en baisse de 5,9 % par rapport à 2023. En volume, 1 956 000 vélos ont été vendus, soit un recul de 12 % sur un an.
Cette contraction s’explique en grande partie par un contexte économique incertain, qui incite les consommateurs à différer leurs achats, notamment de vélos neufs. À l’image de nombreux secteurs, la filière vélo n’échappe pas aux tensions économiques actuelles.
Pour autant, le recul conjoncturel ne doit pas masquer les tendances de fond. Comparé à 2019, le chiffre d’affaires du secteur affiche une progression de 33 %. Une croissance qui traduit une montée en gamme et une meilleure valorisation du marché.
Cette dynamique est notamment portée par la progression continue des vélos à assistance électrique – qui représentent désormais près d’un vélo vendu sur trois – ainsi que par le succès des vélos de route et des modèles gravel, seules catégories en croissance sur l’année.

Autre indicateur révélateur : il se répare aujourd’hui trois fois plus de vélos qu’il ne s’en vend de neufs.
Produit durable et réparable par essence, le vélo bénéficie pleinement de cette évolution, renforcée par le Fonds réparation et l’engagement des acteurs de la filière.
Ces chiffres, Cyclable et sa présidente Carol Geismar les ont traversés de plein fouet. Comme une tempête qu’il faut encaisser sans perdre le cap, avec la conviction que l’horizon finira par s’éclaircir. La présidente se trouve au cœur de ces mutations et observe, au quotidien, la transformation des usages, des attentes et des pratiques.
Plus d’informations sur la marché du cycle sur la page https://www.unionsportcycle.com/observatoire-du-cycle/chiffres-marche
Carol Geismar, le vélo comme vision, pas comme tendance
Issue du monde du commerce, Carol Geismar a rapidement évolué vers des fonctions de business development au sein de réseaux de franchises, en France comme à l’international. Son parcours lui a permis d’acquérir une solide expérience stratégique, à la croisée du développement, du commerce et de l’exploitation.
Habituée à accompagner des entreprises dans des phases de transformation, elle a su conjuguer pragmatisme économique et vision à long terme. Nommée présidente de l’enseigne Cyclable en janvier 2025, elle met aujourd’hui cette expertise au service d’un secteur en pleine mutation, celui de la mobilité cyclable.
Mère de deux enfants, Carol Geismar revendique une approche concrète et ancrée dans les usages réels. Pour elle, le vélo n’est pas une tendance passagère, mais une réponse durable à des enjeux de société majeurs : mobilité, qualité de vie, transition écologique et transformation des villes.
Entretien avec Carol Geismar, présidente de Cyclable
Vous venez du monde du commerce et du retail, avec un parcours construit dans des univers très différents de celui du vélo. Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre Cyclable, et qu’avez-vous découvert en entrant dans cet écosystème ?
Mettre mes compétences au service de la mobilité durable a été une évidence. Lorsque j’ai travaillé pour DAOUST Nettoyeurs éco performants, entreprise récompensée pour avoir transformé le pressing traditionnel en wet cleaning sans dérivés de pétrole, j’ai profondément intégré l’importance d’allier performance économique et responsabilité environnementale.
Depuis, j’ai fait le choix de mettre mon expertise retail au service d’écosystèmes vertueux. À titre personnel, en tant que productrice d’huile d’olive bio, je suis également très attachée aux enjeux de protection de l’environnement.
En rejoignant Cyclable, j’ai découvert un écosystème de passionnés. Plus précisément, une entreprise qui n’avait pas nécessairement conscience d’être devenue un acteur majeur du retail avec plus de 90 points de vente. Ce qui m’a frappée, c’est la place centrale accordée à la relation client. Nous sommes d’ailleurs particulièrement fiers d’avoir obtenu, pour la première fois dans l’histoire de ce trophée et dans notre catégorie, le titre de « Meilleur Service Client de l’Année 2026 » dans la distribution d’articles de sport, face à de grands acteurs du marché.
Vous avez pris la présidence de Cyclable dans un contexte post-euphorie, marqué par un ralentissement du marché du cycle. Comment traverse-t-on cette période quand on est à la tête d’un réseau engagé dans la mobilité durable, et que révèle-t-elle, selon vous, sur la maturité du secteur ?
Tout est une histoire de convictions et de résilience, deux qualités que j’ai la chance de partager avec l’ensemble des équipes Cyclable.
Dans une période de ralentissement, il faut plus que jamais adopter une gestion responsable et travailler main dans la main avec nos fournisseurs afin d’éviter de tirer le marché vers le bas.
Le Covid a provoqué un pic de suréquipement, mais les chiffres montrent que le marché du cycle reste structurellement en croissance. À nos yeux, il est essentiel de distinguer la déstabilisation post Covid du véritable potentiel du secteur. Lorsque l’on se compare à nos voisins nord européens, qui ont une vingtaine d’années d’avance, il est difficile de ne pas croire en l’avenir de la mobilité à vélo en France.
Depuis la crise sanitaire, les usages de la ville ont évolué. Travail, déplacements, rapport au temps : qu’est-ce qui a réellement changé, et à quoi ressemblerait, selon vous, une ville pensée d’abord pour les cyclistes — et donc pour tous ?
Le vélo est devenu un moyen de mobilité courant. Le développement du vélo cargo a souvent permis aux foyers de passer de deux voitures à une seule. Le développement de notre activité B2B à travers notre filiale Cyclable Entreprises en est une illustration concrète. De plus en plus d’entreprises et de collectivités choisissent aujourd’hui de mettre leurs salariés à vélo plutôt qu’en voiture.
Une ville pensée pour tous est une ville où les différents modes de déplacement cohabitent harmonieusement. Une ville où les cyclistes ne sont plus perçus comme des trublions, mais comme des usagers légitimes de l’espace public.
La Fédération française de cyclotourisme rassemble des pratiquants qui roulent avant tout pour le plaisir, la découverte et le lien aux territoires. Comment percevez-vous cette pratique « hors performance » dans un paysage où le vélo est souvent réduit à un outil utilitaire ou compétitif ?
Nous ne vendons pas de vélos de compétition, la notion de performance ne fait donc pas partie de notre ADN.
Je ne crois pas qu’il faille opposer usage utilitaire et usage loisir. Beaucoup de nos clients possèdent un vélo utilitaire et un vélo dédié au loisir. Il n’est d’ailleurs pas rare que la pratique du vélotaf conduise à celle du cyclotourisme.
Nous militons pour le vélo loisir, largement pratiqué au sein de nos équipes. Nous sommes comme la Fédération française de cyclotourisme partenaires du festival Tous en Selle, du salon Paris Rando Nature et nous distribuons notamment les coffrets 100 Aventures à Vélo de Recto Verso.
Votre rapport personnel au vélo a-t-il évolué au fil de votre parcours ? Y a-t-il des souvenirs, des voyages ou des moments marquants qui ont façonné votre regard sur cette pratique ?
Ayant vécu vingt ans en Suisse, où le vélo se pratique dans le respect et en toute sécurité, j’ai effectivement ressenti quelques réticences en circulant dans certaines grandes agglomérations françaises. Un ami m’a un jour convaincue de passer une journée entière à vélo à Paris. Cette expérience m’a véritablement remise en selle. Je dois avouer que j’ai un grand penchant pour le vélo musculaire et j‘envisage pour cet été de faire un bel itinéraire dans le sud de l’Italie.
Notre slogan à la Fédération est « À vélo, tout est plus beau ! ». Partagez-vous cette vision ?
Absolument. Le vélo permet d’apprécier pleinement les paysages et les architectures. Il offre des moments de réflexion et de détente, sans oublier cet effet dopamine presque addictif qui accompagne l’effort.
Le vélo est souvent présenté comme une solution technique — écologique, économique, pratique. Avec le recul de votre parcours, pensez-vous qu’il soit surtout un révélateur de nos choix de société, et finalement de la manière dont nous décidons de vivre ensemble ?
Le vélo est révélateur des orientations sociétales que nos politiques choisissent d’encourager. Comme pour l’ensemble des enjeux liés au développement durable, nous avons tous, au quotidien, la responsabilité de faire évoluer les pratiques par nos actions individuelles.
Circuler à vélo est, en ce sens, un acte engagé. Comme nous aimons le dire chez Cyclable, le vélo est un art de vivre.








