Diagonale Brest – Menton (1/2)

C’est l’hiver, le temps des projets… pourquoi pas une Diagonale ou une Eurodiagonale ? Vous allez découvrir au fils des jours, deux récits de ces randonnées pas tout à fait comme les autres.

La plus ancienne et la plus longue des Diagonales


À l’arrivée de sa première Diagonale, le 14 avril 1930, Georges Grillot a écrit : « Voilà donc entré dans l’histoire, le raid tant prôné par notre vieux Maître, Paul de Vivie. Je me faisais une fête de réaliser Brest-Menton pour lui faire plaisir, et lui montrer que les jeunes générations n’avaient pas oublié les traditions de l’Ecole Stéphanoise. Malheureusement, la mort a frappé trop tôt l’apôtre de la Randonnée, l’homme qui, par son exemple, avait su galvaniser les jeunes, ranimer leur feu sacré, élever leur idéal et les faire entreprendre des choses qu’ils n’auraient même pas envisagées. Randonneurs, enfourchez vos machines et roulez en ligne droite à travers la France. Essayez Brest-Menton, battez notre temps, essayez Brest-Strasbourg, Dunkerque-Biarritz, les autres Diagonales de France, l’ombre du grand Maître tressaillira d’allégresse… ».

La règle du jeu


Rappelons que les Diagonales de France sont un brevet de la Fédération française de cyclotourisme qui obéit à la « règle du jeu ». On accepte de jouer ou on voyage à son gré. Parmi ces règles : l’autonomie, c’est-à-dire absence d’aide extérieure ; l’esprit d’équipe qui doit régner dès lors que l’on a choisi l’option équipiers ; distance et délais : si le choix du parcours est libre, le délai est imposé.

Dernier point : la rédaction du compte rendu final. Pas pour disputer le prix Goncourt mais pour témoigner et partager son aventure.

Les contrôles de départ et d’arrivée se font au commissariat de police, seul lieu officiel ouvert 24h/24.

Le récit de Bernard Aussillou, président de l’Amicale des Diagonalistes de France

Deux bleus sur la plus belle

Cette Diagonale, je l’avais programmée depuis plus d’un an pour cette année Paris -Brest-Paris (2015). Mes compagnons habituels n’ayant pu m’accompagner, il ne me restait qu’à envisager une aventure en solitaire ou bien un recrutement au « mercato de printemps ». C’est cette deuxième solution que j’ai retenue.

C’est tout d’abord Dominique, avec qui j’ai effectué une Flèche Velocio qui a manifesté son désir de participer à l’aventure. Ensuite Sébastien Bouteyre qui se sent d’attaque pour nous accompagner. Je valide. Le parcours est prêt. Dominique rabote quelques côtes inutiles. Transmission du parcours à Annette et Marc, les délégués fédéraux.

Lundi 6 juillet 2015 / Mardi 7 juillet 2015


1ère étape. 418 km. Brest – Saumur

Où il s’avère qu’il est plus facile de faire 400 bornes à vélo que de trouver un hôtel.

Départ de Toulouse en véhicule de location jusqu’à Nantes, ensuite T.E.R. jusqu’à Brest, où nous arrivons vers 20 h 30. Il nous reste deux heures avant le départ pour nous ravitailler. Nous ciblons un restaurant breton : galettes et crêpes au dessert. Nous profitons du restaurant pour enfiler nos tenues de gladiateurs, et à 22 h 30 nous décollons du commissariat, sous les bravos des policiers de permanence qui nous prennent en photo et nous encouragent.

Nous traversons le pont « Albert Louppe » sous un ciel chargé de nuages qui donne à la rade une texture claire obscure très photogénique.

C’est dans la nuit que nous arrivons à Sizun, il faut poster la carte devant l’enclos paroissial breton en forme d’arc de triomphe si magnifique, mais nous ne faisons que le distinguer dans l’obscurité.

La montée du Roc Trevezel (point culminant du Massif Armoricain à 384 mètres d’altitude) s’effectue à un rythme élevé (18 /19km/h) « merci Dominique », ce qui prouve que nous avons la socquette légère, mais m’inquiète tout de même un peu. Je sais d’expérience qu’il ne faut pas griller nos cartouches trop tôt.

Nous arrivons à Carhaix, ville contrôle du Paris-Brest-Paris, célèbre pour son festival des « Vieilles Charrues », pour casser une petite croûte sur la grand place endormie. Les troupes sont fraiches, nous ne nous arrêtons qu’un petit quart d’heure.

Nous traversons Pontivy au lever du jour, nous passons devant l’hôtel Robic. Il est encore trop tôt pour trouver un bar ouvert.

À Josselin, nous dévalisons une boulangerie, le petit-déjeuner se faisant désirer. Il est 7 h 45, nous allons bien profiter de cet arrêt. Nous longeons le canal de Nantes à Brest, avec photos sur le pont face au château féodal qui mériterait un arrêt prolongé pour une visite approfondie, mais Diagonale oblige, ce sera pour une autre fois.

La température est clémente, nous échappons jusqu’ici à la canicule promise, pourvu que ça dure.

Entre Guer et Lohéac, nous rencontrons René Collomb *« sariste », il nous tient compagnie jusqu’à Bain-de-Bretagne où  – ça ne s’invente pas – la pluie se met à tomber dru. Nous cassons la croûte dans un abribus après avoir fait nos emplettes dans une superette du coin. Mais il faut repartir, nous saluons notre ami, qui va retourner chez lui à 10 km, quant à nous, le déluge va nous suivre jusqu’à Châteaubriant. Mais, après la pluie vient le soleil, n’est ce pas ? Et c’est avec une température idéale et un vent favorable que nous poursuivons notre route vers le bord de Loire.

Arrêt ravito à Bouchemaine, un melon d’un fort beau gabarit que Sébastien trimballait depuis midi fait l’affaire, et il est bien content de s’en débarrasser.

La fin de l’étape est vallonnée à souhait, mais c’est à 20 h 30 que nous arrivons à Saumur avec, excusez du peu, plus de trois heures d’avance sur l’horaire le plus optimiste, décidément nous sommes « en cannes » (et le vent aussi). Vingt-deux heures de route. Nous terminons cette journée sans problème majeur.

La recherche de l’hôtel va me rendre de fort mauvaise humeur, mal fléché, mal indiqué, mal tout ce que vous voulez, et bien sûr, le pont sur lequel nous devions passer pour le rejoindre est interdit aux vélos (vive la bagnole). Il nous faudra nous taper deux fois l’aller retour au centre de Saumur où nous allons diner. La fraicheur s’est installée, nous ne pouvons manger en terrasse.

Ensuite dodo, dans une chambre où il faut rentrer trois cyclos, trois randonneuses. Inutile de vous dire qu’il faut gérer les déplacements entre chambre et salle de bains. Bien joli les hôtels bon marché, mais faut pas être difficile, je me demande si je ne préfère pas l’abris-bus ou la grange à foin. À demain.


* Sariste : Diagonaliste (en principe) qui se trouve à proximité du parcours et qui fait profiter de sa connaissance du secteur, d’où le néologisme S.A.R.iste (Service d’Accompagnement Routier).

La suite demain dimanche…

Texte et photos : Bernard Aussillou, président de l’Amicale des Diagonalistes de France
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