Hommage cycliste à Léonard de Vinci

Nous fêtons cette année les 500 ans de la mort du génie et artiste Léonard de Vinci. Notre rédacteur avait envie de lui rendre hommage à sa manière en parcourant 285 km depuis le musée du Louvre jusqu’au Clos Lucé qui fut la dernière demeure du maestro.

J’aime bien donner un peu de sens à mes efforts physiques. Je trouve chaque année, un « prétexte » à un effort hors norme. Habituellement, c’est plutôt en courant que j’effectue ce genre de défi. Mais durant le mois d’août, j’ai ressenti une contracture au mollet droit. Il me fallait du repos, enfin, un repos relatif. C’est ainsi que l’idée a germé de faire une belle randonnée à vélo. Il fallait trouver une idée pour faire une grande distance. Ma première idée fut de rejoindre la mer, la plus proche de Paris se trouve à Deauville soit 200 km. Il fallait autre chose de plus « waouh » …

Ma belle-famille possède une maison à Amboise tout proche du Clos Lucé, il n’en fallait pas plus pour organiser mon scénario. Dans les premières hypothèses, je faisais le trajet en une seule fois pour un total de 220 km. Mais cela n’était pas satisfaisant, j’aimais bien l’idée d’une étape avec un bivouac et d’une relative autonomie. Du coup, j’imaginais de passer sur la deuxième étape par tous les châteaux de la Loire. Soit une seconde étape de 180 km qui venait s’additionner à la première de 200 km. J’obtenais ainsi un kilométrage satisfaisant pour pouvoir parler « d’exploit ».

Un effet d’annonce


Quelques jours avant le départ, j’annonce sur Facebook mon intention et dévoile le parcours. Un ami, me fait part de son admiration et de son désir de se joindre à moi. Pourquoi pas ? Je pensais faire cela seul pour tester mon mental, mais finalement l’idée de vivre cela à deux me plaisait tout autant. Voilà notre équipe constituée. Je lui envoie les traces GPS pour qu’il puisse lui aussi les charger sur son compteur Garmin et son téléphone au cas où… Nous fixons le départ au vendredi 19 juillet à 6 h 30 chez moi pour un départ de la pyramide du Louvre à 7 h pile.

Devant la pyramide du Louvre, nous sommes prêt pour l’aventure !

Excitation du départ


Le réveil sonne à 5 h 30 du matin, mais je suis déjà réveillé, excité comme un gosse qui attend patiemment ses cadeaux de Noël ! Ce fut certainement le cas aussi pour Pierre, car à 6 h 20 je l’aperçois à travers ma fenêtre en train de faire les cent pas devant le portail… Pour lui, le mode transport sera assez spartiate, il a pris des affaires de rechanges et des barres de céréales, le tout dans un sac rudimentaire – cadeau d’une course. De mon côté, c’est beaucoup plus structuré, je profiterais de l’occasion pour tester une sacoche spéciale vélo qui se fixe sur le tube de selle et d’une capacité de 11 litres. Que contient ce sac ? À vrai dire pas grand-chose, puisque nous avons fait le choix de dormir à l’hôtel pour ne pas avoir de tente ou de serviette à prendre. Pour moi le choix de porter la même tenue durant les deux jours ne posait pas de problème. Il y avait dans le sac trois chambres à air, une paire de claquette, un slip, un short et un tee-shirt. C’est tout !

Quel parcours pour sortir de Paris ?


Nous avons fait confiance à Google Map pour tracer le parcours. Nous avons indiqué le départ, l’arrivée et les points intermédiaires. Nous avons ensuite indiqué que nous souhaitions un maximum de pistes cyclables et la technologie a opéré. Nous obtenions un parcours bien plus long, mais qui « en théorie » nous offrait plus de sécurité.

En quittant le Louvre, nous prenons les quais en longeant Bercy jusqu’à Charenton. La circulation matinale est maximale. Nous longeons la voie rapide puis l’autoroute. C’est assez impressionnant ! Il faudra dépasser Créteil et atteindre la forêt de Sénart pour se sentir pleinement en sécurité. C’est à partir de la forêt de Fontainebleau que nous savourons vraiment cette balade. Nous marquons un premier arrêt à Milly-la-Forêt sous la fameuse halle qui date de 1479. Comme un air de vacances commence à s’installer…

Les choses sérieuses commencent


Nous avons pris soins de bien nous hydrater et surtout de manger convenablement, car le secret de ce genre de longue balade réside dans une alimentation par petite touche et constante. Nous nous délectons d’une fougasse aux lardons, qui servira de base aux prochaines heures. Pas très diététique direz-vous, mais nous avons en tête que « le gras c’est la vie » alors en route pour la suite de l’expérience.

Nous sommes désormais à 80 km de notre point de départ. Nous avons plus du double encore à accomplir, mais cela ne semble pas nous effrayer. Nous sommes sereins. Cette halte d’une quinzaine de minutes, ne sera qu’une mise en bouche. Nous arrivons au petit village de Pithiviers, il est environ 14 h pourquoi ne pas faire une vraie halte gourmande ? Nous nous installons en terrasse et dégustons un pavé de saumon servi avec du riz, le tout arrosé d’un soda bien frais. Nous profitons de l’instant et savourons chaque bouchée.

Une suite plus monotone…


Nous sommes désormais dans la Beauce, que nous appelons communément le grenier à blé de la France. Des champs à perte de vue, et des lignes droites interminables. Le tout accompagné d’un vent de face et de quelques camions qui nous frôlent, bref, ces moments sont longs, voir interminables. Nous perdons un peu de notre candeur matinale. Mais il en faut beaucoup plus pour nous décourager !

Kilomètre 165, nous retrouvons la civilisation en traversant la ville d’Orléans. Nous traversons le centre-ville et apercevons la « régionale de l’étape » la statue de Jeanne D’Arc. Nous ne faisons que traverser ce centre-ville qui ressemble à tous les centres-villes…

Nous avons réservé un hôtel à Beaugency, il nous reste une trentaine de kilomètres. Le moral est bon malgré la canicule qui frappe la France à cette période. Nous faisons plusieurs haltes pour remplir les gourdes et nous délecter de notre nouveau cocktail à la mode, le Diabolo Menthe. Cette boisson, nous permettra de tenir dans les moment difficile en envisageant les prochaines pauses fraîcheur.

Nous apercevons le panneau d’entrée de ville de Beaugency. Mon complice Pierre, sans aucune raison tape un sprint. Je ne sais quelle mouche l’a piqué, mais il souhaitait visiblement en finir au plus vite. Désormais, il a une telle avance que je n’arrive pas à le rattraper. Il tirera une grande fierté de ce finish !

Nous découvrons notre chambre dans un hôtel de charme, il n’en fallait pas plus pour nous redonner le sourire. Il est déjà 20 h, nous prenons rapidement une douche fraîche et nous nous faisons beaux pour trouver un restaurant. Pour la diététique, nous attendrons encore un peu, nous commandons chacun un hamburger maison arrosé d’une bière bien fraîche. Nous avons accompli aujourd’hui 200 km, ce qui représente pour moi un record. Je n’avais jamais accompli une telle distance. Mon record était de 180 km sur une étape du Tour.

Départ à la fraîche


La nuit fut vraiment réparatrice, j’ai dormi comme un bébé malgré le fait que nous ayons dû partager l’unique lit de la chambre ! Nous prenons un petit-déjeuner chargé en protéines (œufs et fromages), un café et il est temps de partir à l’assaut des châteaux de la Loire.
Le premier que nous rencontrerons sera le majestueux château de Chambord, et son escalier à double révolution, attribué à Léonard de Vinci. Il ne faudra pas attendre longtemps pour nous trouver face à ce bijou de l’architecture bâti sous le règne de François Ier.

Nous empruntons un chemin de terre à travers la forêt et soudain nous avons face à nous le château dans toute sa splendeur. La vue est à couper le souffle. Nous sommes les seuls à cette heure matinale, nous posons les vélos en savourons cet instant magique ! Ce n’est pourtant pas la première fois que je viens à Chambord, mais la découverte de l’édifice au petit matin et à vélo confère à ce moment de la magie. Il en faut peu pour être heureux…

Lorsque nous quittons Chambord, il est environ 9 h du matin. Nous faisons un rapide calcul, si nous effectuons la totalité du parcours envisagé, soit 180 km, nous arriverons en fin d’après-midi. Pierre a un train à 19 h 30. Cela va faire un peu juste ? De plus, j’aimerais beaucoup que nous rendions un véritable hommage à Léonard de Vinci en visitant « correctement » sa dernière demeure, le Clos Lucé. Nous supprimons les autres châteaux pourtant prestigieux non loin de là pour tirer droit jusqu’à Amboise.

Direction Amboise et le Clos Lucé


Nous empruntons le parcours de la Loire à vélo®. Des pistes cyclables loin de la circulation et toujours en contact visuel avec le plus grand des fleuves français. Le parcours est agréable, nous dépassons à mi-parcours Blois. Nous entamons ainsi ce qui sera notre dernier tronçon. Plutôt que de nous enflammer, cette perspective, nous casse les pattes. Nous sommes partagés à l’idée de vivre les derniers instants. Un sentiment bizarre entre satisfaction et culpabilité de ne pas avoir effectué la totalité du parcours ?

Nous continuons de longer la Loire jusqu’à Chargé, où nous effectuons un virage à droite pour rentrer légèrement en direction des terres jusqu’à Pocé-sur-Cisse où se trouve la maison de ma belle-mère. Ce petit village a deux particularités, c’est ici qu’est fabriqué dans l’usine Pfizer le Viagra® pour toute l’Europe et la seconde est le château de la Fourchette dont le propriétaire est Mick Jager, le célèbre Rolling Stone.

Il est 13 h, je passe un coup de fil à la famille pour qu’ils nous accueillent comme des héros que nous pensons être. Nous les apercevons dès le rond-point passé, ils sont là tous sourires dehors. Toutes ma famille est là, ils ont pris la voiture la veille au soir pour accueillir ce grand fou de Papa !

Nous tombons dans les bras l’un de l’autre comme si nous avions effectué un « véritable » exploit. Pour Pierre et moi, il s’agit bien d’un exploit ! Je félicite mon partenaire pour cette belle randonnée et nous nous jurons de recommencer sur d’autres terrains. Nous avons encore nos habits de cyclistes remplis de sueurs, que nous envisageons déjà la prochaine aventure qui pourrait être de rallier Paris au Mont-Saint-Michel ?

Comme le dit la Fédération française de cyclotourisme, « à vélo tout est plus beau ! », nous en avons eu un bel aperçu, nous qui ne sommes pas de « vrais » cyclistes mais plutôt marathoniens amoureux du vélo. Nous avons vécu, un dépassement de nos limites et ceux dans des conditions plutôt agréables, alors pourquoi ne pas recommencer ?

Il n’est pas nécessaire de participer à de grands rassemblements pour vibrer, parfois l’aventure débute dès la porte passée de la maison !

 

Texte : Jean-Pierre Giorgi – Photos : Pierre Destang – Jean-Pierre Giorgi
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