À Vélo… Tout simplement – EGYPTE : Louxor – Le Caire

29 novembre – 14 décembre 2017. Louxsor, magnifique ville. Bien tranquille, séduisante. Nous aurions pu y rester beaucoup plus longtemps, mais l’itinéraire que nous avons choisi pour rejoindre le Caire est long de 1400 km. Il nous faut donc nous remettre en selle.
Soixante huitième épisode. *À suivre

La patate chaude.

Trois itinéraires s’offraient à nous pour rejoindre la capitale. 

Le long de la mer rouge en traversant une partie désertique depuis Qéna pour rejoindre la station balnéaire de Hurhgada, puis suivre la côte avec le vent de face et les (moches) hôtels club. L’itinéraire le moins attrayant

Suivre tranquillement le Nil par les « agricultural roads ». L’itinéraire le plus court, le plus vert, le plus peuplé, le plus en contact avec les Egyptiens.

La route des oasis. Traversée du désert avec pour étapes des oasis luxuriantes, des paysages à couper le souffle (désert noir, désert blanc). Nous avions déjà eu l’occasion d’admirer cette région. C’est incontestablement l’itinéraire le plus beau et celui que nous avons choisi. 

Au matin nous quittons Louksor pour rejoindre la rive Ouest du Nil, moins fréquentée. Cela nous permet également de passer aux pieds des colosses de Memnon et d’admirer de loin quelques magnifiques tombeaux royaux millénaires.

Malheureusement, dès la sortie de ces lieux touristiques, nous arrivons sur un check point militaire. Les forces de l’ordre sont formelles. Nous ne pouvons pas passer. Interdit, Négociation vaine, inutile. 

Il nous faudrait faire demi-tour et retourner à Louxor pour prendre le train. 

Nous réussissons quand même à expliquer que le train refusera nos vélos, tout comme les bus d’ailleurs, que nous sommes condamnés à pédaler… (Poor lonesome cyclists…)

L’argumentaire fait mouche. Exceptionnellement une voiture va pouvoir nous conduire à Qena.

Après une longue attente, un pick up et 4 policiers en armes arrivent. Les vélos sont chargés et nous sommes conduits, à vive allure… un peu plus loin, ou, comme lors des épisodes précédents, nous sommes refilés au poste de contrôle suivant. Et démerde toi avec ceux-là… En trois transferts, nous arrivons quand même à Qéna et sommes remis aux autorités locales. 

Eux non plus ne savent pas quoi faire de nous. 

– Un peu tôt pour les emmener à l’hôtel.  

– Des touristes, ça fait du tourisme…non ?

– Bien vu jeune appelé. Chauffeur, direction le temple de Hathor, dédiée à la déesse Dendera.

Nous nous laissons guider. Pour nous les portes sont décadenassées, ouvertes. Nous pouvons à loisir admirer ce magnifique monument, gigantesque. Rien que pour nous. Et vraiment bien conservé.
Fin de la visite, les policiers nous conduisent dans un hôtel de la ville.

A notre arrivée le tenancier fait un peu la gueule. Voir débarquer chez lui deux étrangers encadrés par les forces de l’ordre. Pas très vendeur.

Le gradé nous confirme que demain nous ne pourrons pas continuer à vélo. La région est fermée aux étrangers. La seule solution s’offrant à nous est de redescendre à Louxor pour prendre le train de nuit. Le seul autorisé aux touristes car « militarisé ».

Cartes routières en main, nous expliquons que nous voulons juste aller à Asyut pour ensuite nous enfoncer dans le désert et suivre la route des oasis. 

Douche froide. La route des oasis est également interdite. Pour y circuler il faut une autorisation spéciale, ainsi qu’une escorte, à la charge des voyageurs… 

Il reste quand même une alternative au train. Rejoindre la ville d’Hurghada, mais avec la police…

Le lendemain matin, notre escorte est déjà présente devant l’hôtel. A se demander s’ils n’ont pas passé la nuit dans la voiture. Impossible de s’échapper, de leur échapper, ni de pédaler d’ailleurs.

Les 220 kilomètres qui nous séparent de la mer rouge sont avalés en quelques heures, même si nous changeons 8 fois de véhicules. A chaque fois les policiers sont agréables. Nous faisons des selfies, ils nous offrent le thé, mais ne nous lâchent pas…

Ambiance détendue, ce qui confirme qu’il n’y a aucun problème de sécurité, seulement une directive. Les ordres sont les ordres.

Pour notre dernier transfert, les jeunes flics ont oublié leurs fusils. Du coup, ils nous abandonnent au milieu de nulle part et retournent vite au poste.
– A partir d’ici, c’est « safe », vous pouvez y aller. Nous lancent-ils en partant,

Nous enfourchons enfin nos vélos et filons en direction de la ville, distante encore de 45 kilomètres. 

A Hurghada, quelques touristes trainent dans les rues. En très grande majorité de nationalité Russe.

D’ailleurs tout est écrit en cyrillique et les rabatteurs de restaurants nous apostrophent dans la langue de Poutine. 
Nous trouvons un hôtel en bord de mer. Un 4 étoiles d’après l’unique dépliant affiché à la réception. Piscine sur le toit, solarium, 2 restaurants, 2 bars servant de l’alcool, animations, excursions, plage privée…. 
– 8 euros la chambre nous annonce le gardien endormi. 
– Incroyable nous disons nous. 
En fait, non, ce n’est pas incroyable, c’est presque cher…Car depuis quelques années, les touristes ont fui l’Egypte. L’hôtel qui n’a pas été rénové, est délabré, la piscine sert de dépotoir, les canalisations sont le repère des cafards. Les restaurants, bars et autres prestations n’existent plus. Nous sommes les 2 seuls clients de ce bâtiment affichant 400 chambres. 

L’orient si proche.

Une journée complète à flâner dans la ville, à discuter avec les commerçants aux boutiques débordantes de souvenirs, mais vides d’acheteurs. La ville est triste, gangrénée par des constructions inachevées, des rideaux tirés…. 

Le touriste va revenir « Inch Allah » nous disent les vendeurs résignés.

Sur notre carte, il y a un ferry qui traverse d’Hurghada à Sharm El Sheikh. Cela nous éviterait de remonter le long de la mer rouge. 

– Nous pourrions rejoindre Dahab, puis Taba avant de passer en Israël. Noël à Bethléem, ça aurait de la gueule non ?
L’idée nous plait. C’est ce que nous allons faire. 

Nous trouvons la compagnie de transport qui assure la liaison. Ou plutôt qui assurait la liaison. La ligne maritime est fermée depuis quelques années. Elle rouvrira plus tard « Inch Allah ». 

Dans notre quête de traversée, nous faisons le tour des bateaux privés, des agences de plongée… Tous restent à quai.

Déçus, mais motivés, nous reprenons les vélos et la route direction le Nord. Bien décidé à contourner ce bras de mer.

Sur la route, aucun barrage policier, nous qui aurions tant aimé être escorté… Cela nous aurait évité de batailler contre le vent.

Dans les parties désertiques nous suivons de près la mer rouge. Le reste du temps elle nous est cachée par les raffineries ou les affreux ressorts à l’abandon.

 

Le voyage nous échappe

Quand nous arrivons à Suez, les gens sont nerveux. Des ados excités nous courent après. Ils gueulent des injures à propos des Américains. A l’hôtel le gérant nous demande notre nationalité avant de nous dire s’il a une chambre. Il est tout de suite plus sympa quand il voit notre passeport Français. 

Sentant que quelque chose se trame, nous profitons de la connexion wifi pour prendre des nouvelles du monde. Johnny Halliday et Jean Dormesson sont morts et Donald Trump a reconnu Jérusalem comme étant la capitale d’Israël. Les 2 premières infos ne doivent pas beaucoup perturbés les Egyptien, par contre le discours du remplaçant d’Obama ne plait pas au monde musulman. Partout des manifestations sont annoncées. 

Pour nous le proche orient s’éloigne. 

Nous accusons le coup. Nous avons l’impression d’être dans une souricière sans sortie. Depuis notre entrée en Egypte, nous ne maitrisons plus notre voyage.
Il faut que nous le reprenions en main. Tant pis pour la messe de minuit dans la Basilique de la nativité, nous allons quitter le pays en avion et rapidement. La décision est prise. 

A Suez nous n’allons même pas voir le canal, nous sautons, avec nos vélos, dans un bus. Direction Le Caire. 

Le bus nous dépose quelque part sous un pont. Impossible pour lui de rejoindre son terminal La ville est bloquée. Des manifestations, pourtant interdites, sont en cours.
En ville les Egyptiens ont « allumé le feu ». J’ai une pensée pour l’idole des jeunes, Des drapeaux Américain flambent tandis que nous poussons nos vélos à travers le centre-ville pour trouver un hôtel sympa. 

Jour de colère dans les rues du Caire. Nous attendrons dimanche pour trouver de quoi emballer nos vélos, visiter, nous acheter un billet d’avion et en terminer avec l’Afrique. Pour le moment, nous montons nos vélos au 4ème étage de la Pension Roma. L’ascenseur est en panne. Il sera réparé demain « Inch Allah ». 

 

L’Afrique en quelques mots et chiffres.

Nous n’avions pas prévu de traverser ce continent. Mais arrivés au « bout » de l’Amérique du Sud, nous n’étions pas prêts pour rentrer. Impossible de monter dans un avion et d’atterrir en France. Trop violent après trois années de vagabondage. L’Afrique nous est alors apparue comme un bon moyen de terminer le voyage en douceur. 

En fait ce fut un voyage à part entière, plein d’émotions et de moments forts. Pas vraiment la destination pour terminer en douceur. Du coup, nous ne sommes toujours pas prêts pour rentrer…

Nous ne connaissions rien de ce continent. Incapable de « placer » le Zimbabwe sur une carte ou de citer la capitale de la Namibie. Pour nous Afrique était égale à désert, animaux, famine, conflits, chaleur, immigration. Le discours des médias en quelque sorte…

Les déserts sont bien présents. Magnifiques, colorés, grandioses.  Les animaux y sont encore en liberté et pas seulement dans des parcs. La famine et les conflits doivent, hélas, exister dans certaines régions (surement les mêmes). Mais la plupart des pays sont en paix. Jamais nous ne nous sommes sentis en danger ou en insécurité. Quant au climat, il est comme partout, variable. Nous avons eu très chaud au Soudan (50°) et limite froid sur les hauts plateaux d’Ethiopie ou les nuits en plein désert. La petite laine nous a manquée parfois, car nous avions renvoyé toutes nos affaires « chaudes ».

Quant aux habitants, dû à un lourd passé colonial, le rapport à l’homme blanc peut être parfois pesant, mais dans la très grande majorité, les Africains sont plutôt cool et aiment leur pays.
Un continent qui n’a pas, complètement, rejoint « la mondialisation » et c’est tant mieux.

Nous avons vraiment aimé la partie Australe. Ses habitants, son rythme, ses ambiances, ses paysages, ses pistes, ses animaux. La partie nord a été plus difficile. Agressivité des gamins en Ethiopie, vent fort au Soudan, événements perturbant notre trajet en Egypte.

Pour autant, nous avons une impression de « pas assez », d’être allés un peu trop vite, d’avoir juste traversé ce continent. L’Afrique demande plus. Il faut s’en imprégner.
J’espère que nous pourrons y revenir (Inch Allah)

Pour les chiffres : 8 mois, 8 pays, 13 700 kilomètres.

La suite.

Les vélos sont emballés, les billets d’avion achetés. Jeudi 14 décembre nous nous envolons pour l’Europe. 

D’ici là, nous allons encore profiter du Caire avant de rejoindre l’aéroport en taxi, (surement l’Aventure du voyage).

 

Passez tous de bonnes fêtes de fin d’année. On se retrouve en 2018 (Inch Allah). 

* Ce sont les paroles et photos de Patricia et Christian que vous retrouvez tout au long des reportages.

 

 

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