Jef fait le « vrai » tour de France

Jean-François Malet,  adhérent du cyclo club sébazacois vient de réaliser le tour de France en passant au plus proche des limites administratives en autonomie complète et sans assistance.

Jean-François est parti, à 62 ans faire, son tour de France, celui qu’il nomme « le vrai » Tour de la France. C’est ainsi que le 12 mai, il s’est élancé de Sète (BCN-BPF) pour une boucle de 7 220 km sans assistance et sans GPS. À l’ancienne, en compagnie de sa fidèle « randonneuse ».

Rencontre avec Jean-François

Comment est née cette idée du « vrai » tour de France ?


Il y a sept ans j’avais fait, à pied, le tour de l’Aveyron sur la limite exacte du département. À l’issue de ce périple mes amis m’avaient offert le livre Le DODtour de Lionel Daudet, un extraordinaire alpiniste, qui venait de faire le Tour de la France. Je me suis alors dit que j’allais le faire aussi mais beaucoup plus humblement, au niveau qui est le mien. Je vais le faire à vélo au plus près des côtes et des frontières.

Vous parlez de votre préparation dans l’interview accordée au journal Centre Presse Aveyron, comment s’est-elle déroulée, et avec quel kilométrage ?

Je n’ai pas fait de préparation particulière, j’ai juste participé, une ou deux fois par semaine, aux sorties du club de Sébazac et de celui de l’UCR (Union cycliste rouergate) auquel je suis aussi adhérent. Le jour de mon départ je devais avoir environ 3 000 km dans les jambes. Par contre j’ai passé pas mal de temps à lire mes cartes, à m’imprégner du tracé.

J’avais déjà tout le matériel de camping, les vêtements, le vélo. Pour partir trois mois je n’avais pas plus de matériels que pour une virée de quatre ou cinq jours. J’ai seulement mis des pneus, une chaîne, des plaquettes de freins, et des câbles neufs.

Parlez-nous de votre « carrière » de cyclotouriste ? Quels furent vos voyages et comment avez-vous débuté le vélo ?


Depuis toujours le vélo fait partie de ma vie.

Je n’en faisais quasiment que pour aller au travail, essentiellement du VTT car j’avais la chance d’avoir mon lieu de travail en pleine campagne. Aujourd’hui on dirait que j’étais un « vélotafeur » avant l’heure.

Je faisais quelques virées à VTT et j’ai beaucoup aimé les belles expéditions qu’il me permettait : traversées des Pyrénées, du Massif central, des monts du Cantal, des Grands Causses…. Comme j’étais toujours en solitaire, pour rassurer mon épouse, j’ai changé le VTT contre une randonneuse et j’ai continué : tour de l’Aveyron, du Lot, de la Lozère, du  Cantal… Des randonnées en cyclo-camping, très courtes, proches de la maison mais très belles. J’avais constaté depuis longtemps qu’il n’était pas nécessaire d’aller très loin de chez soi pour découvrir de très belles choses y compris partir à l’aventure.

Fin 2019, dégagé de mes obligations professionnelles, sous l’impulsion d’un copain adhérent au club de Sébazac, je me suis mis à pratiquer le vélo en club pour des sorties à la demi-journée ou à la journée. J’ai débuté par une fois par semaine puis l’année suivante deux fois par semaine. Avec les conditions sanitaires que nous avons connues ces dernières années je n’ai pas beaucoup de kilomètres au compteur.

Comme lorsque j’étais gamin ce n’est pas les sprints aux pancartes ou mettre des « mines » aux copains qui m’intéressent vraiment, même si cela fait partie du jeu. Sans aucun doute, l’effort sur le vélo me plaît mais c’est surtout la découverte, l’émerveillement, la sensation de liberté qu’il procure qui me plaisent. 

Entrons dans le vif du sujet. Vous avez parcouru 7 220 km, comment s’est réparti le voyage ? Aviez-vous un plan de route avec les différentes étapes  ou ce fut de l’improvisation ?


L’itinéraire est assez simple, j’ai emprunté les routes les plus proches des côtes et des frontières. Pour cela j’ai pris un atlas routier au 1/200 000° comme nous avions dans les voitures avant l’arrivée des GPS, j’ai arraché toutes les pages qui représentaient les côtes ou les frontières, j’ai surligné les routes qui sont au plus près et mon itinéraire était tracé.
 
Ensuite j’ai affiné mon itinéraire avec les conseils d’un cyclotouriste génial, Régis Paraz, que je ne connais pas mais que je le remercie au passage. Il a fait, lui aussi, un tour de la France dans le même esprit, une dizaine d’années auparavant.

J’emprunterai les différentes véloroutes qui longent les côtes au plus près des limites. Et si elles sont trop dans les terres je continuerai sur mon tracé. Je m’en remettrai aussi aux conseils des autochtones pour être au plus près.

 
Bien entendu avec des cartes plus précises j’aurai pu être plus proche mais il aurait fallu un VTT, beaucoup de cartes et de temps. Je n’ai rien planifié d’autres, je ne savais jamais où je dormirai le soir. C’est la route et ses aléas (dénivelé, longueur, météo…) qui décideront des étapes. Je tournerai dans le sens horaire car de nombreux cols alpins sont encore fermés au moment de mon départ.
 
Pour l’équipement je reconnais avoir une vision assez traditionaliste du voyage à vélo. Je me sens plus à l’aise avec des vélos de type randonneuses qu’avec des vélos de course chargés de façon minimaliste type « bikepacking ». Mais, pourquoi pas, à chacun son style.

J’ai fait ce tour à l’ancienne avec la carte sur la sacoche de guidon, ce qui a beaucoup étonné un couple d’Américains hyper-connecté. Ils trouvaient ça complètement décalé mais tellement beau.

Combien de kilomètres en moyenne par jour ?


J’ai fait une moyenne de 100 km par jour. La moyenne aurait pu être différente si je n’avais pas décidé, lorsque j’étais bloqué dans le col du Télégraphe par le Tour de France, de me prendre pour Phileas Fogg, le héros du roman de Jules Verne Le tour du monde en 80 jours. Il a fait le tour du monde en 80 jours, je ferai le tour de la France en 80 jours ! À la fin, il m’a fallu… ralentir, pour tenir l’objectif.

Quels furent vos moyens d’hébergements ?


J’ai sollicité le réseau Cycl’hôtes de la Fédération (2 fois), Warmshower (3 fois). J’ai été hébergé aussi chez des amis ou amis d’amis (9 fois) mais dans la majorité des cas j’ai dormi sous la tente, soit en camping où j’allais environ tous les trois jours, surtout pour la douche et pour rassurer mon épouse. Soit en camping sauvage ou cabanes, granges, caves…

Avez-vous été seul tout le voyage ou par moments des cyclos vous ont accompagné ?


Un copain du club de Sébazac est venu rouler avec moi le long de l’Atlantique. Il est venu me rejoindre vers Bayonne et nous avons roulé jusqu’en Bretagne.
 
C’était ma première expérience de voyage à deux. Au bout d’une dizaine de jours j’ai eu l’impression que ça le saoulait un peu de me suivre dans mon délire. Lorsque tu vois une pancarte avec ta destination à 10 km et qu’il te faut suivre l’autre « dingue »sur des petites routes défoncées pour arriver au même endroit avec plus de 30 ou 40 km au compteur, ça frise la névrose.
 
Mes hébergeurs sont venus parfois m’accompagner et m’aider à sortir des villes. Et enfin beaucoup de copains de mes deux clubs et d’autres non-licenciés sont venus à ma rencontre pour faire les derniers kilomètres ensemble.

Quels furent vos meilleurs souvenirs ?


Beaucoup d’étonnements heureux avec la nature et de très beaux moments de rencontres. La liste serait un peu longue pour les énumérer car ça va de la mamie qui veut me crever les pneus, à celle qui me reçoit avec du foie gras, celui qui me refuse son garage pour passer la nuit alors qu’il pleut des cordes, aux gendarmes qui me donnent un écusson de leur tenue en guise de souvenir.

Et les « pires » souvenirs ? Avez-vous eu à quelques moments l’envie de tout arrêter ?


Bien entendu j’ai eu quelques coups de mou mais jamais l’envie de tout arrêter. D’être moins bien, cela fait partie du voyage, il faut l’accepter. Des situations qui peuvent paraître catastrophiques se transforment en belles expériences avec juste un peu de persévérance.
 

Dans l’interview de Centre Presse Aveyron, votre femme dit : « il voulait réaliser ce voyage avant d’être trop vieux… ». Selon vous, vous étiez encore dans le coup ?


Certes à 60 ans on n’a plus la forme que l’on avait à 30 ou 40 ans et même si je suis un « jeune » cycliste pas très expérimenté (maintenant un peu plus) je suis en bonne forme physique. Pour ce genre de périple c’est surtout le mental qui est important.
 
De ce côté-là je commence à me connaître. Je sais gérer mon effort sur un temps long avec des conditions environnantes inconfortables, ma concentration ou ma motivation sur des objectifs même lointains. Je suis têtu (un peu trop d’après mon épouse) et un brin perfectionniste.

Conseillez-vous à tous les cyclos de faire un grand voyage, celui qui marque une vie ?


Un grand voyage je ne sais pas, mais de suivre ses rêves très certainement. Il ne faut pas se laisser leurrer par ceux ou celles qui font tel ou tel trip en deux mois, trois mois, deux ans, le tour de France, du monde… On s’en fiche de tout ça, l’essentiel c’est que ça soit ton truc à toi. N’ayez pas peur, ne cherchez pas des excuses, nous en avons tous des milliers car le plus difficile c’est de donner le premier coup de pédale.

Quel est votre prochain voyage ou votre prochaine aventure ?


Pour l’instant rien n’est prévu car je ne souhaite pas de surenchère, je ne suis pas un boulimique des défis sportifs, mon moteur c’est simplement le plaisir. Plaisir de donner, de recevoir, de partager… et si mon épouse décide de venir partager ce plaisir de pédaler ensemble alors là oui, ce sera ma prochaine aventure. Ce n’est pas gagné !

Avez-vous une conclusion ?


Je vais la laisser à David Lebreton en l’adaptant au vélo : Le voyage à vélo est « anachronique dans le monde de la vitesse, de l’utilité, du rendement, de l’efficacité, c’est un acte de résistance civique privilégiant la lenteur, la disponibilité, la conversation, la curiosité, l’amitié, la gratuité, la générosité, autant de valeurs opposées aux exigences qui conditionnent désormais nos vies… » et nous en avons tant besoin.

Faites du vélo, le bonheur est en chemin !

Texte : Jean-Pierre Giorgi – Photos : Jean-François Malet
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